Face aux élections, Abdouraman Hamadou Babba invoque la colère divine contre les fraudeurs. Un appel à la fois politique et spirituel.
« Malheur aux fraudeurs » : l'appel à la colère divine d'Abdouraman Hamadou Babba
Les élections législatives et municipales approchent. Les tractations vont bon train. Les promesses pleuvent. Et dans ce brouhaha politique, une voix s'élève, différente des autres. Elle ne parle pas de programme. Elle ne parle pas de coalition. Elle parle de Dieu.
Abdouraman Hamadou Babba a publié une tribune. L'homme n'est pas un inconnu. Il est une figure historique de la défense des populations marginalisées. Dans ce texte, il s'adresse aux « Partisanes et Partisans du Changement ».
Son message tient en une phrase : il faut demander à Dieu de punir les fraudeurs.
La Bible et le Coran comme armes de combat
Pour appuyer son appel, Babba convoque les textes sacrés. Il cite le Psaume 101, verset 7 : « Celui qui se livre à la fraude n'habitera pas dans ma maison ; celui qui dit des mensonges ne subsistera pas en ma présence. »
Il poursuit avec le Coran, sourate 83, Al-Mutaffifin (Les Fraudeurs) : « Malheur aux fraudeurs [… ] Ceux-là ne pensent-ils pas qu'ils seront ressuscités, en un jour terrible, le jour où les gens se tiendront debout devant le Seigneur de l'Univers ? »
La démonstration est implacable. La fraude électorale n'est plus seulement une infraction au Code électoral. Elle devient un péché. Une offense faite à Dieu. Et la sanction n'est plus seulement judiciaire. Elle est divine.
« Maudits donc soient les fraudeurs aux prochaines élections législatives et municipales au Cameroun ! » lance-t-il.
Le spectre du « Parti-État »
Au-delà de l'appel spirituel, la tribune est un réquisitoire politique. Babba dénonce une confiscation de la souveraineté. Elle remonte, selon lui, à la colonisation. Elle se poursuit aujourd'hui par « leurs héritiers actuellement au pouvoir ».
Le cœur du problème ? L'organisation des scrutins. Babba pointe du doigt toute la « chaîne de la fraude ». Des « petites mains au sein du Parti-État » jusqu'aux « institutions chargées d'organiser et de garantir la sincérité des votes ».
Le « Parti-État » est une expression courante dans le lexique de l'opposition camerounaise. Elle désigne la porosité entre l'appareil d'État et le parti au pouvoir. Une porosité qui, pour Babba, rend la fraude inévitable.
Une mobilisation par la prière
L'appel de l'opposant n'est pas seulement rhétorique. Il est pratique. Il invite les sympathisants à « agir en élevant des prières, chaque jour ». L'objectif est double : demander à Dieu de punir les fraudeurs, et maintenir la mobilisation de la base.
Dans un pays où la religion occupe une place centrale dans le quotidien des populations, mêler politique et foi n'est pas anodin. Cela permet de transcender les clivages partisans. Cela donne un caractère sacré à un combat politique.
Mais cela pose aussi question. La foi peut-elle remplacer la vigilance citoyenne ? La prière dispense-t-elle d'aller surveiller les bureaux de vote ?
La fraude, un fait ou une hypothèse ?
La question divise. Pour l'opposition, la fraude est une réalité historique au Cameroun. Pour le pouvoir, il s'agit d'une légende entretenue par des perdants qui refusent d'accepter les résultats.
Les observateurs internationaux ont souvent souligné des irrégularités lors des précédents scrutins. Mais l'organisation de la fraude à grande échelle, telle que décrite par Babba, reste une allégation.
La tribune de Babba s'inscrit dans un contexte de défiance. La même rhétorique avait été utilisée par le passé, sans preuves judiciaires formelles.
C'est qui, Abdouraman Hamadou Babba ?
C'est un homme politique camerounais. Il a été président de l'association MBOSCUDA, qui défend les droits des éleveurs Mbororo. Il a fondé et préside le Front pour le Salut National (FSNC). Il a été candidat à l'élection présidentielle. C'est une figure de l'opposition.
Pourquoi il mélange la religion et la politique ?
Il utilise les textes de la Bible et du Coran pour donner un poids moral à son combat contre la fraude électorale. Au Cameroun, la religion est très présente dans la société. S'appuyer sur la foi permet de mobiliser plus facilement.
Est-ce que la fraude électorale est prouvée au Cameroun ?
L'opposition et la société civile dénoncent régulièrement des irrégularités. Mais les preuves d'une fraude massive et organisée sont difficiles à apporter publiquement. La justice camerounaise n'a pas condamné de responsables pour des fraudes électorales à grande échelle ces dernières années.
« Parti-État », ça veut dire quoi ?
C'est une expression utilisée pour désigner un parti politique qui se confond avec l'État. Il contrôle les institutions, l'administration, et utilise les moyens publics pour se maintenir au pouvoir.
Qu'est-ce qui est reproché à ELECAM ?
ELECAM est l'organisme chargé d'organiser les élections. L'opposition lui reproche d'être inféodée au pouvoir exécutif, car ses membres sont nommés par le président de la République. L'opposition demande une réforme de cet organisme.
Les prochaines élections, c'est quand ?
Ce sont les élections législatives et municipales. La date exacte n'est pas encore officiellement annoncée au moment où nous écrivons, mais elles devraient se tenir dans les prochains mois.
La prière peut-elle empêcher la fraude ?
C'est une question de foi. Mais beaucoup d'observateurs estiment que la prière doit s'accompagner d'une surveillance citoyenne et d'une présence dans les bureaux de vote le jour du scrutin pour être efficace.
Est-ce que le pouvoir a répondu ?
Nous n'avons pas eu de réponse. Ni ELECAM ni le RDPC ne se sont exprimés publiquement sur cette tribune au moment de publier.