Arrêté le 24 octobre 2025, l’opposant camerounais Parfait Mbvoum est détenu à Kondengui. Sa détention provisoire a été prolongée deux fois. Aucun juge ne l’a entendu. 

Le Code de procédure pénale camerounais fait de la liberté « le principe » et de la détention « l’exception ». Pour Parfait Mbvoum, l’exception dure depuis treize mois.

Parfait Mbvoum, président du Front Républicain et soutien d’Issa Tchiroma Bakary à la présidentielle de 2025, a été arrêté le 24 octobre 2025 au carrefour de Nkolnda, à Mfou, dans la banlieue de Yaoundé. Il est détenu à la prison centrale de Kondengui depuis le 27 novembre 2025. Au 24 octobre 2026, il n’avait toujours pas été présenté à un juge d’instruction, selon les documents judiciaires et les communiqués de sa défense. Voilà les faits, dans l’ordre.

L’article 218 du Code de procédure pénale camerounais est explicite : « La liberté est le principe, la détention provisoire l’exception ». L’article 170 exige que « l’inculpé soit conduit devant le juge d’instruction dès sa première comparution ». Pour Parfait Mbvoum, ces deux articles n’ont pas trouvé d’application pendant treize mois. Sa détention provisoire a été renouvelée une première fois, puis une seconde. Sa demande de liberté provisoire a été rejetée par la cour d’appel le 30 juillet 2026.

Une arrestation au lendemain de la présidentielle

Le Cameroun sort d’une élection présidentielle contestée. Le 12 octobre 2025, Paul Biya est déclaré vainqueur avec 53,66 % des voix. Issa Tchiroma Bakary, son principal adversaire, conteste et revendique la victoire. Dans les jours qui suivent, des manifestations éclatent, des opposants sont arrêtés.

Parfait Mbvoum est de ceux-là.

Le 24 octobre 2025, il est interpellé au carrefour de Nkolnda, à Mfou, en compagnie d’un certain Emmanuel Ntonga. Selon les récits concordants de sa défense et de plusieurs médias camerounais, l’opération est menée par un dispositif important : Légion d’intervention de la gendarmerie, Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) et police nationale.

Une garde à vue est signée à 19 h 30 par le colonel Nguele de la Légion.

Trois jours plus tard, son domicile est perquisitionné par « pas moins de 25 éléments composés de gendarmes, policiers et militaires ». L’objectif affiché : rechercher des armes. Aucune arme n’est découverte. Les forces de l’ordre repartent avec « les documents officiels de sa thèse et son cachet professionnel ». Dans sa plainte déposée depuis sa cellule, Mbvoum affirme que des bijoux, un ordinateur, et cinq millions de francs CFA ont également disparu.

La rédaction n’a pas pu vérifier de manière indépendante le contenu exact de cette perquisition. Le gouvernement n’a pas publié de communiqué sur ce point. C’est une lacune, et elle est signalée.

Ce que les textes exigent, ce que la pratique a fait

Le 27 novembre 2025, Parfait Mbvoum est déposé à la prison centrale de Kondengui. Il est environ 23 heures. Pas de caméras. Pas de communiqué. « En catimini », écrit Africa-Press. Selon un membre de sa famille cité par plusieurs médias, les ordres sont venus « d’en haut ».

À partir de là, le dossier entre dans une zone de flou que la justice camerounaise mettra des mois à ne pas dissiper.

L’article 218 du Code de procédure pénale camerounais pose un principe simple : la liberté est la règle, la prison l’exception. L’article 170 exige une comparution devant le juge d’instruction « dès la première comparution ». Pour Mbvoum, la première comparution n’a pas eu lieu en novembre 2025. Ni en décembre. Ni en janvier 2026.

En juin 2026, soit sept mois après son incarcération, le site AllAfrica publie une enquête intitulée « 13 mois sans juge : l’absurdité juridique camerounaise ». Le constat est sans ambiguïté : « Entre novembre 2025 et juin 2026, soit sept mois complets, Parfait Mbvouom n’a été présenté devant aucun magistrat. Pas de juge d’instruction. Pas de juge de jugement. Rien ».

