FSNC suspendu : le MPSC d'Aboubakar Siddiki dénonce une "justice d'embuscade" et alerte sur un décret de 3 mois qui cacherait 5 ans d'exclusion politique.

Le 27 octobre 2026, le ministre de l’Administration territoriale aurait signé un décret suspendant le Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) de l’espace politique pour trois mois. Deux jours plus tard, de Douala, le Mouvement patriotique du salut camerounais (MPSC) d’Aboubakar Siddiki a publié une déclaration cinglante pour dénoncer cette décision.

Trois mois sur le papier. Cinq ans dans les faits. C'est la phrase choc de ce communiqué. Pour le MPSC, cette suspension n'est pas une simple mesure administrative. C'est une arme braquée sur le calendrier électoral.

Les dessous du décret du 27 octobre

La déclaration du MPSC commence par un constat factuel : le 27 octobre 2026, le ministre de l'Administration territoriale aurait pris un décret suspendant le FSNC pour une durée de trois mois.

Le MPSC, par la voix de son président national Aboubakar Siddiki, condamne fermement cette décision. Le mouvement y voit une manœuvre aux conséquences politiques et électorales potentiellement irréversibles.

Pourquoi trois mois ? Parce que cette période coïncide, selon le MPSC, avec des étapes charnières du processus électoral camerounais. La convocation du corps électoral. Le dépôt des candidatures.

« Une suspension présentée comme temporaire pourrait produire des effets durables », prévient le communiqué.

« Trois mois sur le papier, cinq ans dans les faits »

C’est la formule la plus forte de cette déclaration. Le MPSC affirme que si, comme certaines projections politiques le laissent entendre, aucune nouvelle échéance électorale majeure ne devait intervenir avant plusieurs années, la suspension de trois mois se transformerait en exclusion de cinq ans.

Le FSNC pourrait, selon le MPSC, se retrouver « marginalisé durablement, jusqu’à risquer une disparition politique de fait ».

Le MPSC dénonce ici une méthode : rendre la justice par embuscade. Une démocratie, soutient-il, ne saurait se satisfaire de décisions qui compromettent la compétition politique et bafouent le pluralisme.

Le paradoxe d’une suspension

Le communiqué pointe une contradiction majeure. Les dirigeants du FSNC avaient déjà annoncé publiquement leur intention de ne pas participer aux prochaines élections. Ils exigeaient au préalable que la vérité sur certaines affaires soit rétablie.

Alors pourquoi suspendre un parti qui refuse de jouer le jeu ?

Le MPSC qualifie cette décision de « politiquement paradoxale ». Elle frappe un mouvement qui avait déjà exprimé des réserves. Une manière, peut-être, de lui couper l'herbe sous le pied avant même qu'il ne pose ses conditions.

Le régime de Paul Biya accusé de privilégier la contrainte

Derrière la suspension du FSNC, le MPSC attaque la méthode du régime en place. Il dénonce une approche « rétrograde » qui fragilise le pluralisme.

Selon Aboubakar Siddiki, cette décision intervient à un moment critique. Elle risque, écrit-il, « d’exacerber les tensions que de contribuer à leur apaisement ».

Le MPSC en appelle directement au régime de Paul Biya. Il est « encore temps de désamorcer la crise politique camerounaise ». Une crise nourrie, selon le communiqué, par « des années de méfiance, de contestations et de fractures ».

Nous n'avons pas pu obtenir de réaction officielle des cadres du FSNC à la suite de cette déclaration. Leurs représentants n'ont pas répondu à nos sollicitations.

L'appel au dialogue et à la transition

La fin du communiqué se veut solennelle. Le MPSC réitère son appel à privilégier les voies pacifiques, le dialogue inclusif et les mécanismes consensuels. L'objectif affiché : conduire à une transition politique apaisée dans le respect de la volonté populaire.

« Le Cameroun n’a pas besoin de nouvelles exclusions. Il a besoin de justice, de dialogue et d’une perspective politique crédible », peut-on lire.

La déclaration se conclut par une mise en garde face à l'histoire. L'histoire nous jugera, écrit le MPSC, non pas sur notre capacité à réduire nos adversaires au silence, mais sur notre courage à construire les conditions d'une paix durable et d'une démocratie véritable.


Qu'est-ce que le FSNC ?
Le Front pour le salut national du Cameroun, une formation politique dont les dirigeants ont annoncé qu'ils ne participeraient pas aux prochaines élections avant que toute la lumière ne soit faite sur des dossiers en cours.

Qui est Aboubakar Siddiki ?
Le président national du Mouvement patriotique du salut camerounais (MPSC), basé à Douala, à l'origine de cette déclaration politique.

La suspension du FSNC est-elle confirmée par l'État ?
Le MPSC cite un décret du 27 octobre 2026 émanant du ministre de l'Administration territoriale. Nos recherches n'ont pas permis de trouver une confirmation officielle ou un communiqué du ministère à ce jour.

Pourquoi le MPSC parle-t-il de cinq ans ?
Parce que si aucune élection majeure n'est organisée pendant plusieurs années, une suspension de trois mois couvrant la période de dépôt des candidatures éliminerait de facto le FSNC pour tout un cycle électoral.