Biya veut réduire les importations : 848 milliards FCFA en 2025, en hausse
© Camer.be : Toto Jacques | 13 oct. 2026 00:18:00 | 336Paul Biya reconduit le PIISAH pour 2027-2029. Mais en 2025, seuls 110 milliards sur 1 443 milliards ont été mobilisés. Décryptage d'un pari risqué.
Le chef de l'État remet le PIISAH en selle pour trois ans. Mais la première phase a été financée à hauteur de 7,6 %. Et les importations ciblées ont augmenté de 15 % en 2025.
Paul Biya a validé la reconduction du Programme intégré d'import-substitution agropastorale et halieutique (PIISAH) pour le triennat 2027-2029. La décision figure dans la circulaire présidentielle relative à la préparation du budget de l'État pour 2027. Objectif affiché : accroître la production nationale, réduire les importations, renforcer la compétitivité des entreprises locales.
Mais un chiffre interpelle. En 2025, seuls 110 milliards FCFA ont été mobilisés sur les 1 443 milliards nécessaires au financement du programme. Soit 7,6 % des besoins.
Le PIISAH repart. Avec quels moyens ?
Ce que Biya a validé pour 2027-2029
La circulaire présidentielle pour le budget 2027 acte la reconduction du PIISAH. Le programme est prolongé pour trois ans. Il conserve ses orientations : augmenter la production nationale, réduire la dépendance aux importations, renforcer la compétitivité des entreprises locales.
Sur le volet agricole, Paul Biya recommande d'améliorer la disponibilité et l'accessibilité des intrants. Il préconise aussi le développement des infrastructures routières, ferroviaires et portuaires pour acheminer les produits vers les marchés.
Autre axe : l'orientation prioritaire de la commande publique vers l'offre locale de biens et de services.
Le texte demande également de simplifier les procédures d'acquisition et de sécurisation des terres destinées à l'agriculture de seconde génération.
Un financement qui n'a pas suivi
Le PIISAH première phase couvrait 2024-2026. Selon le rapport sur l'économie camerounaise en 2025, seuls 110 milliards FCFA ont été mobilisés sur 1 443 milliards nécessaires. Soit à peine 7,6 % des besoins estimés.
Le taux d'ordonnancement des crédits, lui, s'est établi à 94,1 %. Mais l'exécution physique globale du programme n'a atteint que 16 %.
Le rapport attribue ces contre-performances aux difficultés de trésorerie. Elles ont retardé la mise à disposition effective des ressources et freiné la réalisation des projets.
Importations : la hausse malgré les objectifs
L'un des principaux objectifs du PIISAH était de réduire de 40 % les importations des produits ciblés à fin 2026. Or, les importations concernées ont atteint 848,3 milliards FCFA en 2025. En hausse de 15 % sur un an.
Le rapport relève une application insuffisante des quotas d'importation, des droits de douane différenciés et de l'obligation d'incorporation des farines locales. Autant de facteurs qui ont limité la capacité du programme à infléchir la dynamique des importations.
Des réalisations malgré les contraintes
La première phase a tout de même produit des résultats. Le Projet Plaine Centrale a permis de sécuriser 350 464 hectares. 9 018 hectares de périmètres hydroagricoles ont été aménagés.
L'Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD) a produit 670 tonnes de semences certifiées, soit 96 % de sa cible.
Les projets Viva-Bénoué et Viva-Logone ont réceptionné des équipements agricoles : tracteurs, moissonneuses, motoculteurs. La rizerie de l'UNVDA à Nélop, d'une capacité de 10 tonnes de riz blanchi par heure, affichait un taux d'exécution de 80 %. Son démarrage était annoncé pour le second semestre 2026.
Le bilan mentionne aussi 13 000 tonnes de farines panifiables, 452 tonnes de semences diverses et 2 millions de tonnes d'engrais. 21 centres d'insémination artificielle ont été construits. 155 PME ont été accompagnées. Les bénéficiaires des formations sont passés de 80 en 2024 à 580 en 2025.
Douanes et raffinage : le volet industriel
La circulaire élargit le champ du PIISAH aux instruments douaniers et industriels. Elle demande de « renforcer le soutien à l'économie par une politique douanière incitative à l'industrialisation, dans le cadre de la promotion de l'import-substitution, du patriotisme économique et du commerce licite ».
Le texte prévoit des « prélèvements ciblés et marginaux en vue du financement de la politique nationale d'import-substitution ». Mais il ne précise ni les marchandises concernées, ni les taux envisagés, ni le montant des recettes attendues.
La question du raffinage pétrolier figure également parmi les domaines concernés.
Pourquoi reconduire un programme sous-financé ?
La question mérite d'être posée. Le PIISAH a été financé à 7,6 % de ses besoins. Son exécution physique a plafonné à 16 %. Les importations ciblées ont augmenté.
Pourquoi le reconduire ?
Parce que le problème qu'il adresse ne disparaît pas. Le Cameroun importe massivement des produits qu'il pourrait produire. La dépendance aux importations pèse sur la balance commerciale. Elle fragilise l'économie face aux chocs extérieurs.
Mais reconduire sans financer, c'est répéter l'échec. Les mêmes causes produiront les mêmes effets.
Enjeux : le financement, encore et toujours
Le rapport pointe les difficultés de trésorerie. Il ne dit pas comment les surmonter. La circulaire prévoit des prélèvements ciblés. Mais elle ne dit ni lesquels, ni combien.
L'accès au foncier agricole reste un obstacle. La simplification des procédures est annoncée. Elle devra être appliquée.
La commande publique orientée vers l'offre locale est une piste. Elle pourrait stimuler la production. À condition que les entreprises locales soient en mesure de répondre.
Perspective : ce qui attend le PIISAH 2
Le triennat 2027-2029 commence dans un contexte difficile. Les ressources publiques sont contraintes. La pression sur le budget est forte. Les priorités sont nombreuses.
Le PIISAH 2 devra faire mieux avec moins. Ou obtenir plus. La circulaire ne tranche pas.
Une chose est sûre : sans financement à la hauteur, le programme restera une intention. Pas une politique.
Pourquoi Paul Biya reconduit-il le PIISAH ?
La décision figure dans la circulaire budgétaire pour 2027. Elle vise à poursuivre les objectifs d'augmentation de la production nationale et de réduction des importations.
Combien a coûté la première phase du PIISAH ?
1 443 milliards FCFA étaient nécessaires. Seuls 110 milliards ont été mobilisés, soit 7,6 % des besoins.
Les importations ont-elles baissé ?
Non. Les importations ciblées ont atteint 848,3 milliards FCFA en 2025, en hausse de 15 % sur un an.
Le PIISAH 2 sera-t-il mieux financé ?
La circulaire prévoit des prélèvements ciblés et marginaux. Mais elle ne précise ni les marchandises, ni les taux, ni les recettes attendues.
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