Anicet Ekane mort en détention : arrestation, autopsie sans famille et silence d'État
© Camer.be : Paul Moutila | 03 mars 2026 11:45:37 | 2279Quelques jours avant que le Conseil constitutionnel ne valide officiellement la réélection de Paul Biya un scrutin que l'opposition qualifie de hold-up électoral Anicet Ekane est arrêté à Douala. Il ne ressortira pas vivant. Sa mort, survenue dans les geôles du SED, est aujourd'hui recouverte par une autopsie gouvernementale réalisée sans la présence de sa famille.
Une arrestation au timing chirurgical
Le MANIDEM (Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie) venait de traverser une campagne présidentielle tendue. Son président, Anicet Ekane, figurait parmi les acteurs centraux d'une opposition cherchant à structurer une alternative crédible à Biya.
Son arrestation à Douala, intervenue dans les jours précédant la proclamation officielle des résultats, n'a rien d'anodin. Elle coïncide avec le moment où le régime avait le plus besoin de réduire au silence les voix capables de mobiliser la rue. Ekane en était une.
Mort en détention : la thèse de la privation volontaire
Détenu par le SED le Secrétariat d'État à la Défense, structure sécuritaire opaque du régime , Anicet Ekane décède en prison. Ses proches affirment qu'il a été privé sciemment de son aspirateur à oxygène, dispositif médical dont il dépendait.
Ce n'est pas une mort au combat. Ce n'est pas non plus, selon ses partisans, une mort naturelle. C'est une mort administrée, par soustraction de soins, dans un lieu où l'État est seul maître.
L'autopsie sans famille : une vérité fabriquée en chambre close
Le gouvernement camerounais a répondu par une autopsie. Conclusion officielle : mort naturelle. Mais cette expertise a été conduite unilatéralement, en l'absence totale de représentants de la famille ou d'un médecin légiste indépendant.
Une autopsie réalisée sans contradicteur n'est pas une autopsie. C'est un communiqué médical habillé en science. Elle ne prouve rien, sinon la volonté du régime de clore le dossier avant qu'il ne s'ouvre.
Yaoundé, ce mardi : le deuil comme acte politique
La dépouille d'Anicet Ekane repose à l'Hôpital Central de Yaoundé. La cérémonie de mise en bière rassemble des autorités traditionnelles et deux figures majeures de l'opposition : Maurice Kamto et Akere Muna. Leur présence commune autour d'un cercueil est un signal rare dans un espace politique fragmenté.
Le corps sera transféré par avion vers Douala. La ville où il a été arrêté récupère celui qu'on lui a pris.
Ce que ce précédent installe
À court terme, la mort d'Anicet Ekane risque de devenir le point de bascule émotionnel que l'opposition cherchait pour unifier sa base. Le martyrologe politique camerounais vient de s'enrichir d'un nom que le régime ne pourra pas effacer.
À long terme, cette affaire documente un mécanisme précis : arrêter avant proclamation, laisser mourir en détention, autopsier sans témoin, conclure à la mort naturelle. C'est un protocole. Et si c'est un protocole, Ekane n'est peut-être pas le premier.
Les partenaires internationaux du Cameroun bailleurs, institutions, chancelleries disposent désormais d'un cas factuel, daté, nominatif, qui interroge leur propre silence.
Anicet Ekane a été arrêté avant une proclamation électorale contestée. Il est mort privé d'oxygène dans une cellule du SED. Son autopsie a été réalisée sans sa famille. Le gouvernement conclut à une mort naturelle. Tout cela s'est produit en séquence, dans un intervalle de quelques semaines. La question n'est plus de savoir si le Cameroun a un problème avec ses prisonniers politiques. La question est de savoir qui, à l'international, fera encore semblant de ne pas le voir.
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