Trois jeunes hommes ont été retrouvés morts ce lundi à Muea, près de Buea. Parmi eux, le fils d'une vendeuse de maïs. Les circonstances restent floues.
Trois corps, dont celui d'un jeune homme connu dans le quartier comme jumeau, ont été découverts ce lundi matin sur le terrain d'une école catholique à Muea. Les autorités n'ont pas encore communiqué.
Muea, Buea. Lundi, tôt le matin. Des jeunes qui viennent jouer au football sur le terrain d'une école catholique. Ils s'arrêtent net. Trois corps sont là, allongés. L'un d'eux est le fils d'une vendeuse de maïs du marché de Muea. Un jumeau, connu dans le quartier.
Les deux autres n'ont pas encore été identifiés. Leurs mains portent des marques. Des traces qui, selon une source locale, suggèrent qu'ils ont été ligotés avant d'être tués.
Que s'est-il passé cette nuit à Muea ? Pourquoi ces trois jeunes ? Et pourquoi les corps ont-ils été déposés sur un terrain de football, à la vue de tous ?
Ce que l'on sait de la découverte
Il est environ 7 heures ce lundi 5 octobre 2026. Des jeunes se rendent sur le terrain de l'école catholique de Muea, comme ils le font souvent, pour jouer au football. Ils découvrent trois corps. Aucun mouvement.
Ils alertent le voisinage. La nouvelle se répand vite. Des habitants accourent. Parmi eux, des proches de l'une des victimes. Le jeune homme est identifié par plusieurs personnes sur place : il est le fils d'une femme qui vend du maïs grillé au marché de Muea. Il avait un frère jumeau.
Les deux autres corps ne sont pas reconnus par les personnes rassemblées. Leurs identités restent inconnues.
Selon les premières informations rapportées par MMI News et recoupées par nos soins, les dépouilles présentaient des blessures compatibles avec des impacts de balles. Une source locale, qui a requis l'anonymat, évoque des marques sur les mains, signes possibles de ligotage. Cette information n'a pas été confirmée par les autorités.
Le quartier, le terrain, la nuit
Muea n'est pas un quartier comme les autres. C'est l'une des plus grandes localités de la subdivision de Buea, dans la région du Sud-Ouest. Son marché est le plus important de la ville. Des milliers de personnes y passent chaque semaine.
Le terrain de l'école catholique, où les corps ont été découverts, est un espace ouvert. Les jeunes y jouent au football. Les familles y passent. C'est un lieu de vie.
Mais depuis plusieurs années, Muea est aussi une zone sous tension. Les affrontements entre forces de sécurité et séparatistes y sont fréquents. En août 2026, des heurts avaient déjà fait un mort et plusieurs blessés dans le quartier. En janvier, une femme avait été tuée par balle dans sa voiture.
Les habitants le disent : les nuits à Muea ne sont pas sûres. Et les lundis encore moins. Depuis cinq ans, les sécessionnistes d'Ambazonie imposent des « villes mortes » chaque lundi. Les rues se vident. Les écoles ferment. Les activités s'arrêtent.
Ce lundi, c'était jour de ville morte.
Des corps déposés, pas tués sur place ?
Une question revient dans le quartier. Plusieurs habitants affirment n'avoir entendu aucun coup de feu durant la nuit. Si les victimes avaient été tuées sur le terrain, les détonations auraient été entendues.
L'hypothèse qui circule : les trois jeunes auraient été tués ailleurs, puis leurs corps transportés et abandonnés sur le terrain de l'école pendant la nuit. Cette hypothèse repose sur des témoignages de voisins, pas sur un rapport officiel.
Nous avons tenté de joindre la police et la gendarmerie de Buea dans la matinée. Sans succès. Des éléments de police et de l'armée se sont rendus sur les lieux avant de repartir, selon MMI News. Au moment où nous écrivons ces lignes, aucun communiqué officiel n'a été publié.
