Présidentielle 2025 : un an après, la fraude qui a fait taire le Cameroun
© Camer.be : Paul Moutila | 12 oct. 2026 16:26:00 | 786Un an après la présidentielle du 12 octobre 2025, le Cameroun reste marqué par la contestation, la répression et l'absence de gouvernement. Récit d'une année de crise.
Paul Biya a été déclaré vainqueur avec 53,66 % des voix. Issa Tchiroma Bakary, lui, crie à la fraude depuis son exil en Gambie. Entre les deux, un pays sans gouvernement, des morts et une colère qui ne s'éteint pas.
C'était il y a un an. Le 12 octobre 2025, 8 010 464 Camerounais étaient appelés aux urnes. Paul Biya a été proclamé vainqueur avec 53,66 % des voix. Issa Tchiroma Bakary, deuxième avec 35,19 %, conteste toujours. Un an après, le Cameroun n'a pas de nouveau gouvernement.
La fraude, personne ne l'a prouvée devant un tribunal. Mais personne, non plus, n'a oublié les balles de Douala, les 16 morts, les 800 arrestations, et le silence d'un président de 93 ans parti se reposer en Suisse pendant que son pays s'enlisait.
Aujourd'hui, la question n'est plus de savoir qui a gagné. La question est : qu'est-ce que cette élection a fait au Cameroun ?
Le jour où le Cameroun a voté
Le 12 octobre 2025, les bureaux de vote ont ouvert dans un calme tendu. Douze candidats étaient en lice, retenus par le Conseil constitutionnel. ELECAM, l'organe de gestion des élections, avait recensé 8 010 464 électeurs. Le RDPC, au pouvoir depuis 1982, présentait Paul Biya, 92 ans à l'époque, pour un huitième mandat. En face, une opposition fragmentée. Le principal adversaire, Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre de la Communication devenu opposant, portait les couleurs du Front pour le salut national du Cameroun.
Les résultats officiels sont tombés quinze jours plus tard. Biya : 53,66 %. Tchiroma : 35,19 %. Cabral Libii : 3,41 %. Bello Bouba Maïgari : 2,45 %. Tomaïno Ndam Njoya : 1,66 %. Joshua Osih : 1,21 %.
Le taux de participation annoncé : 57,76 %. Soit 42,24 % d'abstention. Un chiffre que plusieurs analystes contestent, évoquant une participation réelle plus proche de 46 % selon les décomptes du Conseil constitutionnel.
La contestation : Tchiroma ne lâche rien
Issa Tchiroma Bakary n'a jamais reconnu sa défaite. Dès la proclamation des résultats, il a revendiqué la victoire, affirmant avoir obtenu 54,8 % des voix contre 31,3 % pour Biya, selon son propre décompte.
La suite : une fuite. Le 7 novembre 2025, il arrive à Banjul, en Gambie. Le gouvernement gambien confirme l'accueil « pour des raisons purement humanitaires ». Le Cameroun menace de le poursuivre pour incitation à la violence. Il nie. Depuis, il vit en exil et continue de réclamer la « vérité des urnes ».
La répression : ce que les chiffres officiels ne disent pas
Les manifestations ont commencé avant même la proclamation des résultats. À Douala, le 26 octobre, des dizaines de jeunes descendent dans les rues du quartier New Bell. Les forces de sécurité tirent. Quatre morts, selon les autorités locales. Le gouverneur du Littoral parle de « salve de gaz lacrymogène » avant des tirs « à balle réelle ».
À Garoua, fief de Tchiroma, la police disperse les rassemblements. Deux morts supplémentaires.
Le 13 novembre 2025, le ministre de l'Intérieur, Paul Atanga Nji, livre un bilan officiel : 16 morts, 800 arrestations. Treize tués à Douala, trois dans la région du Nord. Human Rights Watch recense 55 morts, en se basant sur les listes compilées par des avocats de l'opposition.
Un an après : le vide
Le 6 novembre 2025, Paul Biya prête serment. Il annonce un remaniement gouvernemental « imminent ». Un an plus tard, rien. Le gouvernement de Joseph Dion Ngute, en place depuis 2019, continue d'expédier les affaires courantes.
Un décret a bien été promulgué : celui rétablissant le poste de vice-président, supprimé en 1984. Pour certains observateurs, c'est une préparation à la succession. Pour d'autres, une manœuvre pour verrouiller le pouvoir.
L'absence : un président à 6 000 kilomètres
En juin 2026, Paul Biya quitte le Cameroun pour un « court séjour privé » en Europe. Il ne rentre que deux mois et demi plus tard, le 20 août. Pendant son absence, un porte-parole gouvernemental est contraint de préciser qu'il est « vivant » et qu'il rentrera « bientôt ».
Depuis son exil gambien, Issa Tchiroma commente : « Le très long séjour de Biya en Suisse ne fait qu'aggraver son manque de légitimité et ses tentatives désespérées de s'accrocher au pouvoir par la force. »
Les chiffres qui font mal
53,66 % pour Biya. 35,19 % pour Tchiroma. 42,24 % d'abstention. 16 morts selon le gouvernement, 55 selon l'opposition. 800 arrestations. Un an sans gouvernement.
Paul Biya gouverne le Cameroun depuis 1982. Quarante-trois ans. Il a 93 ans. Il est le plus vieux chef d'État en exercice au monde.
La crise anglophone, elle, ne s'éteint pas. Dix ans après le début du conflit dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les attaques continuent. En septembre 2026, des hommes armés ont attaqué l'école normale des instituteurs de Wum. Les séparatistes ont décrété une semaine de « lockdown » pour perturber la rentrée scolaire.
La question posée par Tchiroma, par les manifestants de Douala, par les 42 % d'électeurs qui ne se sont pas déplacés : pourquoi avoir volé cette élection si c'était pour ne rien en faire ?
Pourquoi Issa Tchiroma conteste-t-il les résultats ?
Il affirme avoir obtenu 54,8 % des voix contre 31,3 % pour Paul Biya, selon son propre décompte. Il dénonce une fraude massive et réclame la « vérité des urnes ».
Pourquoi le Cameroun n'a-t-il toujours pas de gouvernement un an après ?
Paul Biya a promis un remaniement « imminent » après sa réélection. Un an plus tard, le gouvernement de Joseph Dion Ngute, en place depuis 2019, est toujours en fonction. Aucune explication officielle n'a été fournie.
Combien de personnes sont mortes lors des manifestations post-électorales ?
Le gouvernement camerounais reconnaît 16 morts. Human Rights Watch et l'opposition évoquent au moins 55 morts.
Où se trouve Issa Tchiroma Bakary ?
Il vit en exil en Gambie depuis le 7 novembre 2025, où il a obtenu l'asile pour des « raisons humanitaires ».
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