Qui veut faire interdire la convention du MRC ?
© Camer.be : Onana Nestor | 08 oct. 2026 12:13:00 | 395Un militant du MRC saisit le sous-préfet de Yaoundé IV pour contester la convention du 17 octobre. Le parti dénonce une manœuvre et confirme la tenue.
Cyrille Edou, militant de la Fédération communale de Sangmélima, invoque des irrégularités statutaires et des tensions internes pour demander l'interdiction de la convention extraordinaire du MRC.
Un militant du MRC demande l'interdiction de la convention extraordinaire prévue le 17 octobre 2026 à Odza. Cyrille Edou, de la Fédération communale de Sangmélima, a saisi le sous-préfet de Yaoundé IV le 7 octobre 2026.
Il invoque deux motifs : le défaut de qualité des convocateurs et de fortes tensions internes. Le MRC dénonce une manœuvre et confirme la tenue de l'événement.
Une convention sous haute tension
Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) devait tourner la page. Après la démission de Maurice Kamto de la présidence du parti le 8 septembre 2026, la convention du 17 octobre devait désigner son successeur. Deux candidats sont en lice : Tiriane Balbine Nadège Noah, qui assure l'intérim, et Pierre Emmanuel Binyam.
Mais rien ne se passe comme prévu.
Le 7 octobre, Cyrille Edou, militant de la Fédération communale de Sangmélima, adresse une correspondance au sous-préfet de Yaoundé IV. Il conteste la tenue de la convention. Il demande l'annulation du récépissé délivré le 28 septembre.
L'argument juridique : un parti « acéphale »
L'argument est technique. Edou s'appuie sur l'article 17 des statuts du parti, adoptés en décembre 2023. Cet article prévoit que la convention se réunit « sur convocation du président national ». Or, écrit-il, Maurice Kamto a démissionné le 25 juin 2025 avant d'adhérer au MANIDEM le 27 juin.
Selon lui, l'article 68 du règlement intérieur prévoit qu'en cas de démission du président, le directoire doit convoquer une convention dans un délai de 30 jours, et la convention doit se tenir dans les 60 jours. Ces délais n'ont pas été respectés. Conclusion du militant : « la non-application de cet article dans ses délais impératifs a rendu caduques les instances dirigeantes du MRC et le parti devenu acéphale ».
Autrement dit : les personnes qui convoquent la convention du 17 octobre n'auraient aucune qualité légale pour le faire.
Le deuxième motif : les tensions internes
Edou invoque aussi « l'existence de fortes tensions internes ». Le parti est en proie à des contestations d'exclusion. Des affaires sont pendantes en justice.
Il rappelle également un précédent. Le 27 novembre 2025, le même sous-préfet de Yaoundé IV avait interdit une convention extraordinaire du MRC pour des risques de troubles à l'ordre public. Malgré cette interdiction, une convention par visioconférence avait été organisée le 21 décembre 2025 pour réélire Maurice Kamto à la tête du parti.
Pour Edou, la convention du 17 octobre 2026 s'inscrit dans la continuité de cette illégalité.
La réponse du MRC : « notre convention aura bien lieu »
Le parti n'a pas tardé à réagir. Dans un communiqué signé le 8 octobre par Justin Roger Noah, secrétaire général adjoint n°1, le MRC dénonce « des propos émanant des ennemis de la République » visant à « amener Monsieur le Sous-Préfet de Yaoundé IV à interdire la tenue des travaux de notre Convention extraordinaire ».
Le parti rappelle une chose simple. « La seule obligation légale pour la tenue d'une réunion publique c'est sa déclaration qui donne lieu à la délivrance immédiate d'un récépissé par le Sous-Préfet ». Le MRC a déposé sa déclaration le 23 septembre. Le sous-préfet a délivré le récépissé le 28 septembre conformément à la loi n°90/055 du 19 décembre 1990.
« À ce jour, il ne fait aucun doute que le Sous-Préfet de Yaoundé IV a déjà joué son rôle en délivrant le récépissé », conclut le communiqué. Le MRC appelle ses militants au calme et confirme la tenue de la convention.
Une contestation qui vient de l'intérieur
Le détail qui change tout : Cyrille Edou n'est pas un opposant externe. Il se présente comme un militant du parti. Son parcours est singulier. Ancien secrétaire général de la sous-section RDPC d'Avebe Esse, il avait rejoint le MRC en 2024 après quinze ans aux côtés de Paul Biya.
Aujourd'hui, il conteste la convention de son propre parti. Une démarche qui intervient alors qu'une autre contestation a déjà été portée par Willy Mengue, un ancien cadre exclu du parti en juin 2026 pour « trahison ». Willy Mengue avait saisi le même sous-préfet le 29 septembre pour demander l'interdiction de la convention. Il s'est ensuite engagé à ne plus perturber l'événement, mais son recours reste pendant devant la Cour d'appel du Centre.
Que peut faire le sous-préfet ?
La question juridique est simple. Peut-on retirer un récépissé déjà délivré ? La loi camerounaise sur les réunions publiques ne prévoit pas explicitement de procédure de retrait. Me Sikati, conseil du MRC, avait déjà souligné dans une tribune que « le récépissé fait foi » et que « l'appel n'est pas suspensif ».
Mais la décision finale appartient à l'autorité administrative. Le sous-préfet peut soit ignorer la demande, soit y donner suite. Si c'est le cas, le MRC a déjà annoncé qu'il contesterait.
La convention du 17 octobre reste, pour l'instant, maintenue. Les deux candidats, Tiriane Balbine Nadège Noah et Pierre Emmanuel Binyam, poursuivent leur campagne dans les fédérations.
Mais l'incertitude persiste. Le MRC a connu dix mois de blocage administratif avant d'obtenir ce récépissé. Une nouvelle interdiction relancerait le cycle des recours et des contre-recours.
Un observateur de la vie politique camerounaise, qui a requis l'anonymat, résume : « Le MRC est pris entre deux feux. Il y a ceux qui veulent la convention et ceux qui veulent la bloquer. La question, c'est de savoir si le sous-préfet va tenir compte de cette nouvelle saisine. »
Une chose est sûre : à dix jours de l'événement, le MRC n'est pas au bout de ses peines.
Qui est Cyrille Edou ?
Un militant du MRC, membre de la Fédération communale de Sangmélima. Ancien cadre du RDPC, il a rejoint le MRC en 2024.
Que demande-t-il au sous-préfet ?
L'annulation du récépissé délivré le 28 septembre 2026 et l'interdiction de la convention du 17 octobre.
Quels arguments invoque-t-il ?
Le défaut de qualité des convocateurs (le parti serait « acéphale » depuis la démission de Kamto) et l'existence de tensions internes.
La convention du 17 octobre est-elle maintenue ?
Le MRC affirme qu'elle aura bien lieu. Le sous-préfet n'a pas encore statué sur la nouvelle saisine.
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