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MRC vs Times TV : le parti menace de poursuivre la chaîne

Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) accuse Times TV d’avoir laissé prospérer des propos diffamatoires contre ses cadres et réclame l’intervention du CNC et de la justice. Une escalade qui met à l’épreuve la régulation médiatique camerounaise.

Le MRC ne compte pas en rester là. Mardi 20 octobre 2026, le parti de Tiriane Balbine Noah a publié un communiqué signé Roger Justin Noah, annonçant son intention de traîner Times TV devant les tribunaux. En cause : des propos tenus à l’antenne contre Maurice Kamto, Olivier Bibou Nissack et Alain Fogué Tedom. Le parti ne vise pas seulement l’intervenant. Il met aussi en cause la responsabilité éditoriale de la chaîne et de son directeur. Une affaire qui tombe à un moment charnière pour le MRC, tout juste remis de la démission de son fondateur historique.

Le communiqué qui a mis le feu

Tout part d’un document de deux pages. Un communiqué officiel du MRC, daté du 20 octobre 2026, signé Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint n°1 et responsable de la communication par intérim. Le texte commence par une phrase qui ne laisse aucune place au doute : le parti « condamne avec la plus grande fermeté la diffamation sur les plateaux et la complaisance médiatique ».

Le MRC vise deux séquences distinctes, toutes deux diffusées sur Times TV.

La première remonte à septembre 2026. Dans l’émission « On marche sur la capitale », un intervenant, Serge Mathias Olama Oyebe, aurait tenu des propos « portant atteinte à la dignité du professeur Maurice Kamto », ancien président national du parti. Le même Olama aurait qualifié Olivier Bibou Nissack de « déséquilibré ». Puis, dans une autre édition de la même émission, il s’en serait pris à Alain Fogué Tedom, le traitant de « terroriste » et de « tribaliste », et l’accusant d’avoir « organisé la cabale de bout en bout contre Cabral ».

Le MRC ne s’arrête pas à l’intervenant. Il épingle aussi la chaîne. Dans son communiqué, le parti affirme que ces accusations « ont été relayées par M. Francis Bonga Bertrand, directeur de la chaîne, et n’ont fait l’objet d’aucun recadrage de la part du présentateur ». Une manière de dire que Times TV n’est pas un simple tuyau. Que la chaîne a une responsabilité.

La seconde séquence est plus récente. Dimanche 18 octobre 2026, l’émission « Débattons », présentée par Parfait Ayissi, reçoit Willy Mengue. Problème : pour le MRC, Willy Mengue n’est plus membre du parti depuis juin 2026.

« En invitant M. Willy Mengue, prétendument membre du MRC alors qu’il est de notoriété publique qu’il a été exclu du parti depuis juin 2026, Parfait Ayissi a offert une tribune à celui qui attaque systématiquement le MRC », écrit le parti.

Contacté par téléphone, un cadre du MRC qui n’était pas autorisé à parler officiellement résume : « On ne demande pas à une chaîne de nous aimer. On lui demande de ne pas servir de caisse de résonance à des règlements de comptes. » 

Ce que le MRC demande exactement

Le communiqué ne se limite pas à dénoncer. Il formule des demandes précises.

Le parti réclame d’abord l’intervention du Conseil national de la communication (CNC). Ensuite, celle de la justice. Enfin, celle du gouvernement, à travers le ministère de la Communication. L’objectif affiché : que « les responsabilités soient établies ».

Une phrase du communiqué circule déjà sur les réseaux sociaux : « Que l’on cesse de confondre liberté d’expression et liberté de diffamer ». Elle résume la position du parti. Pour le MRC, ce qui s’est passé sur Times TV n’est pas du débat. C’est de l’attaque personnelle. Et l’attaque personnelle, dit-il, ne bénéficie d’aucune immunité.

Le parti rappelle aussi un principe simple : les preuves se présentent devant les tribunaux. Sous-entendu : si Olama a des éléments contre Fogué Tedom ou contre Kamto, qu’il les produise. Pas à la télévision. Devant un juge.

Pourquoi cette affaire tombe mal pour tout le monde

Le timing n’est pas anodin. Le communiqué du MRC arrive deux jours après un congrès qui a porté Tiriane Balbine Noah à la présidence du parti. Maurice Kamto a démissionné en septembre 2026 après quatorze ans à la tête du mouvement. Le MRC est donc en transition. Et un parti en transition est un parti qui doit prouver qu’il tient encore debout.

Pour certains observateurs, cette offensive médiatique n’est pas seulement une question de principe. C’est aussi un signal interne. « Un parti qui attaque les médias, c’est un parti qui montre à ses militants qu’il protège ses figures », analyse un politologue camerounais joint par WhatsApp, qui requiert l’anonymat pour parler librement. « C’est une manière de dire : on est toujours là, on ne laisse rien passer. »

Mais l’affaire embarrasse aussi au-delà du MRC. Elle pose une question que le Cameroun contourne depuis des années : qui contrôle ce qui se dit sur les plateaux ? Le CNC existe. Il a déjà sanctionné. En 2025, il a rendu 19 décisions contre des journalistes et des organes de presse, dont 7 suspensions temporaires. Mais le même CNC a été critiqué pour son refus de traiter les plaintes du MRC pour diffamation, renvoyant implicitement le parti vers les tribunaux ordinaires.

Autrement dit : le MRC sait déjà que le CNC ne lui donnera peut-être pas raison. Et il le dit quand même. Pourquoi ? Parce que la plainte n’est pas seulement juridique. Elle est politique.

