Djeukam Tchameni attaque Bruno Bidjang en justice
© Camer.be : Onana Nestor | 26 oct. 2026 17:07:00 | 379Depuis sa cellule de Kondengui, l’opposant camerounais Djeukam Tchameni attaque en diffamation le journaliste Bruno Bidjang, l’accusant d’avoir inventé un arsenal de guerre pour justifier son arrestation.
Il y a un moment précis que Djeukam Tchameni veut faire juger. La nuit du 24 octobre 2025. Il est interpellé à son domicile de Douala, transféré à Yaoundé. À la même heure, Bruno Bidjang publie sur Facebook une liste qui ressemble à un inventaire de guerre : 9 734 faux procès-verbaux ELECAM, des fusils d’assaut AK-47, un pistolet Beretta, des munitions, des uniformes militaires, du tramadol, plus de 48 millions de francs CFA en espèces et via Mobile Money. Le post est massivement relayé. Plus de 7 300 likes, plus de 7 500 partages. Et des images, promises, qui ne viendront jamais.
Une arrestation et une publication simultanée
Djeukam Tchameni n’est pas un opposant de la onzième heure. Il préside le MDI, parti créé en 1997. En 2025, il soutient la candidature d’Issa Tchiroma Bakary à la présidentielle du 12 octobre. Deux jours avant la proclamation des résultats, il est arrêté à Douala, en même temps qu’Anicet Ekane. Anicet Ekane mourra en détention en décembre 2025.
Djeukam Tchameni, lui, est inculpé le 5 décembre 2025 pour « atteinte à la sûreté de l’État » et placé en détention provisoire à Kondengui. Il est également poursuivi pour « propagation de fausses nouvelles » et « rébellion ». Sa détention provisoire a été prolongée de six mois en juin 2026, jusqu’au 5 décembre 2026. Son avocat, Me Jean Joseph Claude Siewe, a dénoncé une « illégalité totale ».
Ce que Djeukam Tchameni conteste, ce n’est pas seulement la procédure. C’est le récit qui l’a précédée.
Les faits : ce que la plainte reproche à Bruno Bidjang
La plainte avec constitution de partie civile a été déposée le 23 février 2026 et enregistrée au Tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou le 24 février. Elle vise Bruno Bidjang Oba’a Bikoro François.
Le document, consulté par plusieurs médias camerounais, affirme que le journaliste a lancé sur sa page Facebook « une campagne de désinformation et de diffamation d’une extrême gravité » le soir même de l’arrestation. Les publications énuméraient une liste précise : 9 734 faux procès-verbaux ELECAM, des AK-47, un Beretta, des munitions, des uniformes militaires, du tramadol, plus de 48 millions de FCFA en espèces et via Mobile Money, des téléphones avec VPN et des puces Thuraya.
La plainte souligne un point qui structure tout le dossier : les images promises n’ont jamais été produites. Et les accusations, présentées comme des faits avérés, sont restées à l’état de déclarations non étayées.
Djeukam Tchameni affirme que ces éléments ne figurent pas dans son dossier d’accusation. Il met Bruno Bidjang au défi d’apporter des preuves. Selon lui, la publication visait à le présenter comme « un individu dangereux, un criminel et un conspirateur préparant des actes de violence et de fraude électorale à grande échelle ».
Pourquoi cette plainte est plus qu’une querelle personnelle
Le dossier pose une question qui dépasse les deux hommes. Celle du rôle des activistes numériques proches du pouvoir dans la fabrication de récits destinés à légitimer des arrestations politiques.
Bruno Bidjang n’est pas un journaliste neutre. Lors de la campagne présidentielle de 2025, il s’est illustré par un activisme numérique offensif en faveur du régime, ciblant nommément des figures de l’opposition. Sa proximité avec les cercles du pouvoir est notoire. Ce n’est pas un délit. Mais cela éclaire le contexte dans lequel sa publication a été produite et amplifiée.
La mécanique décrite dans la plainte est celle d’une synchronisation. Une arrestation. Une publication. Un récit. Le tout en quelques heures, à un moment où l’opposant est privé de toute possibilité de réponse. « Ces publications visaient manifestement à présenter le plaignant à l’opinion publique comme un individu dangereux », résume la plainte.
Reste une question que la justice camerounaise devra trancher : Bruno Bidjang peut-il prouver ce qu’il a affirmé ? S’il ne le peut pas, la diffamation est caractérisée. S’il le peut, c’est le dossier d’accusation contre Djeukam Tchameni qui devra être réexaminé.
Un rapport de forces inversé, sur le papier
Sur le papier, la plainte place Bruno Bidjang dans une position délicate. Un journaliste sommé de prouver ses accusations devant un tribunal, c’est une situation qui, dans un système judiciaire indépendant, peut produire des révélations.
Mais le système judiciaire camerounais n’est pas réputé pour son indépendance vis-à-vis de l’exécutif. Et la plainte émane d’un prisonnier politique, visant un activiste bien en cour. Plusieurs observateurs estiment que cette procédure risque de connaître le sort réservé à beaucoup d’autres : un classement sans suite discret, au fond d’un tiroir de greffe.
L’issue de cette affaire dira quelque chose. Pas seulement sur la culpabilité ou l’innocence de Bruno Bidjang. Sur la capacité de la justice camerounaise à instruire un dossier qui dérange.
Djeukam Tchameni est-il toujours en prison ?
Oui. Il est détenu à la prison centrale de Kondengui depuis le 24 octobre 2025. Sa détention provisoire a été prolongée de six mois en juin 2026, jusqu’au 5 décembre 2026.
Que reproche-t-il exactement à Bruno Bidjang ?
Il l’accuse d’avoir publié, le soir de son arrestation, une liste d’armes, de munitions, de drogue et de faux procès-verbaux qu’il présente comme un « arsenal » découvert à son domicile. Selon lui, ces éléments sont « entièrement dénués de tout fondement » et ne figurent pas dans son dossier d’accusation.
Bruno Bidjang a-t-il répondu ?
Nous n’avons pas pu obtenir de réponse de sa part avant publication. Il n’a pas publiquement commenté la plainte à notre connaissance.
La plainte peut-elle aboutir ?
Juridiquement, oui. La constitution de partie civile permet à la victime alléguée de saisir directement un juge d’instruction. Politiquement, les observateurs sont sceptiques. La justice camerounaise est régulièrement accusée de manquer d’indépendance.
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