Willy Mengue veut interdire la convention du MRC
© Camer.be : Onna Nestor | 29 sept. 2026 18:36:55 | 2190Willy Mengue saisit le sous-préfet pour interdire la convention du MRC du 17 octobre. Exclu du parti, il plaide aussi en appel. Analyse d'une contre-offensive.
Alors que le sous-préfet de Yaoundé IV a déjà signé le récépissé autorisant la convention du MRC du 17 octobre, Willy Mengue, exclu du parti pour trahison, saisit l'administration pour faire interdire la réunion et porte son combat devant la Cour d'appel du Centre.
Willy Mengue veut interdire la convention du MRC
Willy Mengue ne lâche pas. Alors que le sous-préfet de Yaoundé IV a signé, le 28 septembre 2026, le récépissé autorisant la convention extraordinaire du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) prévue le 17 octobre, l'ancien cadre du parti a saisi la même autorité administrative pour demander l'interdiction de la réunion. Motif invoqué : un risque de trouble à l'ordre public.
La démarche est pour le moins inhabituelle. Willy Mengue n'est plus membre du MRC depuis son exclusion définitive prononcée par le Comité national de médiation et d'arbitrage (CNMA) le 29 juin 2026, puis validée par le directoire du parti le 7 juillet 2026, pour « trahison », « refus manifeste de se conformer à la ligne politique » et « manque de loyauté répété envers les instances dirigeantes ».
Il n'en demeure pas moins que l'homme, qui conteste sa radiation devant les tribunaux, multiplie les fronts.
Un récépissé signé, une requête déposée
Le récépissé n° 000332/RDMP/J06.04/SP a été délivré par le sous-préfet de Yaoundé IV, Elvis Albahanguen, à la suite d'une déclaration déposée le 23 septembre par Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint n°1 du MRC. Le document autorise la convention du samedi 17 octobre, de 8 heures à 20 heures, au siège du parti à Odza, dans l'arrondissement de Yaoundé IV.
C'est précisément ce même sous-préfet que Willy Mengue vient de saisir pour demander l'interdiction. La logique juridique interpelle : comment l'autorité qui vient de délivrer un récépissé pourrait-elle, quelques jours plus tard, revenir sur sa propre décision ?
L'argument de l'ordre public
Dans sa requête, Willy Mengue invoque un risque de trouble à l'ordre public pour justifier l'interdiction de la convention. L'argument n'est pas anodin. Il a déjà été utilisé par l'administration camerounaise pour empêcher des réunions du MRC par le passé.
En novembre 2025, une convention extraordinaire du parti prévue le 29 novembre à Odza avait été interdite par le sous-préfet de Yaoundé III, au motif d'un « risque de trouble à l'ordre public » lié à une contestation interne menée par un militant exclu, Okala Ebodé.
Cette fois, le contexte est différent. Le récépissé a été signé. La déclaration a été déposée dans les formes. Le sous-préfet a pris acte.
Willy Mengue, lui, argue que sa qualité d'ancien cadre et de contestataire lui confère un intérêt à agir. Une source proche du dossier, qui a requis l'anonymat, évoque « une tentative de dernière minute pour perturber un processus déjà enclenché ».
La bataille judiciaire en arrière-plan
La requête au sous-préfet n'est qu'un front parmi d'autres. Willy Mengue est engagé depuis plusieurs mois dans une bataille judiciaire contre le MRC.
Le 7 juillet 2026, une première audience en référé s'est tenue à Yaoundé-Ekounou. Willy Mengue, Laure Noutchang et Sébastien Mbala Wouria II demandaient la mise sous tutelle judiciaire du parti et l'annulation de plusieurs décisions internes, dont la convention de décembre 2025 qui avait reconduit Maurice Kamto à la présidence.
