« Institut Bilingue Petou, Yaoundé. Ils entraient en classe en uniforme, s’asseyaient parmi les élèves, puis volaient, frappaient, vendaient du cannabis. Leur chef présumé avait 16 ans. »

Yaoundé, Institut Bilingue Petou, quartier Awae. Les plaintes s’étaient accumulées. Des agressions. Des vols. Des individus en tenue scolaire qui n’étaient pas des élèves. Le surveillant général a fini par saisir la Première Région de Gendarmerie.

L’enquête du Service des recherches judiciaires et de la lutte contre le grand banditisme a duré plusieurs semaines. Elle a abouti à une série d’interpellations, dont celle, le 10 novembre, d’un jeune homme de 16 ans à Odza. Les autorités le présentent comme le chef présumé du réseau. La presse locale lui prête un surnom : « Colonel ». Ce surnom n’apparaît pas dans les communiqués de gendarmerie consultés, mais il dit quelque chose du personnage : à 16 ans, il était déjà connu des services de sécurité.

Le mode opératoire : l’uniforme comme laissez-passer

Le groupe réunissait des jeunes de 16 à 21 ans. Deux d’entre eux étaient des repris de justice.

Leur stratégie tenait en une idée simple : se fondre dans le décor. Ils enfilaient l’uniforme de l’établissement, franchissaient les grilles à l’heure des cours, s’installaient dans les salles de classe. Puis ils passaient à l’action. Agressions. Vols. Trafic de chanvre indien et d’autres psychotropes. Recrutement de nouveaux consommateurs parmi les élèves.

Un détail, rapporté par le lieutenant Aloys Léonel Obama Adoumou, chef du bureau suivi et statistiques de l’unité, éclaire l’ampleur du phénomène : l’un des membres gérait un « terre », une zone de trafic et de consommation aux abords de l’établissement, où les élèves étaient dépouillés à la sortie des cours.

Les perquisitions aux domiciles des suspects ont permis de saisir du chanvre, des psychotropes et des effets scolaires volés.

« Ils ont contacté sa famille pour exiger de l’argent »

Les témoignages recueillis par la gendarmerie décrivent une violence qui ne s’arrêtait pas aux grilles du collège. Des agressions avaient lieu jusque dans les salles de classe. Des menaces de représailles visaient ceux qui auraient voulu parler.

Une victime a raconté qu’après le vol de son téléphone, les malfaiteurs ont contacté ses proches. Ils réclamaient de l’argent, avec des menaces d’enlèvement et de mort.

Nous n’avons pas pu joindre l’établissement pour obtenir sa réaction avant publication. Une chose est établie par la gendarmerie : les six mis en cause seront présentés au procureur de la République dans les prochains jours.

Derrière l’affaire, un phénomène de fond

L’arrestation du « Colonel » et de ses cinq complices n’est pas un incident isolé.

En 2022, la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) indiquait que 21 % des Camerounais en âge scolaire avaient déjà consommé une drogue, avec une prévalence élevée chez les 15 ans. En juillet 2024, le ministère de la Santé publique a adopté un Plan stratégique national 2024-2030 pour réduire l’offre, la demande et les risques liés aux drogues.

Le président Paul Biya, dans ses messages à la jeunesse de 2019 et 2020, avait lui-même alerté : la consommation de stupéfiants chez les jeunes avait « atteint la cote d’alerte ».

Ce que révèle l’affaire Petou, c’est autre chose qu’un trafic. C’est une méthode. Des réseaux capables d’exploiter les failles de sécurité des établissements contrôle des accès, vérification des uniformes, périmètres de sortie pour installer des points de deal aux abords des collèges.

La question que le surveillant général a posée

Le surveillant général de l’Institut Bilingue Petou a fait ce que beaucoup d’autres, ailleurs, hésitent peut-être à faire : il a saisi la gendarmerie. L’enquête a abouti. Les suspects sont sous les verrous.

Mais la question reste ouverte, et elle dépasse Awae. Combien d’autres établissements de Yaoundé, de Douala, de Bafoussam, abritent des « terre » sans que personne n’ait encore osé pousser la porte d’une brigade ?

La réponse ne viendra pas d’un communiqué. Elle viendra des surveillants généraux, des parents, des élèves qui parlent. Et de la capacité des pouvoirs publics à sécuriser les écoles sans en faire des bunkers.

L’affaire du « Colonel » n’est pas un fait divers. C’est un signal.


Que s’est-il passé à l’Institut Bilingue Petou ?

Un groupe de jeunes de 16 à 21 ans se faisait passer pour des élèves afin d’agresser, de voler et de vendre de la drogue dans l’établissement. Le surveillant général a alerté la gendarmerie.

Le chef du gang avait vraiment 16 ans ?

Oui, selon la gendarmerie. Il était déjà connu des services de sécurité. La presse locale le surnomme « Colonel », mais ce surnom n’apparaît pas dans les communiqués officiels consultés.

Comment faisaient-ils pour entrer dans l’école ?

Ils portaient l’uniforme de l’école et se mêlaient aux élèves à l’heure des cours.

C’est quoi un « terre » ?

C’est une zone de trafic et de consommation de drogue. L’un des membres du groupe en gérait un aux abords de l’établissement, où les élèves étaient dépouillés à la sortie.

Les victimes ont-elles été blessées ?

Les rapports mentionnent des agressions et des vols. Une victime a été menacée de mort et d’enlèvement après le vol de son téléphone. Le nombre exact de victimes n’a pas été rendu public.

Que risquent les suspects ?

Ils seront présentés au procureur de la République. Les chefs d’accusation précis n’ont pas été communiqués.

Combien d’autres écoles sont concernées à Yaoundé ?

Personne ne le sait. C’est précisément la question que pose cette affaire.

Les parents peuvent-ils faire quelque chose ?

Parler avec leurs enfants, vérifier les fréquentations, signaler tout comportement suspect à l’établissement ou à la gendarmerie. La sécurité scolaire ne repose pas uniquement sur les surveillants généraux.