Tower Resources vient d'obtenir une prolongation d'un an du permis pétrolier Thali, au large de Bakassi. Le forage de NJOM-3 est désormais visé au deuxième trimestre 2027, dans un contexte d'exploration camerounaise en chute libre.**

Onze ans. C'est le temps qu'il aura fallu pour obtenir une simple prolongation. Et le puits, lui, n'est toujours pas foré.

MINMIDT : le feu vert administratif est arrivé

Tower Resources a confirmé lundi 5 octobre 2026 avoir reçu du ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique (MINMIDT) les documents officiels prolongeant la période initiale d'exploration du permis Thali d'un an supplémentaire.

L'échéance est désormais fixée au 2 octobre 2027. La compagnie britannique espère que les prochaines étapes l'approbation formelle du MINMIDT et la finalisation de la cession de 42,5 % à Prime Global Energies seront bouclées rapidement. Mais elle refuse de s'engager sur un calendrier précis.

« Nous ne pouvons pas être spécifiques sur le timing », écrit la compagnie dans son communiqué. Une prudence qui en dit long sur les mois perdus.

NJOM-3 : le puits qui doit tout changer

L'objectif est clair : forer le puits NJOM-3 sur la structure de Njonji, dans le bloc Thali. Tower vise un début de forage au deuxième trimestre 2027.

Ce puits doit tester deux choses. D'abord, les réservoirs déjà identifiés lors des précédents forages d'exploration. Ensuite, des formations repérées grâce aux données sismiques 3D mais jamais confirmées par un forage.

Les résultats de NJOM-3 seront déterminants. Si le puits confirme les attentes, Tower prévoit de le suspendre et de revenir en 2028 pour forer plusieurs puits de production. La production démarrerait alors simultanément via une unité mobile de production pétrolière (MOPU).

Prime Global Energies : la clé du financement

Le calendrier de Tower dépend en partie de Prime Global Energies. La cession de 42,5 % du permis Thali à cette société est assortie d'une contribution d'environ 5 millions USD au premier programme de forage, soit près de 3 milliards FCFA, selon les termes annoncés en janvier 2026.

Cette cession a déjà reçu l'approbation du président de la République. L'information a été transmise au Premier ministre, puis à la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et au MINMIDT.

Mais les documents définitifs ne sont pas encore signés. Et Tower, qui affichait une trésorerie de 66 583 dollars au 30 juin 2026, a besoin de ce partenariat pour financer le forage.

Un permis attribué en 2015, aucun puits foré depuis

Le contrat de partage de production Thali a été signé le 15 septembre 2015 avec la SNH, dans les bureaux de la société nationale à Yaoundé.

Le calendrier initial prévoyait l'acquisition de données sismiques 3D dès 2016, puis le forage des premiers puits en 2017 et 2018. Onze ans plus tard, aucun puits n'a été foré dans le cadre de ce permis.

Tower évoque des « retards » sans les détailler. La compagnie parle de « long-awaited news », une « nouvelle attendue depuis longtemps », dans son communiqué. Une formulation qui trahit la frustration.

Exploration au Cameroun : la chute libre

Le retard de Thali s'inscrit dans un contexte plus large. Selon les données de la SNH, les investissements consacrés à l'exploration ont reculé de 18,3 % en 2024, pour s'établir à 254,9 millions USD.

Cinq puits seulement ont été forés cette année-là : quatre puits de développement et un puits d'appréciation. Tous dans le bassin du Rio del Rey.

La production pétrolière nationale est passée de 64 000 barils par jour en 2023 à 61 000 en 2024, puis à environ 54 000 barils par jour en 2025. Le champ Oak, dans le Rio del Rey, est cité par la SNH comme l'un des responsables de cette baisse, avec « la diminution du rendement » et « plusieurs arrêts sur des plateformes ».

Le solde transférable au Trésor par la SNH est passé de 516,3 milliards FCFA en 2024 à 364,6 milliards en 2025. Une chute de près de 30 % en un an.

Que peut-on attendre de NJOM-3 ?

Si le puits confirme les réservoirs identifiés, Thali pourrait entrer en production dès 2028. La proximité du permis avec des champs pétroliers déjà exploités dont certains datent de 1977 limite les besoins en nouvelles infrastructures et faciliterait la mise en production.

Mais Tower reste prudent. La compagnie ne parle que d'une hypothèse : « Si le puits NJOM-3 confirme les attentes actuelles ».

Aucune estimation de réserves n'a été communiquée. Aucun calendrier de production n'est garanti. Et la question du financement complet du programme reste ouverte.

Une chose est sûre : après onze ans d'attente, le Cameroun n'a pas foré un seul puits sur ce permis. Et il faudra attendre encore au moins un an et demi pour savoir si Thali vaut vraiment quelque chose.

Contexte

  •  « Cameroun : la production pétrolière baisse encore en 2025 » 
  •  « Thali : pourquoi le permis attribué en 2015 reste sans forage »
  •  « SNH : les investissements pétroliers chutent de 30 % en 2024 »