Times TV présente ses regrets au MRC après des propos outrageants sur son antenne. La chaîne reconnaît une ambiguïté sur Willy Mengue et promet plus de rigueur.
Un communiqué de 48 heures plus tard, des excuses ciblées, et une question qui reste en suspens : la chaîne de Joël Nkouemo a-t-elle cédé à la pression ou corrigé une faute réelle ?
Times TV a présenté ses regrets au Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) dans un communiqué publié le 20 octobre 2026, au lendemain d’un communiqué du parti qui menaçait de saisir le CNC et la justice. La chaîne reconnaît que des « propos outrageants » et des « attaques personnelles » ont été tenus sur son antenne, et admet une ambiguïté dans la présentation de Willy Mengue comme « homme politique MRC ». Mais derrière les excuses, une question dérange : pourquoi avoir laissé le débat déraper pendant des semaines avant de réagir ?
Une chaîne jeune, une opposition sous tension
Times TV n’a pas un an. Lancée au début de l’année 2026 par le Groupe Saint-Christophe, propriété de l’homme d’affaires Joël Nkouemo, la chaîne a été présentée comme une offre « axée sur l’actualité » et les magazines. Francis Bonga en assure la direction générale ; Parfait Ayissi, figure connue du paysage audiovisuel camerounais, présente « Débattons ».
Le MRC, lui, traverse une séquence agitée. Maurice Kamto a démissionné de la présidence du parti le 8 septembre 2026. Tiriane Balbine Noah a assuré l’intérim, puis a été élue présidente lors de la convention extraordinaire du 17 octobre avec 96 % des voix.
C’est dans ce climat que l’émission « Débattons » du dimanche 18 octobre a reçu Willy Mengue. Sur l’affiche, la mention « homme politique MRC ». Problème : Willy Mengue avait été exclu du parti en juin 2026, selon le MRC.
Les faits : ce que la chaîne reconnaît noir sur blanc
Le communiqué de Times TV ne noie pas le problème. La chaîne « présente ses regrets aux responsables du MRC visés par des propos outrageants et des attaques personnelles au cours de certaines de ses émissions ». Elle reconnaît sa « responsabilité dans l’encadrement des échanges diffusés sur ses antennes » et annonce trois mesures : renforcer la vigilance des équipes en direct, exiger systématiquement des preuves face à toute accusation, et « intervenir fermement et immédiatement en cas d’attaques personnelles ou de dérives verbales ».
Sur Willy Mengue, la chaîne admet une « ambiguïté initiale » : la mention sur l’affiche « pouvait laisser penser qu’il intervenait au nom du parti ». Le présentateur l’a bien interrogé en direct sur son affiliation. L’invité a répondu se réclamer du « MRC originel ». « Cette déclaration exprimait son propre positionnement et ne permettait pas de le considérer comme un représentant mandaté du MRC », écrit la chaîne.
Times TV refuse en revanche l’étiquette de « média de haine ». « Accueillir un invité n’équivaut pas à cautionner ses propos », insiste la direction, qui réaffirme que « les portes de Times TV sont ouvertes à tout représentant dûment désigné par le MRC ».
Ce que le MRC reproche, et que les excuses ne règlent pas
Le communiqué du MRC, signé Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint, ne se limitait pas à l’affaire Mengue. Il visait aussi des propos tenus en septembre 2026 dans l’émission « On marche sur la capitale » par le chroniqueur Serge Olama Oyebe Serge Mathias. Selon le MRC, Olama a porté atteinte à la dignité de Maurice Kamto, traité Olivier Bibou Nissack de « déséquilibré », et qualifié le Pr Alain Fogue Tedom de « terroriste » et de « tribaliste ». Le parti affirme que ces accusations « graves et infondées » ont été « relayées par M. Francis Bonga Bertrand, directeur de la chaîne, et n’ont fait l’objet d’aucun recadrage ».
Le MRC demandait au Conseil national de la communication (CNC) et à la justice de « faire toute la lumière ». Il dénonçait aussi ce qu’il appelle la « complaisance de l’État » face à des « médias Mille Collines » et des « médias de la haine ». Sur ce point précis, les excuses de Times TV ne répondent pas : la chaîne reconnaît des dérapages, mais conteste l’étiquette globale.
