Le Cameroun est en deuil, mais l'histoire retiendra un bilan contrasté.
Clément Atangana, Président du Conseil constitutionnel, est décédé ce matin, dimanche 4 octobre 2026, aux environs de 5h22 en France, où il recevait des soins, après une longue maladie. À 85 ans, originaire de Ngomedzap dans département du Nyong-et-So'o dans la région du Centre, le magistrat hors hiérarchie laisse derrière lui huit enfants et une carrière de plus de 40 ans au service de la justice.
Magistrat de formation, figure respectée du Nyong-et-So'o, le patriarche s'en est allé aux premières heures de ce jour. La famille et la communauté sont profondément éprouvées.
Mais si l'homme est pleuré, l'institution qu'il incarnait depuis sa création en février 2018 laisse un goût amer dans l'opinion et dans les rangs de l'opposition.
Un Conseil constitutionnel, sous-section juridique du RDPC ?
C'est l'image qui colle à la peau de l'institution Atangana.
Sous sa présidence, le Conseil constitutionnel s'est forgé une réputation implacable, jamais démentie : rejeter systématiquement toutes les requêtes de l'opposition et se déclarer incompétent dès que l'affaire devient sérieuse.
Les Camerounais se souviennent :
- 2018, Présidentielle : 18 requêtes en annulation déposées par Maurice Kamto, Cabral Libii, Joshua Osih. 18 requêtes balayées d'un revers de main. Le Conseil se déclare même incompétent pour trancher les fraudes massives dénoncées, alors même que le contentieux électoral relève pourtant de sa compétence première selon l'article 46 de la Constitution.
- 2019, 2020, 2025... Législatives, Municipales : Même scénario. Des centaines de recours pour achats de conscience, bourrages d'urnes, disqualification d'opposants. Réponse invariable : "Irrecevable", "Non fondé", "Le Conseil se déclare incompétent".
- La jurisprudence Atangana : Ne jamais se prononcer sur le fond. Cette doctrine a fait du Conseil non pas le juge des élections, mais leur fossoyeur. Pour les juristes critiques, c'était devenu une chambre d'enregistrement des résultats déjà proclamés par le RDPC.
Au point où dans les chaumières, on ne disait plus "Conseil constitutionnel", on disait "Conseil constitutionnel du RDPC". Une institution qui a tout validé : le code électoral le plus décrié d'Afrique, les victoires à 100% dans certains bureaux de vote, les candidatures contestées.
Clément Atangana n'était pas seul. Mais il en était le visage, la voix grave qui lisait les arrêts de rejet à 23h à la télévision nationale, lunettes sur le nez, impassible.
Le paradoxe est cruel : celui qui devait être le gardien de la Constitution est mort en France, loin de la Constitution qu'il était censé protéger, évacué en urgence à l'Hôpital américain de Paris depuis mardi dernier, selon nos sources.
Que le Seigneur accueille son âme. Mais l'histoire jugera son bilan institutionnel sans complaisance.