GIC Rating organise à Douala le premier forum sur la notation financière en CEMAC. Une agence sans note, un enjeu réel : le coût de la dette. (149)

Douala, 28 octobre 2026. Le premier forum régional consacré à la notation financière en Afrique centrale ouvre ses portes. Il est organisé par Geneva Investment Corporation, dont l'agence GIC Rating S.A. a été agréée par la COSUMAF le 7 août 2026, devenant la première agence de notation agréée dans la zone CEMAC. Une première historique.

Mais il y a un paradoxe. GIC Rating n'a encore noté aucun émetteur. Aucune note souveraine, aucune note bancaire, aucune note d'entreprise. Le forum, présenté à la presse le 27 octobre, est sa vitrine avant sa production. Deux jours pour présenter des méthodes, asseoir une crédibilité, et poser une question qui dépasse Douala : les États de la CEMAC peuvent-ils être notés autrement que par Moody's, S&P et Fitch ?

Derrière les tables rondes et les masterclass, il y a un enjeu très concret. Une note souveraine détermine le taux auquel un État emprunte. Le Cameroun est noté B- par S&P et Fitch, Caa1 par Moody's catégorie spéculative. Le Gabon est tombé à CCC-. Le Congo stagne à CCC+. Chaque cran de dégradation renchérit la dette. Et chaque milliard de FCFA d'intérêts supplémentaires, c'est un hôpital ou une route qui ne se fait pas.

Le forum de Douala ne va pas changer ces notes en deux jours. Mais il pose une question que l'Afrique centrale n'avait jamais posée publiquement : et si les critères n'étaient pas les bons ?

Une agence agréée, zéro note au compteur

Le cadre est désormais clair. L'Instruction COSUMAF n°03-23 du 5 décembre 2023 fixe les modalités d'agrément des agences de notation. GIC Rating a obtenu le sien par décision n°149-2026 du 7 août 2026. Elle a installé ses comités techniques, nommé douze experts, et créé six comités spécialisés souverain, bancaire, microfinance, assurances, aéroportuaire, titres. La professeure Viviane Ondoua Biwolé, universitaire à Yaoundé II, préside le comité chargé des sociétés de gestion d'infrastructures aéroportuaires. Sophia Zaidi préside le comité souverain.

Ce qu'il manque, c'est la matière première : les notes.

Interrogé sur ce point lors de la conférence de presse du 27 octobre, l'administrateur-directeur général Serge Mathieu Kombou n'a pas éludé la question. Il a rappelé que l'agence avait engagé des démarches auprès d'Aéroports du Cameroun (ADC) en vue d'une éventuelle notation, dans le cadre du projet d'ouverture du capital d'ADC à la BVMAC. Une première mission possible. Mais rien de signé, rien de publié.

« Notre ambition n'est pas de remplacer les agences internationales, mais de contribuer à une meilleure compréhension des risques de crédit dans notre sous-région », a-t-il déclaré. La formule est prudente. Elle est aussi stratégique : GIC Rating ne se pose pas en adversaire des Big Three. Elle se pose en complément. Une agence qui parle le même langage, mais qui regarde le terrain de plus près.

Le vrai problème : des modèles qui ne voient pas la CEMAC

Pourquoi une agence régionale ? Parce que les modèles des agences internationales, selon leurs détracteurs, ne capturent pas les réalités des économies de la CEMAC.

Le Cameroun est noté B- par S&P et Fitch, Caa1 par Moody's catégorie spéculative. Le Gabon est à CCC-, une note qui signale un risque de défaut imminent selon les échelles de Fitch. Le Congo est à CCC+. Ces notes ont un coût. Elles déterminent la prime de risque, donc le taux d'intérêt. Elles conditionnent l'accès aux marchés internationaux.

Les critiques africaines portent sur trois points. D'abord, les modèles des Big Three accorderaient trop de poids à la dette extérieure en devises, alors que les économies de la CEMAC sont partiellement protégées par le franc CFA et ses réserves de change. Ensuite, ils sous-estimeraient la qualité des réformes institutionnelles et la stabilité monétaire de la zone. Enfin, ils utiliseraient des données incomplètes sur le secteur informel, qui représente une part importante de l'activité économique.

Ces critiques ne sont pas nouvelles. En 2022, le ministère ghanéen des Finances avait qualifié de « biais anti-africain » la dégradation du Ghana par Moody's. En octobre 2025, l'Union africaine a lancé l'Africa Credit Rating Agency (AfCRA), basée à Maurice, pour produire une lecture du risque « ancrée dans les réalités locales ». Le forum de Douala s'inscrit dans ce mouvement, à l'échelle de la CEMAC.

