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GéOPOLITIQUE

Pourquoi le procureur de Maduro a-t-il claqué la porte ?

Alors que le procès de Nicolás Maduro et Cilia Flores est fixé au 1er juin 2027, le départ soudain de Jason A. Richman du SDNY, à huit mois de l’audience, relance les spéculations sur l’avenir de l’accusation.

Jason A. Richman, procureur adjoint des États-Unis pour le district sud de New York, a demandé au juge Alvin K. Hellerstein d’être dessaisi de l’affaire Maduro. Il a quitté le parquet fédéral le 25 septembre 2026. Le procès de Nicolás Maduro et Cilia Flores, accusés de narco-terrorisme et de trafic de cocaïne, doit s’ouvrir le 1er juin 2027 à Manhattan.

Une page se tourne. Et personne, pour l’instant, ne sait qui va l’écrire à sa place.

Le départ qui tombe mal

Le document est court. Une page, à peine. Déposé au dossier sous le numéro 334, il indique que Jason A. Richman « ne sera plus employé par le parquet fédéral à compter du 25 septembre 2026 ». Le procureur fédéral de Manhattan, Jamie McDonald, a notifié le juge Hellerstein. Richman a demandé son retrait formel de l’affaire.

Aucune raison n’a été donnée. Aucune destination professionnelle n’a été révélée. Richman n’a pas commenté son départ.

Ce qu’on sait, en revanche, c’est ce qu’il représentait dans ce dossier. Richman était co-chef de l’Unité de sécurité nationale du SDNY, l’une des divisions les plus sensibles du parquet fédéral américain. Il suivait l’affaire Maduro depuis 2020, date de la première mise en accusation de l’ancien président vénézuélien par le département de la Justice.

Il avait aussi instruit des dossiers lourds contre d’autres dirigeants latino-américains. Le cas de l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, condamné aux États-Unis pour trafic de drogue, portait sa signature. Idem pour le frère de ce dernier, l’ancien député Juan Antonio « Tony » Hernández, et pour l’ex-chef de la police hondurienne Juan Carlos « El Tigre » Bonilla.

Autrement dit : Richman n’était pas un procureur interchangeable. Il portait une mémoire institutionnelle que les dossiers de papier ne remplacent pas.

Ce que l’affaire reproche à Maduro

Pour comprendre l’enjeu, il faut revenir aux faits. Le 3 janvier 2026, une opération des forces armées américaines capture Nicolás Maduro à Caracas. Il est transféré à New York le jour même, avec son épouse Cilia Flores. Depuis, il est détenu dans une prison de Brooklyn.

L’acte d’accusation de janvier 2026 vise Maduro et cinq autres personnes, dont son épouse, son fils Nicolás Ernesto Maduro Guerra, Diosdado Cabello Rondón, Ramón Rodríguez Chacín et Hector Rusthenford Guerrero Flores, présenté comme le chef présumé du Tren de Aragua.

Les charges retenues contre Maduro : conspiration de narco-terrorisme, conspiration d’importation de cocaïne et infractions liées aux armes. Cilia Flores fait face à trois chefs d’accusation. Les deux plaident non coupables.

Fait notable : la nouvelle inculpation a abandonné la référence au « Cartel des Soleils » comme organisation terroriste. Une décision que certains analystes ont lue comme un ajustement stratégique du ministère de la Justice, soucieux de sécuriser la solidité juridique de l’accusation.

La défense attaque, la procédure tremble

L’équipe de Maduro ne s’est pas contentée de plaider l’innocence. Elle a attaqué la légitimité même de la procédure.

Premier argument : l’immunité. Le 2 septembre 2026, la défense a déposé une requête en annulation de toutes les charges, au motif que Maduro est chef d’un État étranger et que les actes qui lui sont reprochés relèvent de ses fonctions officielles.

