Ali Bongo saisit la COSUMAF pour contester le gel de ses comptes à BGFIBank. 366 milliards FCFA en jeu. Une ordonnance de séquestre qu'il juge illégale.

L'ancien président gabonais, privé d'accès à ses comptes depuis le coup d'État d'août 2023, internationalise son contentieux en saisissant le régulateur financier de la CEMAC.

Ali Bongo Ondimba a saisi, le 12 octobre 2026, la Commission de surveillance du marché financier de l'Afrique centrale (COSUMAF) pour contester le gel de ses comptes domiciliés à BGFIBank Gabon. La banque invoque une ordonnance judiciaire de mise sous séquestre, une justification que l'entourage de l'ancien président juge illégale. En jeu : plus de 366 milliards de FCFA.

Près de trois ans sans accès à ses comptes

Depuis le coup d'État du 30 août 2023, Ali Bongo Ondimba affirme ne plus avoir accès à ses comptes logés à BGFIBank Gabon. Son gestionnaire dédié aurait cessé de répondre à ses sollicitations. Plusieurs courriers seraient restés sans suite. L'ancien président, aujourd'hui exilé entre Paris et Londres, a donc choisi l'offensive judiciaire et sous-régionale.

Les faits : Une saisine du régulateur financier

Selon plusieurs sources concordantes, Ali Bongo a saisi la COSUMAF le 12 octobre 2026. Objectif : contraindre BGFIBank à s'expliquer sur un gel qu'il estime illégal. Cette démarche vise, selon son entourage, à alerter sur les conséquences potentielles de cette affaire pour la réputation du premier groupe bancaire d'Afrique centrale.

L'ordonnance de séquestre : le cœur du bras de fer

Le 8 juin 2026, Ali Bongo avait mis en demeure la banque de lui communiquer ses relevés et de justifier le blocage de ses avoirs. Dans une réponse datée du 17 juin, BGFIBank a invoqué une ordonnance du juge du cabinet d'instruction spécialisé numéro un du parquet de Libreville ordonnant la mise sous séquestre des comptes du couple Bongo.

Une justification contestée par l'entourage de l'ancien président, qui souligne que la décision ne lui aurait jamais été signifiée. Le 22 juin, Ali Bongo a donc saisi le tribunal de première instance de Libreville, par l'intermédiaire de son avocat, Me Francis Nkéa Ndzigue, pour obtenir une copie intégrale de cette ordonnance. Il a également engagé une procédure en référé visant notamment la levée du gel et la restitution de ses avoirs.

L'enjeu financier : 366 milliards de FCFA

Les avoirs gelés sont évalués à plus de 366 milliards de FCFA (366 970 230 410 FCFA, selon certaines sources). Ces fonds seraient logés sur des comptes à titulaires multiples impliquant notamment Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin, tous deux concernés par des procédures judiciaires au Gabon.

Selon les informations disponibles, Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin ont été condamnés par contumace en 2025 à 20 ans de réclusion criminelle pour détournement de fonds publics et blanchiment. Ils contestent les accusations. Ali Bongo lui-même n'a pas été mis en examen dans la procédure française sur les "biens mal acquis", selon Le Monde.

BGFIBank, entre obligation bancaire et contentieux familial

Dans une telle configuration, BGFIBank est placé dans une position délicate. Lorsqu'une mesure judiciaire exécutoire lui est notifiée, l'établissement doit en principe l'exécuter. La contestation de la mesure relève alors des voies de recours prévues devant la juridiction compétente.

La nature des comptes constitue un élément central. Lorsque plusieurs personnes sont co-titulaires, la détermination des droits de chacun peut devenir un enjeu du contentieux. C'est au juge qu'il appartient de déterminer l'étendue des mesures conservatoires et les droits patrimoniaux susceptibles d'être revendiqués.

Un dossier aux ramifications régionales

Avant la COSUMAF, Ali Bongo avait déjà sollicité la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC), chargée de la supervision bancaire dans la sous-région. Il envisage également de saisir l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), en raison de la présence de BGFIBank en France.

Pour ses proches, le blocage serait politiquement motivé et juridiquement contestable. La banque, elle, invoque une décision judiciaire. Contactés par Jeune Afrique, le ministre de la Justice, Augustin Emane, et BGFIBank n'ont pas souhaité commenter l'affaire.

Un précédent pour la CEMAC

Cette affaire, au-delà du cas Ali Bongo, pose une question de fond : quelle est la portée des décisions judiciaires nationales sur des comptes bancaires dans l'espace CEMAC ? La COSUMAF, en tant que régulateur régional, pourrait être amenée à préciser sa doctrine. Une décision qui ferait jurisprudence.


Pourquoi Ali Bongo a-t-il saisi la COSUMAF ?
Il conteste le gel de ses comptes à BGFIBank, qu'il juge illégal. La banque invoque une ordonnance de mise sous séquestre. Ali Bongo veut contraindre l'établissement à s'expliquer.

Combien d'argent est gelé ?
Les avoirs concernés sont évalués à plus de 366 milliards de FCFA, selon les informations disponibles.

Qui est concerné par le gel ?
Ali Bongo, mais aussi son épouse Sylvia Bongo et leur fils Noureddin Bongo Valentin. Les comptes seraient à titulaires multiples.

La COSUMAF peut-elle débloquer les comptes ?
La COSUMAF est un régulateur, pas une juridiction. Son rôle sera d'examiner la conformité des pratiques de BGFIBank aux règles du marché financier de la CEMAC.