Une victime connue, un jumeau
L'identification de l'une des victimes change la dimension de l'affaire. Le jeune homme n'était pas un inconnu. Sa mère vend du maïs au marché de Muea. Son frère jumeau vit dans le quartier.
Selon une source qui s'est confiée à CNA et dont les propos ont été relayés par nos confrères, le jeune homme aurait été en détention avant d'être tué. Cette information n'a pas été confirmée par les autorités. Nous n'avons pas pu vérifier les circonstances de cette détention présumée ni sa durée.
La famille, en larmes sur les lieux, dit ne pas comprendre. Ni pourquoi. Ni comment. Ni par qui.
Une région sous tension
Pour comprendre ce qui se joue à Muea, il faut élargir le cadre. La crise anglophone dure depuis 2016. Dix ans de conflit entre l'État camerounais et des groupes séparatistes qui réclament l'indépendance des régions anglophones.
Le bilan humain est lourd. Selon les estimations d'organisations non gouvernementales internationales, le conflit a coûté la vie à plus de 6 000 personnes. Plus de 700 000 civils ont été déplacés. En avril 2026, environ 493 400 personnes restaient déplacées dans les deux régions anglophones, selon FEWS NET.
Buea, capitale du Sud-Ouest, est régulièrement le théâtre d'affrontements. Le 10 août 2026, des clashes avaient éclaté à Muea. Un chauffeur de taxi avait été tué. Plusieurs blessés. Le 25 août, un autre chauffeur était tué dans des heurts similaires.
Le Premier ministre Joseph Dion Ngute s'était rendu à Buea le 30 septembre 2026 pour appeler à la fin des violences. Cinq jours plus tard, trois corps sont retrouvés à Muea.
Ce que ces morts révèlent
Ces trois meurtres posent une question qui dépasse le drame individuel. Qui tue, et pourquoi ?
Plusieurs hypothèses circulent dans le quartier. Un règlement de comptes lié à la détention antérieure de l'une des victimes. Une bavure des forces de sécurité. Une exécution par des groupes armés. Aucune n'est confirmée à ce stade.
Ce qui est certain, c'est que Muea se trouve dans une zone grise. Les autorités y sont présentes, mais leur contrôle est contesté. Les groupes séparatistes y opèrent, mais leur influence est variable. Les civils, eux, sont pris entre les deux.
Le jeune jumeau, fils d'une vendeuse de maïs, n'était ni combattant ni militant, selon les informations disponibles. Sa mort, comme celle de ses deux compagnons, rappelle que dans cette guerre, les civils paient le prix.
Trois questions restent sans réponse. Qui sont les deux autres victimes ? Qui a tué ? Et pourquoi les corps ont-ils été déposés sur ce terrain ?
Les autorités camerounaises n'ont pas communiqué. La police et la gendarmerie n'ont pas confirmé l'ouverture d'une enquête. Les familles attendent.
Au marché de Muea, la mère du jeune jumeau n'est pas retournée vendre son maïs ce lundi. Ses voisins disent qu'elle est prostrée. Le quartier, lui, se demande si d'autres corps seront découverts demain.
Combien de personnes ont été tuées à Muea ?
Trois jeunes hommes ont été retrouvés morts ce lundi 5 octobre 2026 sur le terrain d'une école catholique.
Qui sont les victimes ?
L'une des victimes a été identifiée comme le fils d'une vendeuse de maïs du marché de Muea. Il était jumeau. Les deux autres n'ont pas été identifiés.
Comment sont-ils morts ?
Les corps présentaient des blessures compatibles avec des impacts de balles, selon MMI News. Des marques sur les mains suggèrent un ligotage, selon une source locale. Les autorités n'ont pas confirmé ces informations.
Les autorités ont-elles réagi ?
Aucun communiqué officiel n'a été publié au moment où nous écrivons ces lignes. La police et la gendarmerie n'ont pas confirmé l'ouverture d'une enquête.