Le MRC de Tiriane Noah appelle à constater la vacance du pouvoir, à un intérim et à un Code électoral consensuel. Une déclaration qui secoue Yaoundé.
Le 28 octobre 2026, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) a publié une déclaration officielle signée Tiriane Balbine Noah, sa nouvelle présidente élue le 17 octobre. C'est sa première prise de position depuis son investiture. Et elle ne ressemble pas à un communiqué de parti.
Le texte décrit le Cameroun comme un « volcan en éruption ». Il évoque une triple crise économique, sociale et politique. Il cite la chute de 74,4 % des investissements publics, l'exclusion de Maurice Kamto de la présidentielle, les tensions dans l'armée, et la révision constitutionnelle du 14 avril 2026, qualifiée de « coup d'État constitutionnel ».
Puis il formule une demande précise : que la communauté internationale (ONU, Union africaine, Union européenne) soutienne une transition de sortie de crise, fondée sur trois actes : constater la vacance du pouvoir, organiser un intérim de 40 à 120 jours assuré par le président du Sénat, et adopter un Code électoral consensuel avant une nouvelle présidentielle.
Ce n'est plus une contestation. C'est une feuille de route.
Ce que dit la déclaration, et ce qu'elle propose
Le document est signé Tiriane Balbine Noah, présidente du MRC depuis le 17 octobre 2026. Il s'ouvre sur un constat : le Cameroun traverse une « triple crise économique, sociale et politique majeure ». Le parti y voit un « volcan en éruption », une formule qui dit l'urgence et la peur d'une explosion incontrôlée.
Sur le plan économique, la déclaration s'appuie sur un chiffre vérifiable : les dépenses d'investissement public ont chuté de 74,4 % au premier trimestre 2026, passant de 175,5 milliards de FCFA à 45 milliards, selon le ministère des Finances. Le MRC en déduit que « les caisses de l'État sont presque vides » et qu'une « cessation de paiements » menace. C'est une interprétation politique. Le gouvernement, lui, attribue cette chute à des « contraintes techniques » liées au basculement vers une nouvelle plateforme informatique de gestion budgétaire, un élément que la déclaration ne mentionne pas.
Sur le plan social, le MRC relie la « misère généralisée » à la crise post-électorale d'octobre 2025. Il rappelle l'exclusion de Maurice Kamto de la présidentielle, décidée par le Conseil constitutionnel le 5 août 2025, et les violences qui ont suivi le scrutin, sans donner de bilan chiffré.
Sur le plan politique, la déclaration franchit un cap. Elle cite les « prises de parole inédites de figures militaires et de renseignements », notamment l'ancien capitaine Romuald Kenneth Effoudou, qui a appelé à une « mobilisation générale » contre le pouvoir lors d'une émission sur Le Fauteuil Rouge TV, le 26 octobre 2026. Effoudou, ancien chef du bureau renseignement de l'état-major particulier du président, a été radié de l'armée par décret le 25 juin 2026 et vit en exil en Europe. Ses appels sont donc ceux d'un homme seul, pas d'une institution. Le MRC le sait. Mais il les cite parce qu'ils disent quelque chose du climat.
La révision constitutionnelle, pomme de discorde
Le MRC qualifie la révision constitutionnelle du 14 avril 2026 de « coup d'État constitutionnel ». Cette révision, promulguée par Paul Biya après adoption par le Parlement le 4 avril, instaure un poste de vice-président nommé et révocable par le chef de l'État, qui achève le mandat en cas de vacance. Elle met fin au système d'intérim court (20 à 120 jours) assuré jusqu'ici par le président du Sénat.
Pour le MRC, cette réforme organise une succession sans élection, contourne le suffrage universel et verrouille le pouvoir. Pour le gouvernement, elle garantit la « stabilité institutionnelle » et évite un « vide de pouvoir brutal » dans un pays où le chef de l'État a 93 ans.
Les deux lectures ne sont pas incompatibles. Une réforme peut être à la fois une réponse à un risque réel et un instrument de conservation du pouvoir. La question n'est pas de savoir si la révision est légale elle l'est, formellement. Elle est de savoir ce qu'elle fait à la compétition politique.
Les trois demandes du MRC, et leur faisabilité
Le MRC ne se contente pas de critiquer. Il propose. Trois actes, présentés comme les conditions d'une sortie de crise.