L'audience a tourné court. Seul Willy Mengue s'est présenté à la barre, sans avocat. Laure Noutchang et Mbala Wouria II étaient absents. Willy Mengue a tenté de produire des pièces, mais la défense du MRC a exigé un mandat écrit. Il a dû admettre qu'il n'en possédait aucun.
Le 16 juillet 2026, Willy Mengue a constitué un conseil, Me BIPAN, pour le représenter. Le dossier a été renvoyé au 21 juillet, puis au 25 août. À chaque audience, la procédure s'est enlisée.
Le 1er septembre 2026, le tribunal a de nouveau renvoyé l'affaire, cette fois au 8 septembre, sans audience publique. Willy Mengue n'était pas présent. Son avocat non plus.
Aujourd'hui, l'affaire est portée devant la Cour d'appel du Centre. Willy Mengue a introduit une requête en appel après avoir perdu en première instance. La date de l'audience n'a pas été communiquée.
Un contestataire isolé ?
Depuis son exclusion, Willy Mengue apparaît de plus en plus seul. « Un dissident dispose d'une base, d'un courant, de cadres derrière lui, d'un rapport de force. Un contestataire isolé n'a rien de tout cela. Il n'a que sa voix, ses communiqués et l'espace médiatique qu'il parvient à occuper ».
L'isolement de Willy Mengue est d'autant plus visible que le MRC a verrouillé son processus interne. Deux listes seulement ont été validées par la commission électorale : celle de Tiriane Balbine Nadège Noah, qui assure l'intérim à la présidence, et celle de Pierre Emmanuel Binyam.
Mamadou Mota, l'ancien premier vice-président du parti, a durci le ton le 13 septembre 2026. Il a affirmé qu'« aucun projet de rapprochement avec Willy Mengue et les personnes qui lui sont associées ne saurait être accepté », qualifiant un tel rapprochement de « haute trahison militante ».
Que peut faire le sous-préfet ?
La question juridique est simple. Le sous-préfet peut-il revenir sur un récépissé qu'il a lui-même signé ?
La loi n° 90/055 du 19 décembre 1990, qui régit les réunions et manifestations publiques au Cameroun, prévoit des cas d'interdiction. Mais une fois le récépissé délivré, la marge de manœuvre de l'administration se réduit considérablement. Le récépissé vaut autorisation. Il ne peut être retiré que pour des motifs graves, dûment justifiés, et après une procédure contradictoire.
Willy Mengue n'est plus membre du MRC. Il n'est pas organisateur de la convention. Il n'est pas non plus une autorité administrative. Sa requête repose sur un argument de sécurité publique qu'il n'a pas, a priori, qualité pour évaluer.
Le sous-préfet, lui, commande un commissariat de sécurité publique et une brigade de gendarmerie, tous deux rattachés à son service. C'est lui qui évalue les risques. C'est lui qui a signé le récépissé.
Qui est Willy Mengue ?
Willy Mengue est un ancien cadre du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Il a été exclu définitivement du parti le 29 juin 2026 pour « trahison » et « manque de loyauté ». Il conteste cette exclusion devant les tribunaux.
Pourquoi veut-il interdire la convention du MRC ?
Il invoque un risque de trouble à l'ordre public. Sa requête a été déposée auprès du sous-préfet de Yaoundé IV, la même autorité qui a signé le récépissé autorisant la convention.
La convention du MRC du 17 octobre est-elle autorisée ?
Oui. Le sous-préfet de Yaoundé IV a signé le récépissé n° 000332/RDMP/J06.04/SP le 28 septembre 2026. La convention est prévue le 17 octobre de 8 heures à 20 heures au siège du parti à Odza.
Willy Mengue a-t-il perdu son procès contre le MRC ?
Oui, en première instance. Il a introduit une requête en appel devant la Cour d'appel du Centre. La date de l'audience n'a pas été communiquée.
Sa requête peut-elle aboutir ?
Juridiquement, la marge de manœuvre du sous-préfet est étroite une fois le récépissé délivré. Aucune décision n'a été rendue à ce stade.
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