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POLITIQUE

Assimi Goïta au Niger et au Burkina : ce qu’il faut retenir

À Niamey, l’accueil a été protocolaire. Honneurs militaires, hymnes, poignée de main avec Abdourahamane Tiani sur le tarmac de l’aéroport Diori Hamani. Puis les deux hommes se sont isolés. Un tête-à-tête, avant une séance élargie aux délégations.

Le communiqué conjoint publié dans la soirée parle de « consolidation de la Confédération » et de « lutte contre le terrorisme ». Des mots attendus. Mais un détail retient l’attention : les deux dirigeants ont aussi condamné « les tentatives de déstabilisation des États membres par des mercenaires bénéficiant de soutiens étatiques étrangers ». La formule est diplomatique. Elle vise des acteurs que les trois capitales ne nomment pas officiellement. 

À Ouagadougou, l’échange avec Ibrahim Traoré a duré moins longtemps. La présidence burkinabè a évoqué des discussions centrées sur « le développement et la lutte antiterroriste au sein de l’AES ». Traoré assure la présidence tournante de la Confédération. Il a présenté à son hôte des initiatives pour renforcer la coopération entre les trois pays, selon des sources proches des échanges citées par PressAfrik.

Moscou, la pièce manquante du puzzle

Pour comprendre cette tournée, il faut remonter de quelques jours. Les 28 et 29 octobre, Assimi Goïta était à Moscou. Le troisième sommet Russie-Afrique a réuni les dirigeants de l’AES autour de Vladimir Poutine. Le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, y représentait Ibrahim Traoré. Le Niger, lui, n’avait pas envoyé son président. C’est Goïta qui est rentré à Bamako le 1er novembre avec les éléments des discussions.

Que s’est-il dit exactement dans les salons du Centre Gostiny Dvor ? Les communications officielles restent elliptiques. Mais des sources proches des rencontres à Niamey et Ouagadougou affirment que le dirigeant malien a partagé les enseignements de son séjour russe avec ses pairs. Un « message personnel » de Vladimir Poutine aurait même été transmis. Cette information n’a pas été confirmée par les canaux officiels. Nous la rapportons avec les réserves d’usage.

Ce qui est certain, c’est que la Russie est devenue un pivot de la politique extérieure des trois États. La BBC rappelle que Moscou fournit « du personnel militaire, du matériel, des formations et un soutien politique » à l’AES, et que le groupe Wagner remplacé en grande partie par l’Africa Corps, rattaché au ministère russe de la Défense a joué un rôle central dans cette implantation sécuritaire. Le sommet de Moscou a permis d’évaluer le plan d’action 2023-2026 et de fixer les priorités pour 2027-2029.

La tournée du 5 novembre sert donc à quelque chose de précis : aligner les trois capitales sur les mêmes positions avant que les engagements pris à Moscou ne se traduisent en actes.

La sécurité, toujours la sécurité

À Niamey comme à Ouagadougou, le dossier sécuritaire est revenu sur la table. Il faut dire que la situation l’impose. Les trois pays font face à des violences persistantes, à la mobilité des groupes jihadistes et à des frontières difficiles à contrôler.

La Force unifiée de l’AES, lancée officiellement le 20 décembre 2025 avec un effectif de 5 000 hommes, a vu son effectif autorisé porté à 15 000 le 15 avril 2026. Des opérations aériennes coordonnées ont été menées dans la zone de Tasoubarate en janvier 2026, et dans la région de Ménaka fin janvier. Les communiqués officiels parlent de « terroristes neutralisés ». Aucun bilan humain indépendant n’a été publié. Nous n’avons pas pu vérifier le nombre exact de victimes.

Ce que les deux dirigeants ont salué à Niamey, ce sont « les résultats obtenus par la Force unifiée » et leur « détermination à éradiquer le terrorisme sous toutes ses formes ». Sur le terrain, la violence n’a pas disparu. La BBC note que « les partenariats de sécurité de la Russie n’ont pas encore permis d’endiguer la violence au Sahel ». Un constat que les capitales de l’AES ne formulent pas publiquement.