Nous avons tenté de joindre le secrétariat national à la communication du MRC le 21 octobre dans l’après-midi pour savoir si le parti juge les excuses suffisantes. Sans réponse au moment d’écrire ces lignes.
Pourquoi céder, et pourquoi maintenant
Le timing n’est pas anodin. Le communiqué du MRC tombe le 20 octobre. Celui de Times TV suit « quelques heures plus tard », selon Médiatude. Deux lectures possibles.
La première est défensive : le MRC menaçait de poursuites et de saisine du CNC. Or le CNC a montré ces derniers mois qu’il savait sanctionner. Le 29 septembre 2026, il a suspendu Vision 4 pour un mois, avant que le tribunal administratif de Yaoundé n’annule la sanction le 1er octobre. Un feuilleton qui a affaibli la crédibilité du régulateur, mais qui rappelle qu’une plainte peut coûter cher en temps, en image et en énergie.
La seconde lecture est éditoriale. Times TV est une chaîne jeune, en construction, qui cherche sa place sur le bouquet et dans le paysage. Une confrontation frontale avec le principal parti d’opposition, sur une accusation de « média de haine », n’est pas un bon investissement. S’excuser sur le fond les attaques personnelles tout en défendant la liberté de débat, c’est acheter la paix sans reconnaître une ligne politique.
Reste une zone d’ombre. Le communiqué de Times TV reconnaît des « attaques personnelles » sans jamais nommer Serge Olama ni citer les propos exacts. C’est une excuse au périmètre flou : assez large pour apaiser, assez vague pour ne pas désigner de coupable en interne.
Au-delà de Times TV
L’affaire dépasse une chaîne et un parti. Elle pose une question que le Cameroun n’a pas fini de trancher : où s’arrête le débat contradictoire, où commence la diffamation tolérée en direct ?
Le MRC a déjà annoncé, dans d’autres dossiers, son intention de traîner des médias devant les tribunaux. Times TV n’est pas la première cible, et ne sera probablement pas la dernière. Pour les rédactions, le signal est clair : inviter un « ancien » ou un « dissident » qui se réclame d’un parti sans en être un représentant officiel n’est pas neutre. L’affiche engage le média.
Pour le CNC, l’affaire est un test de crédibilité supplémentaire. Après l’annulation de la sanction contre Vision 4, le régulateur doit montrer qu’il peut traiter un dossier politiquement sensible sans être désavoué par la justice administrative.
Times TV dit avoir « pris au sérieux » les préoccupations du MRC. Le MRC, lui, n’a pas encore dit si les excuses suffisaient. Contacté, le parti n’avait pas répondu à notre sollicitation au moment de publier.
Une chose est certaine : la chaîne a promis de « recadrer » et de « demander des preuves ». La prochaine émission « Débattons » dira si la promesse tient devant les caméras. D’ici là, une question circule dans les rédactions de Yaoundé et de Douala : faut-il s’excuser à chaque fois qu’un invité dérape, ou faut-il couper le micro avant ?
Times TV a-t-elle vraiment présenté des excuses au MRC ?
Oui. Dans un communiqué publié le 20 octobre 2026, la chaîne « présente ses regrets aux responsables du MRC visés par des propos outrageants et des attaques personnelles au cours de certaines de ses émissions ».
Pourquoi Willy Mengue a-t-il créé la polémique sur Times TV ?
Il a été présenté sur l’affiche de « Débattons » comme « homme politique MRC » alors que le MRC affirme l’avoir exclu depuis juin 2026. La chaîne reconnaît une « ambiguïté » et dit regretter « le manque de clarté » de la présentation initiale.
Qu’est-ce que le MRC reproche exactement à Times TV ?
Deux choses : avoir laissé le chroniqueur Serge Olama tenir des propos jugés diffamatoires contre Maurice Kamto, Olivier Bibou Nissack et Alain Fogue Tedom en septembre 2026, et avoir invité Willy Mengue sans préciser qu’il n’était plus un représentant officiel du parti.
Times TV risque-t-elle une sanction du CNC ?
Le MRC a saisi le CNC et la justice. Aucune décision n’a été rendue publique à ce jour. Le dossier reste ouvert.