Cabral Libii félicite Paul Biya : la controverse qui divise l'opposition camerounaise
© Camer.be : Toto Jacques | 29 oct. 2025 15:38:40 | 4641La scène politique camerounaise vit un moment de tensions inédites après la proclamation des résultats de l'élection présidentielle du 12 octobre 2025 par le Conseil constitutionnel. Dans ce contexte post-électoral explosif marqué par des violences ayant fait plusieurs morts, une décision a jeté un froid au sein de l'opposition camerounaise : celle de Cabral Libii.
Le leader du Parti Camerounais pour la Réconciliation Nationale, arrivé troisième avec 3,41% des voix, a rapidement pris position. Dans un communiqué laconique publié le lundi 27 octobre 2025, Cabral Libii a déclaré prendre acte des résultats et féliciter le candidat proclamé élu. Cette reconnaissance surprend d'autant plus que ce même candidat avait promis, durant sa campagne, de déplacer la présidence à Bamenda s'il remportait les élections, un engagement symbolique fort envers les régions anglophones.
Cette décision politique controversée intervient alors que le Cameroun traverse une période de turbulences. Quatre personnes sont décédées dimanche dans la capitale économique Douala lors de manifestations, les forces de sécurité ayant tiré à balles réelles après avoir utilisé des gaz lacrymogènes. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a d'ailleurs réclamé l'ouverture d'enquêtes.
Pendant que certains candidats comme Issa Tchiroma Bakary dénoncent une mascarade électorale et appellent à la mobilisation populaire, Cabral Libii exhorte ses partisans à se mobiliser pour les législatives et municipales de 2026, déclarant que ces élections seront d'une importance capitale. Cette stratégie de projection vers les futures échéances traduit une approche pragmatique qui divise profondément.
Sur les réseaux sociaux, les réactions oscillent entre incompréhension et accusations de trahison. De nombreux Camerounais se demandent comment un candidat de l'opposition démocratique ayant porté un discours de changement peut reconnaître aussi rapidement des résultats contestés dans un contexte aussi tendu. Cette posture alimente les débats sur l'authenticité des engagements politiques et la cohérence entre promesses électorales et positionnement post-scrutin.
Cette fracture de l'opposition révèle des lignes stratégiques divergentes au sein des forces de contestation. Alors que certains leaders choisissent la confrontation et la rue, d'autres privilégient une approche institutionnelle misant sur les prochaines élections. Cette fragmentation pourrait avoir des conséquences majeures sur la capacité de l'opposition politique à proposer une alternative crédible lors des futurs scrutins.
La question reste posée : cette reconnaissance rapide des résultats représente-t-elle un calcul stratégique de long terme ou une capitulation face au pouvoir en place ? Les prochains mois diront si cette posture permettra à Cabral Libii de renforcer son positionnement électoral ou si elle signera la fin de sa crédibilité auprès d'un électorat en quête de changement.
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