Un éditorial signé Christophe Mien Zok, cadre et membre du comité central du RDPC, met en cause l’entourage présidentiel dans les colonnes du journal officiel du parti.

L’édition de L’Action datée du 6 novembre est sortie. À l’intérieur, un éditorial signé Christophe Mien Zok. Cadre et membre du comité central du RDPC. Le journal appartient au parti au pouvoir. 

« Le Président semble s’être entouré davantage de ceux qui lui disent ce qu’il veut entendre et de moins en moins de ceux qui lui disent ce qu’il doit entendre. Il faut se méfier des courtisans ! »

Le mot est lâché. Courtisans.

Il ne vise pas l’opposition. Il ne vise pas la rue. Il vise l’entourage. Ceux qui sont au plus près du pouvoir. Ceux qui conseillent, filtrent, traduisent, parlent. Et il est écrit dans le journal du parti, par un cadre du comité central. Pas dans un tract anonyme. Pas sur un compte X. Dans un éditorial daté.

Ce que L’Action a publié le 6 novembre

Mien Zok ne demande aucune démission. Il ne nomme personne. Il ne remet pas en cause la légitimité du Président. Il parle d’un mécanisme. Celui des courtisans.

Le contexte immédiat est celui d’un journal officiel du RDPC. L’Action appartient au parti. Sa mission est de porter sa parole. Publier cette phrase dans ce cadre-là n’est pas un geste neutre. Un éditorial n’est pas un commentaire lâché en réunion. Il est écrit, relu, imprimé, daté.

Pourquoi le mot « courtisans » change la donne

Le mot n’est pas nouveau dans le vocabulaire politique. Mais dans un journal de propagande, il produit un effet différent. Il ne critique pas un adversaire. Il critique une proximité. Il ne dit pas « l’opposition est responsable ». Il dit : attention à ceux qui entourent.

La critique est interne. Elle vient d’un cadre du comité central. Elle est publiée dans l’organe du parti. Elle ne nomme personne, ce qui la rend difficile à contrer frontalement. Et elle est assez large pour que chacun, à Yaoundé, y mette les visages qu’il veut.

L'Action indique aussi que « de plus en plus, les voix se lèvent au sein de ce parti pour fustiger le management de Paul Biya ». C’est le cadre général. L’éditorial de Mien Zok en est une illustration. Pas la preuve d’un mouvement structuré. Pas encore.

Ce que l’éditorial dit et ce qu’il tait

Il dit qu’il faut se méfier des courtisans. Il dit que le Président semble entouré de ceux qui lui disent ce qu’il veut entendre. Il ne dit pas qui. Il ne dit pas quand. Il ne dit pas quelle décision aurait été mal inspirée.

Il ne demande aucune conséquence. Aucune enquête interne. Aucune réunion du comité central. Aucune sanction. Le texte reste sur le terrain de l’alerte morale. C’est sa force. C’est aussi sa limite.

Un lecteur favorable au RDPC y verra une preuve de lucidité interne. Un lecteur critique y verra un texte qui pose un problème sans le nommer. Les deux lectures sont possibles. 

Un malaise interne au RDPC ?

Le sujet fourni parle de « voix qui se lèvent au sein de ce parti ». L’éditorial de Mien Zok en est une. Il ne permet pas, à lui seul, d’affirmer qu’il existe une contestation organisée. Aucun élément public ne montre une réunion, une pétition, une lettre collective. Il s’agit d’une prise de parole individuelle, dans un journal officiel, à une date précise.

Mais dans un système où la parole interne est rarement dissociée de la ligne officielle, l’acte de publication compte. Un cadre du comité central qui écrit « il faut se méfier des courtisans » dans le journal du parti ne dit pas seulement ce qu’il pense. Il dit aussi que ce sujet peut être écrit.

Ce qui peut se passer maintenant

Deux scénarios existent. Aucun n’est confirmé.

Le premier : le texte reste une piqûre de rappel. Il est lu en interne, commenté à voix basse, puis classé. Le RDPC ne réagit pas. L’éditorial devient une archive.

Le second : la phrase circule. D’autres cadres reprennent l’argument. La critique des courtisans devient un sujet de débat interne. Et le parti doit arbitrer entre ceux qui veulent verrouiller le récit et ceux qui estiment que le verrou est le problème.

Une question reste ouverte : si le Président n’entend plus ceux qui lui disent ce qu’il doit entendre, qui lui parle vraiment ?


Qui est Christophe Mien Zok ?  
C’est un cadre et membre du comité central du RDPCi. 

Où le texte a-t-il été publié ?  
Dans le journal L’Action, édition du 6 novembre 2026. Ce journal appartient au RDPC et a pour mission de faire la propagande du parti au pouvoir.

Qu’a-t-il dit exactement ?  
Il a écrit : « Le Président semble s’être entouré davantage de ceux qui lui disent ce qu’il veut entendre et de moins en moins de ceux qui lui disent ce qu’il doit entendre. Il faut se méfier des courtisans ! »

Est-ce que le RDPC a réagi ?  
Aucune réaction officielle n’a été rendue publique au moment où nous écrivons. 

Pourquoi c’est important ?  
Parce que la critique vient de l’intérieur, dans le journal du parti. Elle ne vise pas l’opposition. Elle vise l’entourage. Et elle est publiée, pas seulement murmurée.

Est-ce que cela veut dire que le RDPC est divisé ?  
Pas forcément. Une prise de parole individuelle ne prouve pas une division organisée.

Que faut-il retenir ?  
Une phrase. Un journal. Une date. Un cadre du RDPC. Et une question qui reste ouverte : qui parle vraiment au Président ?