Le précédent qui hante le débat

Cette affaire n’est pas la première du genre. En mai 2025, une plainte du MRC avait déjà été rejetée par le CNC, qui avait invoqué son manque de compétence juridique pour traiter les cas de diffamation. Le message était clair : la diffamation, ce n’est pas notre affaire. Allez voir un juge.

Depuis, le paysage médiatique camerounais n’a pas vraiment changé. Il s’est même tendu. En septembre 2026, le CNC a suspendu temporairement la chaîne Vision 4, une décision dénoncée par le groupe L’Anecdote comme un « acharnement » et une atteinte à la liberté de la presse. Le Cameroun a reculé à la 133e place du classement mondial de la liberté de la presse en 2026, contre 131e en 2025. Le pays reste, selon Reporters sans frontières, « l’un des plus dangereux du continent pour les journalistes ».

Dans ce contexte, l’offensive du MRC contre Times TV peut se lire de deux manières. Soit comme une tentative légitime de faire respecter le droit. Soit comme une pression supplémentaire sur des médias déjà sous tension. Les deux lectures ne sont pas incompatibles.

Ce que dit le droit (et ce qu’il ne dit pas)

La diffamation, en droit camerounais, est définie par le Code pénal et la loi de 1990 sur la liberté de la presse. Elle suppose une allégation ou une imputation qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne. Les peines peuvent aller jusqu’à l’emprisonnement et à de lourdes amendes.

Mais le diable est dans les détails. La diffamation suppose une intention. Et elle suppose que les faits soient faux. Si Olama a qualifié Fogué Tedom de « terroriste », il ne s’agit pas d’une opinion. C’est une accusation factuelle. Et une accusation factuelle doit être prouvée. C’est exactement ce que le MRC demande : que les preuves soient produites devant un juge.

Reste une question que le communiqué ne tranche pas : le MRC va-t-il réellement porter l’affaire en justice ? Le texte annonce des poursuites. Il ne fournit pas de date. Il ne nomme pas d’avocat. « Ils devront un jour répondre de leurs actes devant des tribunaux indépendants », prévient le parti. « Un jour » n’est pas une date. Et dans le monde juridique, « un jour » signifie souvent « jamais ».

Ce qui se joue derrière l’écran

L’affaire dépasse le cas Times TV. Elle pose une question que tout le monde contourne : à quoi sert le CNC ? L’organe a le pouvoir de suspendre, de sanctionner, de rappeler à l’ordre. Mais il est aussi une institution politique, nommée par le pouvoir. Et son refus de traiter les plaintes du MRC en 2025 a laissé des traces.

Pour le MRC, le CNC n’est pas un recours neutre. C’est un arbitre dont la neutralité est contestée. D’où la double saisine : le CNC et la justice. Le parti ne mise pas sur une seule institution. Il en actionne deux. Et il laisse entendre que si l’une ne fait rien, l’autre devra bien se prononcer.

C’est une stratégie qui dit quelque chose du rapport de force. Le MRC ne croit pas que le CNC agira. Il le dit sans le dire. Et il prépare le terrain pour un procès qui, s’il a lieu, fera date.

Le communiqué du MRC est daté du 20 octobre. À l’heure où nous écrivons, aucune procédure n’a été officiellement enregistrée au tribunal de première instance de Douala-Bonanjo, selon nos vérifications. Le CNC n’a pas publié de communiqué sur cette affaire.

Times TV n’a pas répondu à nos sollicitations. Le directeur de la chaîne, Bertrand Francis Bonga, n’a pas pris la parole publiquement depuis la publication du communiqué.

Une chose est sûre : le MRC a choisi son terrain. Pas celui de la rue. Pas celui des réseaux sociaux. Celui du droit. Reste à savoir s’il ira jusqu’au bout. Et si les tribunaux camerounais, dans un contexte de recul documenté de la liberté de la presse, se saisiront d’une affaire qui oppose un parti d’opposition à une chaîne de télévision.

La réponse ne viendra pas des plateaux. Elle viendra des tribunaux. Ou du silence.


Le MRC va-t-il vraiment poursuivre Times TV ?
Le parti annonce des poursuites dans son communiqué du 20 octobre 2026. Mais aucune date, aucun avocat et aucune procédure enregistrée n’ont été confirmés à ce stade. Il faut donc lire cette annonce comme une intention, pas comme un fait accompli.

Qu’est-ce que le CNC peut faire ?
Le Conseil national de la communication peut rappeler à l’ordre, suspendre temporairement une émission ou une chaîne, et infliger des sanctions. Mais il a déjà refusé de traiter une plainte du MRC pour diffamation en 2025, renvoyant le parti vers les tribunaux. Son champ d’action est donc limité par sa propre pratique.

Willy Mengue est-il toujours membre du MRC ?
Le MRC affirme qu’il a été exclu en juin 2026 et que son invitation sous l’étiquette MRC constitue une « complaisance médiatique ». Willy Mengue, de son côté, continue de se revendiquer du parti et conteste son exclusion. Cette contradiction n’a pas été tranchée publiquement à ce jour.

Pourquoi cette affaire est-elle importante au-delà du MRC ?
Parce qu’elle pose la question de la responsabilité éditoriale des médias camerounais. Si une chaîne peut laisser un invité qualifier quelqu’un de « terroriste » sans preuve ni recadrage, c’est tout le débat public qui est affecté. Et c’est la crédibilité des médias qui est en jeu.

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