« Buea a tremblé le 23 octobre. Le 3 novembre, Okalia Bilai a réuni l'état-major. Le mont Cameroun, lui, n'a toujours pas parlé. »

Dans les quartiers de Buea Town, Moli, Bokwaongo et Soppo, des résidents ont senti la terre vibrer pendant dix à quinze secondes. Certains ont décrit des ustensiles qui s'entrechoquent dans les cuisines. D'autres, un grondement sourd, comme un camion qui passe sous la maison. Un habitant de Buea a raconté à la presse locale : « Tout tremblait chez moi, même mon lit. Cela m'a beaucoup effrayé ; je ne suis pas sorti pour faire mon sport habituel à 5 heures du matin ».

La secousse n'a duré qu'un instant. Elle a suffi à rouvrir une question que Buea porte dans sa chair depuis des générations : le mont Cameroun est-il en train de se réveiller ?

Onze villages plus tard, le diagnostic tombe

Le mardi 3 novembre, le gouverneur de la région du Sud-Ouest, Bernard Okalia Bilai, a réuni à Buea les services techniques, les autorités administratives et municipales, et les chefs traditionnels. Objectif affiché : mettre en place des « stratégies d'intervention » en cas d'éruption. Le gouverneur a demandé à la population de garder son calme et de ne pas relayer les rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux.

Devant l'assemblée, le Dr George Mafany Teke, géologue et délégué régional de la Recherche scientifique et de l'Innovation pour le Sud-Ouest, a présenté les résultats des travaux de terrain menés dans onze villages après les secousses. Sa conclusion, rapportée par Cameroun Actuel : « Il n'y a aucune raison de s'inquiéter » pour le moment.

Mais le même Dr Teke, quelques jours plus tôt, avait déjà posé une nuance que les réseaux sociaux ont largement ignorée. Interrogé par les médias d'État, il avait déclaré : « Cela indique qu'il existe une certaine activité magmatique sous le volcan. Mais cela ne signifie pas pour autant qu'une éruption va nécessairement se produire. Ce sont des phénomènes qui arrivent ; parfois ils sont ressentis, parfois non ».

Traduction : la terre a parlé, mais elle n'a pas encore annoncé la couleur.

La période cyclique : 17 à 25 ans

Il y a un chiffre que le gouverneur lui-même a mis sur la table : 17 à 25 ans. C'est la fourchette cyclique des éruptions du mont Cameroun. La dernière remonte à 2000. Vingt-six ans se sont écoulés.

Le volcan culmine à plus de 4 000 mètres. Au cours des cent dernières années, sept éruptions y ont été confirmées. La plus récente, du 28 mai au 19 juin 2000, avait approché les coulées à moins de quatre kilomètres de Buea. L'événement sismique le plus fort de cette séquence avait atteint une magnitude de 4, selon une étude publiée en 2009 dans le Journal of Volcanology and Geothermal Research.

Ces chiffres ne prouvent rien. Ils rappellent seulement que la mémoire de la ville est courte, et que la montagne, elle, a tout son temps.

Ce que les immeubles de Buea ne disent pas

La secousse du 23 octobre n'a pas seulement fait trembler les murs. Elle a secoué une réalité que les autorités locales connaissent bien : une partie du bâti de Buea ne respecte pas les normes.

De nombreux immeubles à étages dépassent le plafond de quatre niveaux imposé par la réglementation en vigueur, rapportent plusieurs médias locaux. Eric Ndive Kulu, chef des services techniques de la mairie de Buea et spécialiste de la gestion des risques de catastrophe, insiste sur un point : le problème n'est pas seulement le nombre d'étages. C'est la qualité de ce qui est construit.

Joint par la presse en marge d'une réunion de sensibilisation à Bokwaongo le 24 octobre, il a rappelé que le permis de construire doit être « appliqué sur le chantier », et non seulement signé dans un bureau. Pour les constructions déjà hors normes, il existe des solutions de renforcement structurel. Elles coûtent cher. Mais elles existent.

La question que pose cette secousse est simple, et aucun communiqué officiel n'y a répondu à ce jour : si le volcan se réveille, combien de ces immeubles tiendront la première nuit ?

Le chef des Bakweri avait parlé avant les scientifiques

Il y a un détail que la couverture strictement scientifique de l'événement a laissé de côté. Fin octobre, avant même que le gouverneur ne réunisse son état-major, le chef supérieur des Bakweri, Sa Majesté Dr Esuka Lifafa Mbella Endeley V, avait tiré la sonnette d'alarme. Selon Season Media, il avait affirmé que le mont Cameroun serait « prêt » pour une nouvelle éruption, s'appuyant sur les données historiques des cycles précédents, et avait appelé les pouvoirs publics à renforcer les dispositifs de prévention.

La réunion du 3 novembre est donc arrivée après l'alerte traditionnelle, et non l'inverse.

À Bokwaongo, village central dans les mythes du mont, le chef Albert Njie Mbonde a résumé la position des siens avec une phrase que les communiqués administratifs ne contiennent jamais : « Nous sommes la montagne, la montagne, c'est nous ». Pour les Bakweri, le volcan n'est pas un risque à gérer. C'est une entité avec laquelle on vit, que l'on surveille, et dont on connaît les humeurs.

Le chef Mbonde a demandé une chose : que la sensibilisation remplace la panique, et que la surveillance soit renforcée par les communautés elles-mêmes. « Nous comptons sur la vigilance de chacun », a-t-il déclaré à ses administrés.

Ce que l'on sait, ce que l'on ne sait pas

Ce qui est établi : des secousses de 10 à 15 secondes ont été ressenties dans au moins quatre quartiers de Buea le 23 octobre 2026. Un géologue du MINRESI a conduit des travaux de terrain dans 11 villages et a conclu à l'absence de raison de s'inquiéter à ce stade. Le gouverneur a réuni les parties prenantes le 3 novembre. Le mont Cameroun est un volcan actif, surveillé en permanence par un réseau de stations sismiques télémesurées, et sa dernière éruption date de 2000.

Ce qui n'est pas établi : la nature exacte de l'activité magmatique en cours. Le lien de causalité certain entre les secousses du 23 octobre et une éventuelle montée de magma. Le contenu précis et exhaustif du « plan d'urgence » évoqué dans les médias les sources consultées parlent de « stratégies d'intervention » et de « concertations », pas d'un dispositif formalisé et publié. Enfin, aucune éruption n'a été officiellement annoncée comme imminente.

Ce qui n'a pas pu être vérifié : le détail des onze villages visités par la mission du Dr Teke Mafany. Le nombre exact de bâtiments concernés par le dépassement de la limite des quatre étages à Buea. Et l'existence d'un calendrier d'évacuation rendu public.

La vraie question n'est pas géologique

Buea vit sur les flancs d'un volcan actif. Ce n'est pas une découverte. Ce qui change, à chaque secousse, c'est le rapport entre la mémoire et l'oubli.

Les habitants qui ont connu 1999 et 2000 se souviennent des coulées, des maisons détruites, des évacuations. Les plus jeunes n'ont pas ce souvenir. Ils ont des immeubles de cinq étages, des loyers à payer, et des rumeurs WhatsApp qui arrivent plus vite que les communiqués du gouverneur.

Le Dr Teke Mafany a donné un conseil simple, en cas de nouvelles secousses : sortir, se placer dans un espace dégagé ou sous un arbre. Ce n'est pas un plan d'urgence. C'est un réflexe.

La différence entre un réflexe et un plan, c'est le nombre de vies qu'on sauve quand la terre tremble pour de vrai.