Qui contrôle le Mfoundi ? La bataille secrète du RDPC
© Camer.be : Onana Nestor | 07 oct. 2026 14:16:00 | 871RDPC Mfoundi : Étoundi Ngoa nomme des superviseurs, Tsimi Evouna suspend la décision, Nkuété tranche. Le RDPC au bord de la crise avant 2027.
Une note de service du 31 août 2026 a mis le feu au RDPC du Mfoundi : Laurent Serge Étoundi Ngoa a nommé des superviseurs sans concertation, Gilbert Tsimi Evouna a suspendu la décision, et Jean Nkuété a tranché en sa faveur.
Le 31 août 2026, Laurent Serge Étoundi Ngoa signe une note de service. Il nomme des superviseurs pour encadrer les opérations pré-électorales dans les sept sections du Mfoundi. Le 4 septembre, Gilbert Tsimi Evouna suspend la décision. Le 9 septembre, une trentaine de militants manifestent devant le siège du Comité central. Jean Nkuété tranche : la note d'Étoundi Ngoa est « inopportune ». Que s'est-il vraiment passé au cœur du pouvoir ?
Le Mfoundi, laboratoire d'une guerre de positions au RDPC
À moins d'un an des élections législatives et municipales prévues en février 2027, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) donne à voir un visage différent de celui d'une machine politique huilée . Derrière les appels à l'unité, les rivalités locales prennent parfois les allures de combats fratricides .
Le dernier épisode se joue au cœur du pouvoir, dans le Mfoundi.
31 août 2026 : la note qui a tout déclenché
Par une note de service datée du 31 août 2026, Laurent Serge Étoundi Ngoa, ministre de l'Éducation de base et chef de la délégation permanente départementale du Comité central du RDPC pour le Mfoundi, procède à la désignation de plusieurs superviseurs et chargés de mission .
Parmi les personnalités retenues figurent Philippe Mbarga Mboa, ministre chargé de mission à la présidence de la République ; Séraphin Magloire Fouda, secrétaire général des services du Premier ministre ; André Mama Fouda, ancien ministre de la Santé publique ; et Augustin Edjoa, ancien ministre des Sports .
Leur mission : encadrer les opérations préparatoires aux élections législatives et municipales dans le département du Mfoundi, considéré comme l'un des principaux bastions politiques de la capitale .
Une initiative qui n'est pas passée inaperçue au sommet de l'appareil partisan.
4 septembre 2026 : Tsimi Evouna recadre Étoundi Ngoa
Dans une correspondance officielle datée du 4 septembre 2026, Gilbert Tsimi Evouna, président du Conseil régional du Centre, trésorier national du RDPC et chef de la délégation permanente régionale du Comité central pour le Centre, recadre son homologue .
Il lui demande de surseoir immédiatement à l'exécution de cette note. Il reproche à Étoundi Ngoa d'avoir pris cette décision sans concertation préalable, alors qu'elle concernait directement l'organisation électorale du parti .
Estimant que cette démarche s'écartait des procédures établies, il décide de surseoir à son application .
9 septembre 2026 : la rue s'en mêle
La contestation ne reste pas confinée aux bureaux du parti. Le 9 septembre 2026, une trentaine de militants de la section Mfoundi II manifestent devant le siège du Comité central .
Ils protestent contre ces désignations qu'ils jugent contestables .
Jean Nkuété tranche : « inopportune »
Dans une correspondance adressée à Gilbert Tsimi Evouna, Jean Nkueté, secrétaire général du Comité central du RDPC, estime que la note du responsable départemental est « inopportune » .
Selon lui, « l'esprit et la lettre sont totalement éloignés des orientations et des directives du secrétariat général du comité central » .
Jean Nkueté considère que cette organisation risque d'alourdir inutilement le dispositif de préparation des élections et de créer des frustrations parmi les présidents de section, auxquels revient la responsabilité de conduire les opérations sur le terrain .