Derrière les communiqués, l’économie

La sécurité n’est pas le seul sujet. Le communiqué de Niamey mentionne aussi « la libre circulation des personnes et des biens, les infrastructures de transport, le développement agro-industriel ainsi que l’exploitation des ressources énergétiques et minières ». Ce sont les dossiers qui détermineront si l’AES reste un pacte militaire ou devient autre chose.

L’intégration économique avance, mais lentement. Le 14 octobre 2026, des experts des trois pays se sont réunis à Ouagadougou pour harmoniser leurs positions avant des négociations avec la CEDEAO à Dakar. La libre circulation des personnes et des biens figurait en tête des priorités. En septembre, les ministres de l’Industrie et du Commerce de l’AES s’étaient retrouvés à Bamako pour accélérer l’intégration économique.

Reste une question que personne, dans les communiqués, n’aborde frontalement : ces annonces changent-elles le quotidien d’un commerçant de Sikasso, d’un éleveur de Tahoua ou d’un transporteur de Bobo-Dioulasso ? Nous n’avons pas trouvé de données publiques permettant de mesurer l’impact concret de ces réformes sur les échanges transfrontaliers depuis la création de la Confédération en juillet 2024.

« Le Sahel avance uni, et il avance souverain »

La phrase est d’Assimi Goïta lui-même, prononcée à Niamey. Elle résume la ligne politique des trois capitales. Elle mérite d’être citée, mais aussi d’être confrontée au réel.

Uni, le Sahel l’est sur le papier. La Confédération a une présidence tournante, une force militaire commune, des réunions ministérielles régulières. Souverain, il l’est de moins en moins sur le plan sécuritaire : la Russie est devenue un partenaire indispensable, et les critiques sur la dépendance à Moscou restent taboues dans les capitales de l’AES.

Le Niger, de son côté, a rassuré. Selon PressAfrik, Tiani aurait précisé que « le rapprochement du Niger avec l’Algérie ne se fait pas contre l’Alliance des États du Sahel ». Une mise au point qui en dit long sur les inquiétudes que suscitent les initiatives bilatérales de chaque membre.

Ce qui n’a pas été dit

Aucun communiqué officiel n’a sanctionné la visite de Goïta à Ouagadougou au moment où nous écrivons ces lignes. Les informations sur le message de Poutine reposent sur des sources non officielles. Les bilans des opérations de la Force unifiée ne sont pas vérifiables indépendamment. Les intentions exactes des trois dirigeants concernant la CEDEAO avec laquelle des négociations doivent reprendre n’ont pas été détaillées publiquement.

Autant de zones grises que le lecteur doit garder en tête. Une tournée de vingt-quatre heures ne fait pas une politique. Elle en dessine les contours. Le reste s’écrira dans les mois qui viennent, sur le terrain et dans les salons diplomatiques.


Pourquoi Assimi Goïta s’est-il rendu au Niger et au Burkina Faso le 5 novembre 2026 ?
Officiellement, pour renforcer la coopération entre les trois pays de l’AES. Mais le calendrier quatre jours après son retour de Moscou suggère qu’il s’agissait aussi de partager les conclusions du sommet Russie-Afrique avec ses homologues.

Qu’est-ce que l’AES ?
L’Alliance des États du Sahel, créée en septembre 2023 et transformée en Confédération en juillet 2024. Elle regroupe le Mali, le Niger et le Burkina Faso, qui ont quitté la CEDEAO en janvier 2025.

La Force unifiée de l’AES existe-t-elle vraiment ?
Oui. Elle a été lancée le 20 décembre 2025 avec 5 000 hommes, puis autorisée à monter à 15 000 en avril 2026. Des opérations aériennes ont été revendiquées. Leurs bilans ne sont pas vérifiables indépendamment.

Quel est le lien entre la Russie et l’AES ?
La Russie fournit du matériel, des formations et un soutien politique aux trois pays. Le sommet Russie-Afrique d’octobre 2026 a confirmé ce partenariat, sans que ses résultats concrets sur la sécurité soient démontrés.

L’AES fonctionne-t-elle économiquement ?
Des réunions ministérielles ont lieu. Des discussions sur la libre circulation existent. Mais aucune donnée publique ne permet de mesurer un impact réel sur les échanges depuis la création de la Confédération.

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