Le Brésil proclame les résultats de ses 160 millions d’électeurs le jour du scrutin. Le Cameroun attend jusqu’à 15 jours pour environ 8 millions de votants. Derrière ce décalage, une mécanique institutionnelle et un soupçon tenace : celui de résultats fabriqués loin des urnes.

Il y a des questions qui ne se posent même plus. Elles sont là, tapies dans les conversations de bar, dans les commentaires Facebook, dans les échanges WhatsApp. « Pourquoi ils mettent deux semaines ? Qu’est-ce qu’ils fabriquent pendant ce temps ? » La question n’est pas nouvelle. Mais elle revient à chaque élection avec la même charge. Et cette fois, la comparaison avec le Brésil est sortie des cercles militants pour devenir un argument de débat public.

Le cadre légal, ce qu’il dit vraiment

L’article 137 du Code électoral camerounais est clair : le Conseil constitutionnel « arrête et proclame les résultats de l’élection présidentielle dans un délai maximum de quinze (15) jours à compter de la date de clôture du scrutin ». Ce n’est donc pas une pratique informelle. C’est une disposition légale, connue, assumée.

Mais le texte dit « maximum ». Il ne dit pas « obligatoire ». Rien n’empêche, en théorie, une proclamation plus rapide. En 2018, le scrutin a eu lieu le 7 octobre. Les résultats ont été proclamés le 22 octobre, soit 15 jours plus tard. En 2025, le vote s’est tenu le 12 octobre. Le Conseil constitutionnel a proclamé les résultats le 27 octobre, de nouveau 15 jours après. À chaque fois, le délai maximal a été utilisé jusqu’au bout.

Ce n’est pas un détail. C’est un choix.

Ce que le calendrier révèle

Le Brésil, lui, n’a pas ce problème. Le Tribunal supérieur électoral (TSE) brésilien proclame les résultats le jour même du scrutin. Alexandre de Moraes, ancien président du TSE, l’a répété : le Brésil est « la seule démocratie au monde qui apure et divulgue les résultats électoraux le jour même, avec agilité, sécurité, compétence et transparence ». En 2022, le second tour a eu lieu le 30 octobre. Les résultats ont été connus dans la soirée. Le TSE a proclamé Lula élu dans les jours qui ont suivi, après vérification des recours techniques, mais le verdict des urnes, lui, était déjà public.

Le contraste est frappant. Le Brésil compte environ 160 millions d’électeurs. Le Cameroun en compte environ 8 millions. Le premier donne les tendances lourdes en quelques heures, les résultats définitifs dans la nuit. Le second attend deux semaines.

« Dans un pays comme le Brésil où on a près de 147 millions de votants, on obtient le résultat le soir même de l’élection, » notait dès 2018 l’économiste camerounais Joseph Lea Ngoula, cité par la DW.

« Au Cameroun, avec seulement trois millions et demi de personnes, on se retrouve à attendre quinze jours. Il faut comprendre donc qu’entre le jour de l’élection et le jour de la proclamation des résultats, on laisse largement le temps pour que la fraude puisse avoir lieu ».

Cette phrase n’est pas une preuve. C’est un constat. Et ce constat, beaucoup de Camerounais le partagent.

Pourquoi cette lenteur est structurelle, pas accidentelle

Le problème n’est pas seulement le délai. C’est ce qui se passe pendant le délai.

Le processus de compilation des résultats au Cameroun passe par plusieurs niveaux. Les commissions départementales supervisent le comptage. La commission nationale de recensement général compile. Le Conseil constitutionnel, enfin, arrête et proclame. Chaque étape est une porte. Chaque porte peut être forcée.

« La possibilité de frauder est très importante, elle est très large, » affirmait Louis Kemayou, économiste camerounais, dans le même reportage de la DW en 2018.

Le Conseil constitutionnel lui-même n’est pas perçu comme un arbitre neutre. Ses membres sont nommés par le président de la République. En 2025, l’opposition a dénoncé un organe « profondément intégré à l’establishment au pouvoir » et a refusé de reconnaître sa légitimité. Le Conseil a rejeté toutes les pétitions contestant les résultats, sans exception.

Est-ce une preuve de manipulation ? Non. C’est un faisceau d’indices qui, cumulés, rendent la confiance difficile.

Ce que le doute produit dans le corps social

Les élections de 2018 et 2025 ont toutes deux été suivies de contestations. En 2018, 18 pétitions ont été déposées. Toutes rejetées. En 2025, l’opposition a publié des vidéos de fraudes présumées. Des manifestations ont éclaté après la proclamation. L’Union africaine a félicité Paul Biya pour sa réélection tout en exprimant sa « grave préoccupation » face à la répression des manifestants.

Le Chatham House, think tank britannique, a résumé la situation en octobre 2025 : l’élection « n’a pas été fluide » et les pétitions ont allégué de « graves irrégularités », y compris des tentatives de bourrage d’urnes. L’organisation n’a pas validé la thèse d’une inversion des résultats. Elle a documenté un climat.

Ce climat a un coût. Il érode la légitimité des institutions. Il pousse une partie de la population à considérer le vote comme un rituel sans conséquence. Et il transforme chaque élection en test de résistance pour un pays qui, demain, devra organiser une succession.


Pourquoi le Cameroun met-il 15 jours à donner les résultats ?
Le Code électoral fixe un délai maximum de 15 jours au Conseil constitutionnel pour arrêter et proclamer les résultats. Ce délai est utilisé pour examiner les recours et compiler les procès-verbaux. En pratique, il a été utilisé jusqu’au bout en 2018 et en 2025.

Le Brésil fait-il vraiment mieux ?
Oui, en termes de rapidité. Le Brésil proclame les résultats le jour même, avec un corps électoral vingt fois plus important. Le système électronique brésilien permet une centralisation quasi instantanée. Le Cameroun fonctionne avec un système papier, remonté par étapes.

Les résultats officiels camerounais sont-ils truqués ?
C’est une allégation, pas un fait établi. Le Conseil constitutionnel a rejeté tous les recours. Les observateurs internationaux n’ont pas validé la thèse d’une inversion. Mais le délai et l’absence de transparence sur la compilation nourrissent un doute que les institutions n’ont pas dissipé.

Le délai peut-il être raccourci ?
Juridiquement, oui. Le texte dit « maximum ». Politiquement, non. Aucune réforme du Code électoral n’a été adoptée pour réduire ce délai ou introduire une transmission électronique des résultats.