« Invité sur NTV, Cyrille Ewolo a affirmé que le RDPC est “illégal” depuis 2016. Derrière la formule, des faits statutaires vérifiables. Et un procès en attente. »
Yaoundé, plateau de NTV, mercredi 4 novembre 2026. Cyrille Ewolo est invité. Il parle du RDPC. Et il choisit un mot que la classe politique camerounaise évite généralement : illégal.
Selon lui, le parti au pouvoir est illégal depuis 2016, et personne n’en parle. Tous les membres de son bureau politique actuel seraient « complètement illégaux ». Il en tire une conclusion qu’il assume : « Un politicien lucide ne peut pas choisir le RDPC comme sa prochaine destination politique. » Ceux qui le font, ajoute-t-il, sont animés par des raisons « qui ne sont pas saines ».
Les faits : un congrès en 2011, une expiration en 2016
Les statuts du RDPC prévoient un congrès tous les cinq ans. Le dernier s’est tenu les 15 et 16 septembre 2011. Paul Biya y a été réélu président national avec 1 134 voix sur 1 135 délégués, soit 99,93 %.
Cinq ans plus tard, le mandat arrive à échéance. Le 15 septembre 2016, pour être précis. Le congrès devant renouveler les organes dirigeants n’a pas lieu.
Le 3 novembre 2016, le bureau politique, réuni sous la présidence de Paul Biya, adopte plusieurs résolutions. La première proroge la période de tenue du congrès. Les autres prorogent les mandats du président national et des membres du bureau politique.
Sur le papier, la prorogation est une décision interne. Dans les faits, elle intervient après l’expiration du mandat. Et c’est précisément ce décalage que contestent plusieurs acteurs.
Ce que le MRC reproche au RDPC
Le 10 juillet 2026, Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), publie une tribune. Il y développe une argumentation juridique détaillée contre le fonctionnement du RDPC.
Trois points principaux.
1. Le mandat de Paul Biya. Élu en septembre 2011 pour cinq ans, il serait arrivé à échéance le 15 septembre 2016. La prorogation du 3 novembre est contestée comme étant « hors délai ».
2. La composition du bureau politique. Selon Roger Justin Noah, plus de la moitié des 30 membres de cet organe se trouvaient en prison ou en exil au moment de la prorogation. Le quorum des deux tiers requis pour délibérer n’aurait pas été atteint.
3. L’absence de congrès depuis quinze ans. Une instance censée se réunir tous les cinq ans et renouveler les organes dirigeants ne s’est pas réunie.
Ces arguments sont ceux d’un parti concurrent. Ils ne constituent pas une décision de justice. Mais ils reposent sur une lecture des statuts du RDPC que personne, à ce jour, n’a publiquement réfutée point par point.
Le militant qui a saisi la justice
L’argumentation du MRC rejoint une procédure judiciaire bien réelle.
Léon Theiller Onana, conseiller municipal RDPC de Monatélé, a déposé le 2 juillet 2025 une requête devant le Tribunal de grande instance du Mfoundi. Il demande la nullité absolue des résolutions adoptées par le bureau politique le 3 novembre 2016.
Sa requête, enregistrée sous le rôle n° 2824, n’a toujours pas été examinée au fond. Le 4 septembre 2026, il a adressé une correspondance au président du TGI pour solliciter l’enrôlement en urgence de la procédure. Il invoque l’absence d’audience depuis plus de quatorze mois, et le droit à un procès dans un délai raisonnable.
Il fait également valoir que d’autres contentieux liés à la vie interne de partis, notamment celui du MANIDEM, auraient été traités plus rapidement.
Ce que « illégal » veut dire et ne veut pas dire
Le mot employé par Cyrille Ewolo est fort. Il mérite d’être précisé.
Le RDPC existe. Il est enregistré. Il a investi des candidats à toutes les élections depuis 2016. Aucun tribunal n’a prononcé sa dissolution ou son illégalité.
Ce que la thèse d’Ewolo et, avant lui, celle du MRC et de Léon Theiller Onana soutient, c’est autre chose : la chaîne de légitimité interne du parti serait rompue depuis 2016. Le bureau politique qui a prorogé les mandats n’était plus régulièrement constitué. Les décisions qu’il a prises ensuite, y compris les investitures électorales, seraient donc fragilisées.