Mais il y a un contre-argument, solide. Les agences internationales notent pour des investisseurs mondiaux. Un fonds de pension américain qui achète de la dette camerounaise en dollars veut une note comparable à celle d'un émetteur indonésien ou mexicain. Si les critères sont adaptés aux réalités locales, la note perd sa fonction de comparabilité. Et sans comparabilité, l'investisseur ne vient pas. C'est le paradoxe de toute agence régionale : être assez locale pour comprendre, assez globale pour être crue.

Les défis de GIC Rating : indépendance et données

Deux obstacles se dressent devant la jeune agence. Le premier est l'indépendance. Une agence de notation régionale, financée par des émetteurs régionaux, peut-elle être crédible ? La professeure Ondoua Biwolé a répondu par avance lors de la conférence de presse : l'indépendance « repose sur l'intégrité des experts, des procédures collégiales et le respect du contrôle réglementaire, plutôt que sur la localisation de l'agence ». Elle a insisté sur la nécessité de préserver le processus de notation de « toute interférence politique ou commerciale ». C'est une profession de foi. Ce n'est pas une garantie.

Le second obstacle est la donnée. Les statistiques des pays de la CEMAC sont incomplètes, parfois obsolètes, souvent non comparables. Les entreprises publient peu. Le secteur informel échappe aux radars. GIC Rating annonce vouloir croiser les sources officielles avec les données des instituts nationaux de statistique, et, si nécessaire, mener des enquêtes sur l'emploi, y compris dans l'informel. Elle prévoit aussi de numériser la collecte et l'analyse avec Datamensio. « Une information non traçable peut fausser l'évaluation », a souligné un participant.

Ce que la Déclaration de Douala peut et ne peut pas changer

Les organisateurs promettent une « Déclaration de Douala sur la notation financière », présentée comme une feuille de route pour la CEMAC. Le document devrait préciser les orientations pour développer l'activité de notation et renforcer sa contribution au financement des États et des entreprises. Il n'a pas encore été rendu public.

Ce que cette déclaration peut faire : poser un cadre, créer une dynamique, inciter les émetteurs à se faire noter, donner à la COSUMAF un instrument de dialogue avec les agences internationales. Ce qu'elle ne peut pas faire : changer une note souveraine par décret. Une note n'est pas une décision politique. C'est un avis indépendant. Et un avis ne se décrète pas.

Ce que l'on ne sait pas

On ne sait pas qui, parmi les six États de la CEMAC, sollicitera GIC Rating pour une notation souveraine. On ne sait pas si les agences internationales accepteront de dialoguer avec une agence régionale sur leurs méthodologies. On ne sait pas si la Déclaration de Douala contiendra des engagements contraignants ou de simples recommandations. Et on ne sait pas, surtout, si GIC Rating parviendra à produire sa première note avant la fin de l'année 2026.

Nous avons tenté de joindre la COSUMAF et le ministère des Finances pour obtenir des précisions sur le calendrier de publication de la Déclaration de Douala. Sans succès avant publication.


Qu'est-ce que GIC Rating ?
Geneva Investment Corporation (GIC Rating S.A.) est la première agence de notation financière agréée dans la zone CEMAC. Elle a obtenu son agrément de la COSUMAF le 7 août 2026 (décision n°149-2026). Basée à Douala, elle n'a encore noté aucun émetteur.

Pourquoi un forum sur la notation financière à Douala ?
Pour présenter les méthodologies de GIC Rating, débattre des critères d'évaluation adaptés aux économies de la CEMAC, et poser les bases d'une « Déclaration de Douala » sur la notation financière.

Quelles sont les notes souveraines des pays de la CEMAC ?
Le Cameroun est noté B- (S&P, Fitch) et Caa1 (Moody's). Le Gabon est à CCC- (Fitch). Le Congo est à CCC+ (S&P). Ces notes relèvent de la catégorie spéculative et renchérissent le coût de la dette.

Les agences internationales sont-elles biaisées contre l'Afrique ?
C'est la position de nombreux décideurs africains, qui estiment que les modèles des Big Three surestiment le risque africain. D'autres analystes contestent ce biais et soulignent que les agences notent pour des investisseurs mondiaux, ce qui impose une comparabilité internationale.