Premier acte : constater officiellement la vacance du pouvoir. La déclaration invoque la Constitution de 1996. Mais la vacance n'est pas une notion automatique. Elle suppose une décision politique et juridique : constatation par le Conseil constitutionnel, reconnaissance par les institutions, acceptation par l'armée. Aucune de ces conditions n'est réunie aujourd'hui. Le MRC le sait. Sa demande est donc moins une procédure qu'un rapport de forces.
Deuxième acte : organiser un intérim de 40 à 120 jours assuré par le président du Sénat. C'est la procédure prévue par la Constitution en cas de vacance, avant la révision d'avril 2026. Mais depuis cette révision, c'est le vice-président poste toujours vacant qui devrait assurer la succession. L'intérim du président du Sénat est donc, en l'état du droit, une hypothèse résiduelle. Le MRC propose de revenir au droit antérieur. C'est une position politique, pas une lecture neutre de la Constitution.
Troisième acte : adopter un Code électoral consensuel avant une nouvelle présidentielle. C'est la demande la plus concrète, et peut-être la plus réalisable. Le Code électoral actuel est contesté par l'opposition depuis des années. Un consensus sur les règles du jeu composition d'Elecam, contentieux, financement des campagnes serait un préalable crédible à toute élection apaisée. Mais aucun acteur n'a, à ce jour, ouvert cette négociation.
Ce que cette déclaration change au MRC
Le MRC n'est plus dans la seule contestation. Il propose un mécanisme de sortie de crise. C'est une évolution stratégique. Elle a un coût : en demandant une transition, le parti accepte implicitement l'idée que le pouvoir actuel ne peut pas organiser une élection crédible. Et il se place, de fait, en alternative de gouvernement.
Cette évolution intervient après l'élection de Tiriane Noah, dans un contexte de fragilisation du parti : Maurice Kamto a démissionné de la présidence du MRC le 8 septembre 2026, invoquant « l'intérêt supérieur du parti » ; son premier vice-président, Mamadou Mota, a démissionné le même jour ; et le ministre de l'Administration territoriale, Paul Atanga Nji, refuse depuis août 2026 de « prendre acte » de la réélection de Kamto à la tête du parti. Le MRC est donc une formation sous pression administrative, dirigée par une nouvelle présidente qui doit à la fois incarner la continuité et imprimer sa marque.
La déclaration du 28 octobre est sa première grande sortie. Elle est ambitieuse. Elle est aussi risquée : en appelant à une transition, le MRC se place sur le terrain de la confrontation institutionnelle, là où le pouvoir a l'avantage de l'appareil et de la légalité formelle.
Ce que l'on ne sait pas
On ne sait pas si le MRC a consulté les autres partis d'opposition avant de publier cette déclaration. On ne sait pas si l'ONU, l'UA ou l'UE ont reçu le document, ni quelle suite elles lui réservent. On ne sait pas si le pouvoir répondra publiquement l'expérience suggère qu'il ne le fera pas. Et on ne sait pas, surtout, si cette déclaration restera un document isolé ou si elle marque le début d'une dynamique.
Nous avons tenté de joindre le secrétariat du MRC et le ministère de l'Administration territoriale. Sans succès avant publication.
Que demande le MRC dans sa déclaration du 28 octobre ?
Le MRC demande à la communauté internationale de soutenir une transition fondée sur trois actes : constater la vacance du pouvoir, organiser un intérim de 40 à 120 jours par le président du Sénat, et adopter un Code électoral consensuel avant une nouvelle présidentielle.
Pourquoi le MRC parle-t-il de « coup d'État constitutionnel » ?
Le MRC qualifie ainsi la révision constitutionnelle du 14 avril 2026, qui instaure un vice-président nommé par le chef de l'État et successeur automatique en cas de vacance. Le parti y voit un moyen de contourner le suffrage universel. Le gouvernement parle de « stabilité institutionnelle ».
La baisse de 74,4 % des investissements publics est-elle réelle ?
Oui, selon le ministère des Finances. Les dépenses d'investissement sont passées de 175,5 milliards de FCFA à fin mars 2025 à 45 milliards à fin mars 2026. Le gouvernement attribue cette chute à des contraintes techniques liées au changement de plateforme budgétaire.
Qui est Tiriane Balbine Noah ?
Elle est la présidente du MRC depuis le 17 octobre 2026. Elle a été élue avec 96,89 % des suffrages, succédant à Maurice Kamto, démissionnaire. C'est la première femme à diriger le principal parti d'opposition camerounais.