Cinq morts dans un attentat à Kolofata
© Le Jour : Aziz Salatou | 21 nov. 2017 11:05:17 | 4966Un kamikaze usant de malice fait un carnage hier alors que l'on pensait la ville sécurisée.
C'est encore la stupeur dans la région de l'Extrême Nord. Hier, vers 11h, un homme à bicyclette s'est pointé à l'entrée nord de Kolofata. La quarantaine, il avait les allures d'un paisible paysan. Il va docilement obéir à toutes les instructions des membres du comité de vigilance qui effectuent une fouille au corps sommaire. Il a agité ses habits et l'on s'est rendu compte qu'il ne portait pas une ceinture explosive. Il ne saurait en être autrement car le visiteur avait dissimulé son engin de mort dans un sac de haricot qu'il avait à la remorque. Il a donc franchi la barrière et a foncé dans le premier attroupement.
Il a déclenché sa bombe : cinq morts dont quatre sur le champ et un en cours d'évacuation à Maroua. 25 blessés au moins, 13 évacués à Mora et Maroua et 12 dont les blessures ne nécessitaient pas une évacuation restés à Kolofata sous la vigilance des équipes de Médecins sans frontières. Toutes les victimes sont de nationalité nigériane, selon une source militaire. Au-delà de ces blessures physiques, la sidération a fait son retour à Kolofata. La ville qui est devenue célèbre pour avoir subi les pires exactions de Boko Haram renoue brutalement avec la terreur et l'insécurité.
Kolofata, ville épicentre des activités de la secte au Cameroun se croyait sanctuarisée. Du moins, la propagande gouvernementale l'avait présentée comme telle. Des équipes de communicateurs et journalistes y ont effectué des séjours pour démontrer les efforts et la réussite des autorités à endiguer la menace Boko Haram. L'on a surtout parlé de la tranchée anti-kamikazes. Sous ce vocable savant l'on désignait une longue eraflure de 180km.
Elle est profonde de 8m et large de six, prétendent les militaires. À chaque bord de cette plaie, des mottes de terre servant de butée. Cette fosse qui effleure la frontière d'avec le Nigeria est conçue pour arrêter les attaques de Boko Haram et contraindre d'éventuels assaillants vers des "portes", lieux de passages obligés. C'est ce qu'espére le discours officiel.
Sauf que, "une tranchée est un rideau défensif. Un obstacle pour ralentir voire freiner l'avancée d'un ennemi. Elle est surtout efficace contre des véhicules comme les blindés et les camions, c'est pourquoi on la creuse profond, les parois doivent être abruptes et surtout son fond doit être à la taille d'un blindé sans un espace qui lui permette de manoeuvrer et d'en sortir", explique un spécialiste. Il ajoute que la tranchée ne peut pas être efficace à long terme contre des hommes à pieds ou à moto qui peuvent aisément l'escalader.
La tranchée de toutes façons a été creusée. Des experts venus d'Israël l'avaient ordonnée. L'on a fait selon leurs indications. Sa surveillance a été confiée un peu aux militaires et beaucoup à des membres des comités de vigilance.
Des kamikazes ont souvent échoué à la franchir et tout le monde s'est un peu assoupi. Tous pensaient que le rideau était infranchissable. Sauf Boko Haram. La volonté des membres de la secte de commettre des actes terroristes en territoire camerounais n'est pas altérée. Leurs moyens militaires sont amoindris mais, leur volonté semble intacte. Ils ont une ferveur fanatique à démontrer que leur ambition de créer un khalifat islamiste au Nigeria et au Cameroun est leur destin.
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