Le TCS a enrôlé sous le n° 872 la dénonciation de l'ACFAC contre Samuel Eto'o sur le financement de quatre matchs amicaux des Lions Indomptables.
Quatre matchs, deux financements présumés, un compte à Doha : la justice camerounaise ouvre le dossier le plus sensible de la présidence Eto'o à la FECAFOOT.
Le Tribunal criminel spécial de Yaoundé a enrôlé, sous le numéro 872, une dénonciation de l'Association des clubs de football amateur du Cameroun visant la gestion des fonds publics mobilisés pour quatre matchs amicaux des Lions Indomptables. Les rencontres concernées : Cameroun-Ouzbékistan et Cameroun-Corée du Sud en septembre 2022, Cameroun-Mexique en juin 2023, Cameroun-Russie en octobre 2023. Au centre du dossier : Samuel Eto'o, président de la FECAFOOT depuis décembre 2021.
L'enrôlement d'une dénonciation n'est pas une condamnation. C'est une porte qui s'ouvre.
Mais derrière cette porte, il y a des chiffres. 567 570 euros. 500 000 dollars. 357 millions de francs CFA débloqués par l'État pour un seul déplacement. Et une question qui revient dans les rédactions de Yaoundé comme dans les couloirs de la FECAFOOT : où est passé l'argent ?
Ce que le TCS a réellement enrôlé
Le communiqué de l'ACFAC est daté du 13 octobre 2026. Il tient en quelques lignes, mais il ouvre un dossier que beaucoup attendaient.
L'association, conduite par Abdouraman Hamadou Babba, a saisi le Tribunal criminel spécial de Yaoundé. Le TCS a enregistré la dénonciation sous le numéro 872. Elle porte sur quatre rencontres amicales des Lions Indomptables : Cameroun-Ouzbékistan (23 septembre 2022), Cameroun-Corée du Sud (27 septembre 2022), Cameroun-Mexique (juin 2023) et Cameroun-Russie (12 octobre 2023).
Le TCS est compétent pour les infractions de détournement de deniers publics lorsque le préjudice atteint au moins 50 millions de francs CFA. Les montants en jeu dépassent largement ce seuil. Sur le seul dossier russe, la somme évoquée atteint 567 570 euros, soit environ 372 millions de francs CFA.
Abdouraman Hamadou Babba a été clair sur la démarche. « Nous avons suivi la procédure normale. Il s'agissait pour nous de demander l'ouverture d'une enquête pour un certain nombre de choses, notamment la gestion des quatre matchs internationaux amicaux disputés par les Lions Indomptables », a-t-il déclaré.
Le mécanisme du double financement présumé
L'ACFAC ne parle pas de détournement. Elle parle de double paiement.
Selon l'association, l'examen des contrats signés par la FECAFOOT ferait apparaître des dépenses prises en charge à la fois par l'État camerounais et par les organisateurs des matchs. L'État débloquait des fonds pour financer les déplacements. Les organisateurs étrangers versaient des cachets. Et les mêmes prestations auraient été facturées deux fois.
Prenons la tournée asiatique de septembre 2022. La Fédération coréenne de football devait verser 500 000 dollars à la FECAFOOT, tout en assurant différentes prestations liées au séjour de la délégation camerounaise. En parallèle, l'État camerounais débloquait 357 millions de francs CFA pour le même déplacement. Deux sources de financement pour une seule tournée.
Le Mexique, en juin 2023. Cachet prévu : 600 000 dollars. Financement public : 504 millions de francs CFA.
La Russie, octobre 2023. La Fédération russe devait verser 567 570 euros à la FECAFOOT. Deux virements 455 056 euros et 112 514 euros auraient été dirigés vers un compte personnel de Samuel Eto'o ouvert à la Qatar National Bank de Doha, selon des informations publiées par The Times et relayées par plusieurs médias. L'État camerounais, de son côté, aurait débloqué plus de 559 millions de francs CFA pour ce déplacement.
