Vice-président : Osih accuse Biya d'escroquerie
© Camer.be : Paul Moutila | 09 oct. 2026 01:30:00 | 422Joshua Osih, président du SDF, qualifie l'introduction du poste de vice-président d'« escroquerie politique » et de « coup d'État ». Il accuse Paul Biya d'avoir trompé les électeurs.
Le président du Social Democratic Front affirme que la création d'un poste de vice-président ne figurait dans aucun programme électoral en octobre 2025 et dénonce une « escroquerie politique » contre le peuple camerounais.
« Vous ne pouvez pas venir tromper les Camerounais, devenir président de la République et, deux semaines plus tard, commencer à parler de l'introduction d'un vice-président », a-t-il déclaré lors d'un entretien diffusé sur STV.
La citation qui fait mouche
L'entretien a été diffusé sur STV. Joshua Osih, député et président national du SDF, a répondu aux questions sur la révision constitutionnelle adoptée le 4 avril 2026. Son analyse est sans nuance.
« Quand les Camerounais sont allés aux urnes en octobre 2025, il n'était nulle part question de l'introduction d'un vice-président, dans aucun des programmes politiques de tous les candidats », affirme-t-il. « Du moins, celui que le Conseil constitutionnel a proclamé comme président élu n'en avait pas dans son programme. »
Pour Osih, la conclusion s'impose d'elle-même. « Donc, vous ne pouvez pas venir tromper les Camerounais, devenir président de la République et, deux semaines plus tard, commencer à parler de l'introduction d'un vice-président. On appelle cela l'escroquerie politique. »
« Un coup de force »
Le président du SDF va plus loin. Il qualifie la démarche de « coup d'État ». Pas au sens militaire du terme, précise-t-il. Mais au sens d'une imposition.
« Quand je parle de coup d'État, c'est un coup de force, c'est-à-dire qu'on impose quelque chose au peuple », explique-t-il. « Si vous dites, je vais faire ça et la première chose que vous faites c'est le contraire de ce que vous avez dit, ça veut dire que vous escroquez le peuple. »
Ce que dit le calendrier
Les faits sont documentés. La révision constitutionnelle a été adoptée par le Parlement réuni en Congrès le 4 avril 2026, avec 205 voix pour et 16 contre. Elle a été promulguée par Paul Biya le 14 avril 2026.
Le texte réintroduit un poste de vice-président de la République. Ce vice-président est nommé par le président de la République. Il est révocable à tout moment. Il assure la succession en cas de vacance du pouvoir.
L'élection présidentielle a eu lieu le 12 octobre 2025. Paul Biya a été proclamé vainqueur par le Conseil constitutionnel le 27 octobre, avec 53,66 % des voix. Deux semaines après le scrutin, le débat sur la vice-présidence n'était pas public. Le projet de loi a été déposé au Parlement le 2 avril 2026, soit près de six mois après l'élection.
La question du programme
Joshua Osih affirme que le poste de vice-président ne figurait dans aucun programme électoral en 2025. Nous n'avons pas pu consulter l'intégralité des programmes des onze autres candidats. Le site officiel de campagne de Paul Biya pour 2025 met en avant la préservation de la paix, la consolidation des libertés et la démocratie. Il évoque l'amélioration des règles pour garantir des élections transparentes et inclusives, ainsi que le renforcement des mesures de protection de la liberté d'expression.
La création d'un poste de vice-président n'y est pas mentionnée dans les éléments accessibles. Nous n'avons pas pu vérifier si cette mesure figurait dans le programme complet ou dans les engagements de campagne non publiés en ligne.
Ce que le camp présidentiel répond
Le camp présidentiel justifie la réforme par la nécessité de moderniser les institutions et de préparer l'après-Biya. Paul Biya lui-même a évoqué, lors de sa prestation de serment le 6 novembre 2025, la volonté d'introduire des réformes pour répondre aux défis du pays.
Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a défendu le texte devant le Parlement. Il a expliqué que le poste de vice-président visait à garantir la continuité de l'État en cas de vacance du pouvoir. Une préoccupation qui, selon lui, n'était pas nouvelle.
Mais pour Joshua Osih, l'argument ne tient pas. « Si c'était une préoccupation, pourquoi ne pas l'avoir dit avant l'élection ? » interroge-t-il. « Pourquoi attendre d'être réélu pour introduire une réforme que personne n'a votée ? »
Les autres réactions de l'opposition
Joshua Osih n'est pas le seul à dénoncer la réforme. Maurice Kamto, ex-président du MRC, a qualifié la révision de « coup d'État institutionnel et constitutionnel » dans une vidéo publiée sur Facebook.
Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième à la présidentielle avec 35,19 % des voix, a également critiqué la réforme. Il a dénoncé une « violation des principes démocratiques » et a saisi l'Union africaine.
Le SDF a boycotté le Congrès du 4 avril 2026. Joshua Osih et les autres députés du parti ont refusé de participer aux débats, dénonçant une procédure expéditive. « Nous avons disposé de moins de deux heures pour examiner un texte qui engage pourtant l'avenir institutionnel de notre pays », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse le 3 avril.
La révision constitutionnelle est promulguée. Le poste de vice-président existe. Mais aucun vice-président n'a encore été nommé. La question de la succession de Paul Biya reste ouverte.
Joshua Osih, lui, ne compte pas lâcher. Il a annoncé que le SDF allait saisir les instances internationales pour contester la réforme. Une démarche qui s'ajoute à celles déjà engagées par le MRC et d'autres partis d'opposition.
La question de fond reste posée. Un président peut-il introduire une réforme majeure qui n'était pas dans son programme électoral ? Et si oui, quelle est la valeur de la promesse électorale dans une démocratie ?
Que reproche Joshua Osih à Paul Biya ?
D'avoir introduit un poste de vice-président qui ne figurait dans aucun programme électoral en octobre 2025. Il qualifie cette démarche d'« escroquerie politique » et de « coup de force ».
Quand la révision constitutionnelle a-t-elle été adoptée ?
Le 4 avril 2026 par le Parlement réuni en Congrès, avec 205 voix pour et 16 contre. Elle a été promulguée le 14 avril 2026.
Quel est le rôle du vice-président ?
Il est nommé par le président de la République, révocable à tout moment, et assure la succession en cas de vacance du pouvoir.
D'autres opposants ont-ils réagi ?
Oui. Maurice Kamto parle de « coup d'État institutionnel et constitutionnel ». Issa Tchiroma Bakary dénonce une « violation des principes démocratiques ».
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