Le 7 juin 2026, sa détention provisoire est renouvelée de six mois. Le 2 juillet, une demande de mise en liberté provisoire est examinée. La cour d’appel rejette.

Le 13 juillet 2026, Mbvoum comparaît enfin devant un juge d’instruction. Six heures d’entretien. Les questions portent, selon le communiqué de son porte-parole, sur « la question de savoir pourquoi le Président Parfait MBVOUM avait annoncé sur sa page Facebook que c’est le Président Issa Tchiroma qui avait gagné l’élection présidentielle 2025 » et « pourquoi avoir dit que le candidat du RDPC était en train de manipuler les résultats et voler les élections ».

Autrement dit : on lui demande de s’expliquer sur ses opinions politiques. Pas sur des armes. Pas sur un détournement. Sur des déclarations.

Ce que ce dossier dit du système

Le cas de Parfait Mbvoum n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une vague de répression qui a suivi la présidentielle d’octobre 2025. Le chercheur Vincent Sosthène Fouda a publiquement demandé la libération de Mbvoum et d’autres détenus politiques, dont Djeukam Tchameni.

Mais ce qui distingue Mbvoum, c’est la durée.

Treize mois de détention provisoire sans inculpation, dans un pays dont le Code de procédure pénale fait de la liberté le principe. Treize mois pour un homme qui, selon sa défense, n’a jamais été condamné, n’a jamais été jugé, et n’a jamais fait l’objet d’un acte d’accusation formel rendu public.

Le BTI 2026, l’indice de transformation de la fondation Bertelsmann, qualifie les élections camerounaises de « fondamentalement défectueuses » et note que « de nombreuses libertés démocratiques de base ne sont pas protégées ». Le rapport ajoute que les décisions sont prises en fonction de « la survie politique du régime ».

Le dossier Mbvoum est une illustration concrète de cette phrase. Un soutien du principal adversaire du président est arrêté au lendemain de l’élection. Il est détenu sans jugement. Sa demande de liberté est rejetée. Et lorsqu’il comparaît enfin, les questions portent sur ses posts Facebook.

Un homme, un précédent

Pour Parfait Mbvoum, les conséquences sont physiques. Le 1er juillet 2026, il est aperçu à l’hôpital central de Yaoundé « pour des soucis de santé », selon son porte-parole Bella Serges Landry. Il rentre à Kondengui le soir même.

Pour le Cameroun, les conséquences sont institutionnelles. Chaque mois de détention supplémentaire sans jugement affaiblit un peu plus la crédibilité des articles 170 et 218 du Code de procédure pénale. Chaque rejet de demande de liberté provisoire envoie un signal aux autres détenus politiques : le texte ne vous protège pas.

Et pour l’opposition, le dossier Mbvoum est devenu un test. Un test de ce que le régime est prêt à faire ou à ne pas faire pour un homme qui a soutenu le mauvais candidat.


Pourquoi Parfait Mbvoum est-il en prison ?
Officiellement, aucun chef d’accusation n’a été rendu public. Sa détention est liée, selon sa défense et plusieurs médias, à son soutien actif à Issa Tchiroma Bakary lors de la présidentielle de 2025 et à ses déclarations contestant les résultats officiels.

Combien de temps peut-il rester détenu sans jugement ?
Le Code de procédure pénale camerounais prévoit des délais stricts. Dans les faits, la détention provisoire peut être renouvelée. Pour Mbvoum, elle l’a été au moins deux fois. Treize mois se sont écoulés avant sa première comparution devant un juge d’instruction.

Qu’est-ce que la prison de Kondengui ?
C’est la prison centrale de Yaoundé. Elle est connue pour détenir de nombreux opposants politiques et militants de la société civile. C’est là que Mbvoum a été déposé dans la nuit du 27 novembre 2025.

Sa demande de liberté a-t-elle été examinée ?
Oui. Elle a été rejetée par la cour d’appel le 30 juillet 2026. Son avocat, Me Assira, a plaidé. Le ministère public a requis. La cour a tranché contre lui.