Ce que dit Eto'o
Samuel Eto'o n'est pas resté silencieux.
Dans un message publié sur Facebook, le président de la FECAFOOT a rejeté les accusations. « Monsieur Samuel Eto'o dément toute malversation, tout détournement ou tout enrichissement dans la gestion des fonds de la FECAFOOT », peut-on lire dans une déclaration reprise par plusieurs médias.
Il dénonce une campagne de dénigrement orchestrée. « Il a suffi que je prenne la parole pour défendre les intérêts de l'Afrique pour qu'ils soient tous de sortie », écrit-il, estimant que les attaques sont relayées simultanément par des médias acquis à ses détracteurs. Il ajoute : « Nous avons le droit de parler. Nous avons le droit de défendre nos intérêts. Nous avons le droit de penser et de décider pour notre football ».
La FECAFOOT dénonce également une campagne orchestrée à partir de documents internes partagés de manière frauduleuse. Le fond du dossier les contrats, les virements, les doubles facturations alléguées n'a pas encore été discuté au fond par la FECAFOOT dans un cadre officiel public.
Un conflit qui date de 2021
L'affaire ne sort pas de nulle part.
Samuel Eto'o préside la FECAFOOT depuis décembre 2021. Son élection avait déjà été contestée par Abdouraman Hamadou Babba devant le Tribunal arbitral du sport. Les deux hommes s'opposent depuis des années sur la gouvernance du football camerounais.
En 2023, l'ACFAC avait déjà saisi le TAS pour contester la nomination du staff technique et médical des Lions Indomptables. L'ACFAC n'a pas lâché. Elle a constitué un dossier, rassemblé des documents, et fini par porter l'affaire devant le TCS.
Ce qui change avec l'enrôlement sous le numéro 872, c'est le cadre. On ne parle plus de conflit entre dirigeants. On parle de détournement de deniers publics, une qualification pénale grave.
Ce qui reste à établir
L'enrôlement d'une dénonciation n'établit aucun fait.
Le TCS doit maintenant examiner les pièces. Les éléments déterminants seront les contrats conclus avec les organisateurs, les justificatifs des dépenses, les relevés de paiement et les documents permettant de vérifier si certaines prestations ont effectivement été facturées ou financées deux fois.
L'ACFAC affirme avoir transmis au tribunal les contrats commerciaux des rencontres ainsi que l'ensemble des documents administratifs relatifs aux financements débloqués par l'État.
Aucun montant litigieux consolidé n'a été communiqué par le TCS. L'estimation d'environ 2 milliards de francs CFA qui circule dans la presse correspond à l'addition des cachets internationaux et des financements publics documentés par des journalistes, pas à un préjudice établi par un juge.
L'ACFAC annonce déjà une seconde procédure. « Demain, ce seront les clubs membres de l'ACFAC qui vont saisir le tribunal. Et ça concernera l'argent de la FECAFOOT », prévient Abdouraman Hamadou Babba.
Le TCS a-t-il condamné Samuel Eto'o ?
Non. L'enrôlement sous le numéro 872 est une étape procédurale. Aucune infraction n'a été établie à ce stade.
Qu'est-ce qu'un enrôlement au TCS ?
C'est l'enregistrement officiel d'une dénonciation ou d'une plainte par le tribunal. Le dossier entre dans le circuit judiciaire. Une enquête peut suivre, mais rien n'est jugé.
Pourquoi le TCS et pas un tribunal ordinaire ?
Parce que le préjudice allégué dépasse 50 millions de francs CFA. Le TCS a une compétence exclusive pour les détournements de deniers publics au-delà de ce seuil.
Eto'o peut-il être poursuivi personnellement ?
Rien ne permet de l'affirmer aujourd'hui. La dénonciation vise la gestion des fonds de la FECAFOOT. La responsabilité pénale éventuelle de Samuel Eto'o, en tant que président, dépendra des conclusions de l'enquête.