Le secrétaire général reproche également à la note contestée de ne pas respecter les orientations du parti concernant la représentativité. Il insiste sur la nécessité de prendre en compte la diversité sociologique, les femmes et les jeunes dans toutes les étapes de préparation des élections, particulièrement dans des départements stratégiques comme le Mfoundi et le Wouri .
Le retrait de la note d'Étoundi Ngoa redonne un rôle central aux présidents de section, considérés comme les mieux placés pour apprécier les réalités du terrain et proposer les futurs candidats .
Ce que révèle cette crise
Au-delà du différend administratif, l'épisode révèle une question fondamentale : qui contrôle réellement la machine électorale du RDPC dans les territoires stratégiques ?
Car contrôler les structures locales, c'est aussi peser sur les investitures et, demain, sur les équilibres internes du parti .
Le Mfoundi n'est pas un département comme les autres. Il englobe Yaoundé, la capitale politique. Les sept sections qui le composent concentrent une part significative des militants et des cadres du parti. Les investitures dans ce département ont une valeur symbolique et politique considérable.
La passe d'armes entre Étoundi Ngoa et Tsimi Evouna est la preuve que, malgré son statut de formation au pouvoir, le RDPC n'est pas à l'abri des tensions internes .
Un phénomène national
Le Mfoundi n'est pas un cas isolé. À l'Ouest, la nomination en mars 2025 de Hamidou Komidor Njimoluh à la tête de la délégation régionale du parti a modifié les équilibres. Le fauteuil était auparavant occupé par le défunt sultan-roi des Bamoun, Ibrahim Mbombo Njoya .
Dans le Koung-khi, à Pète-Bandjoun, la suspension de ses adjoints par le maire Maptue Fotso, malgré les injonctions du ministre de tutelle, illustre une forme de défiance à l'égard de la hiérarchie . À Bayangam, les relations entre Albert Kouinche et une partie des militants de Batoufam traduisent la même bataille pour le contrôle de l'exécutif communal .
Derrière les querelles de personnes se profile une bataille plus large : celle de la légitimité locale et de la capacité à transformer une implantation militante en pouvoir électoral .
Que reste-t-il de l'autorité d'Étoundi Ngoa ?
La décision de Jean Nkueté est un désaveu public pour Laurent Serge Étoundi Ngoa. Sa note de service est jugée « inopportune ». Son initiative est suspendue. Les présidents de section reprennent la main.
Étoundi Ngoa conserve son poste de chef de la délégation permanente départementale. Il conserve également son portefeuille ministériel. Mais son autorité sur le processus électoral dans le Mfoundi est limitée.
Nous avons tenté de joindre la permanence du RDPC dans le Mfoundi pour obtenir une réaction. Nous n'avons pas obtenu de réponse avant publication.
Le RDPC doit préparer les élections législatives et municipales de février 2027. Les investitures approchent. Les rivalités s'exacerbent.
Dans le Mfoundi, la bataille pour le contrôle des structures de base est loin d'être terminée. Elle détermine qui figurera sur les listes, qui contrôlera les mairies, qui pèsera dans les équilibres internes du parti.
Jean Nkueté a tranché cette fois. Mais la question de fond reste posée : qui, dans le Mfoundi, détient réellement le pouvoir de décider ?
Que s'est-il passé au RDPC Mfoundi ?
Laurent Serge Étoundi Ngoa a signé une note de service le 31 août 2026 pour nommer des superviseurs. Gilbert Tsimi Evouna a suspendu cette décision le 4 septembre. Jean Nkueté a jugé la note « inopportune ».
Pourquoi Tsimi Evouna a-t-il suspendu la note ?
Il reproche à Étoundi Ngoa d'avoir pris cette décision sans concertation préalable, alors qu'elle concernait directement l'organisation électorale du parti.
Qu'a dit Jean Nkueté ?
Le secrétaire général du Comité central a estimé que la note était « inopportune » et que « l'esprit et la lettre sont totalement éloignés des orientations et des directives du secrétariat général ».
Quelles sont les conséquences ?
Le retrait de la note redonne un rôle central aux présidents de section. La bataille pour le contrôle des investitures dans le Mfoundi reste ouverte avant les élections de février 2027.
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