Ce n’est pas la même chose que « le RDPC est interdit ». C’est « le RDPC fonctionne sur des organes dont la régularité est contestée ». La nuance est juridique. Elle est aussi politique.
Pourquoi cette thèse reste marginale dans le débat public
Si les faits sont vérifiables, pourquoi la question ne s’impose-t-elle pas ?
D’abord, parce qu’aucune décision de justice ne tranche. Le recours de Léon Theiller Onana attend. Tant qu’il n’y a pas de jugement, la situation statutaire du RDPC reste, aux yeux du droit, une contestation pas un constat.
Ensuite, parce que le coût politique d’une telle remise en cause est élevé. Contester la légalité du parti au pouvoir, c’est contester la source de légitimité de ceux qui gouvernent depuis plus de quarante ans. Peu d’acteurs institutionnels sont prêts à le faire publiquement.
Enfin, parce que la machine électorale du RDPC continue de fonctionner. Les investitures sont distribuées. Les campagnes se préparent. Une irrégularité statutaire, même documentée, n’empêche pas un parti de gagner des élections. Elle peut, en revanche, fragiliser la base juridique de ses actes internes.
La question que pose Ewolo
Cyrille Ewolo ne dit pas que le RDPC va être dissous. Il dit qu’un « politicien lucide » ne devrait pas le rejoindre, parce que la structure qu’il rejoindrait reposerait sur des mandats expirés.
C’est une thèse. Elle a le mérite d’être claire. Elle a aussi une conséquence pratique : si elle était validée par un tribunal, les investitures accordées par le RDPC depuis 2016 pourraient être contestées. Et avec elles, la légitimité de certains élus.
Le procès de Léon Theiller Onana, quand il sera appelé, dira si cette thèse tient devant un juge. En attendant, le débat est public. Et il ne porte pas sur la popularité du RDPC. Il porte sur la solidité de ses fondations.
C’est quoi cette histoire de RDPC “illégal” ?
Cyrille Ewolo a affirmé sur NTV que le RDPC est illégal depuis 2016. Il s’appuie sur le fait que le dernier congrès du parti date de 2011, que les mandats ont expiré en septembre 2016, et que la prorogation décidée en novembre 2016 est contestée.
Le RDPC est-il vraiment illégal ?
Aucun tribunal ne l’a dit. Le mot est fort. Ce qui est contesté, c’est la régularité des organes dirigeants du parti depuis 2016. Un recours a été déposé, mais le procès n’a pas encore eu lieu.
Pourquoi les mandats ont-ils expiré en 2016 ?
Parce que les statuts du RDPC prévoient un congrès tous les cinq ans. Le dernier s’est tenu en septembre 2011. Le mandat suivant arrivait donc à échéance en septembre 2016. Le congrès n’a pas eu lieu.
Qu’a fait le parti en 2016 ?
Le 3 novembre 2016, le bureau politique a prorogé les mandats. Mais cette décision est contestée : elle serait intervenue après l’expiration, et le bureau politique n’était peut-être plus régulièrement constitué.
Qui a porté l’affaire en justice ?
Léon Theiller Onana, un conseiller municipal RDPC de Monatélé. Il a déposé une requête en nullité le 2 juillet 2025 devant le TGI du Mfoundi. En septembre 2026, il demandait toujours une audience.
Pourquoi le procès n’a-t-il pas eu lieu ?
Nous n’avons pas obtenu de réponse officielle. Le requérant invoque l’absence d’audience depuis plus de quatorze mois et demande un traitement dans un délai raisonnable.
Qu’est-ce que ça change, concrètement, si le recours aboutit ?
Si les résolutions de 2016 étaient annulées, les actes pris ensuite par les organes du parti y compris les investitures électorales pourraient être contestés. Cela fragiliserait la base juridique de certaines décisions internes.
Le RDPC peut-il être dissous ?
Aucune procédure de dissolution n’est engagée à ce jour. La question posée est celle de la régularité interne, pas de l’existence légale du parti.