Deuxième argument : la légalité de la capture. Les avocats de Maduro invoquent un traité d’extradition signé en 1922 entre les États-Unis et le Venezuela. Selon leur lecture, ce texte impose un arbitrage international préalable avant toute poursuite pénale. Si une instance internationale concluait que la capture a violé le traité, Washington serait tenu de libérer Maduro avant de continuer.

Nous n’avons pas pu obtenir de commentaire de l’équipe de défense sur ce point précis avant publication. Le tribunal n’a pas encore statué sur cet argument.

Troisième front : le financement de la défense. Pendant des mois, Maduro et Flores ont soutenu qu’ils ne pouvaient pas payer leurs avocats avec leurs fonds propres. Les sanctions américaines contre le Venezuela bloquaient tout paiement depuis Caracas. En avril 2026, le juge Hellerstein a accepté les licences modifiées de l’OFAC autorisant le gouvernement vénézuélien à couvrir les frais de représentation légale du couple.

Mais cet épisode a laissé des traces. Il a nourri l’argument de la défense selon lequel la procédure était viciée dès le départ.

Ce que le départ de Richman change

Revenons à la question qui brûle toutes les lèvres : est-ce grave ?

La réponse honnête est : on ne sait pas encore. Et quiconque prétend le contraire vend une hypothèse pour un fait.

Ce que le document judiciaire établit, c’est que Richman n’est plus employé par le parquet. Il ne dit ni que l’accusation s’effondre, ni que le procès sera reporté, ni que Richman a claqué la porte en désaccord avec sa hiérarchie. Le SDNY reste en charge du dossier.

Ce que le départ implique, en revanche, c’est une perte de continuité. Richman connaissait les zones grises du dossier. Les pièces fragiles. Les témoins qu’on ne rappelle pas deux fois. Ce genre de connaissance ne se transmet pas dans une note de service.

Un ancien procureur fédéral que nous avons contacté, et qui a requis l’anonymat car il n’est pas autorisé à commenter l’affaire, résume la situation ainsi : « Perdre un superviseur à huit mois d’un procès de cette envergure, ce n’est jamais anodin. Ce n’est pas forcément dramatique. Mais ça oblige à repenser la répartition du travail, et parfois à repousser des décisions stratégiques. »

Trois scénarios circulent dans les couloirs du SDNY. Aucun n’est confirmé.

Scénario 1 : la continuité. Un autre procureur reprend le dossier sans délai. Le procès tient sa date. L’accusation ne faiblit pas.

Scénario 2 : le report. La transition demande du temps. La défense en profite pour multiplier les recours. Le 1er juin 2027 devient une ligne mouvante.

Scénario 3 : le signal. Le départ de Richman traduit un désaccord interne sur la solidité du dossier. Une hypothèse que rien, à ce stade, ne permet d’étayer.

Nous avons tenté de joindre le bureau du procureur fédéral de Manhattan pour connaître l’identité du nouveau responsable du dossier. Sans réponse à l’heure où nous écrivons.

Une chose est sûre : l’affaire Maduro n’est pas un dossier ordinaire. C’est la première fois qu’un président latino-américain en exercice est jugé aux États-Unis pour narco-terrorisme. Le précédent le plus proche reste Manuel Noriega, l’ancien homme fort du Panama, condamné en 1992 pour trafic de drogue. Trente-quatre ans plus tard, le monde a changé. Mais la question reste la même : jusqu’où un tribunal américain peut-il juger un chef d’État étranger ?

Le départ de Richman ne répond pas à cette question. Il la rend seulement plus urgente.


Jason Richman a-t-il démissionné parce qu’il désapprouvait l’accusation ?
Aucune information publique ne permet de l’affirmer. Le document judiciaire ne mentionne ni désaccord, ni conflit. Richman n’a pas commenté.

Le procès du 1er juin 2027 est-il maintenu ?
À ce jour, oui. Le juge Hellerstein n’a pas modifié la date. Rien n’indique officiellement un report.

Qui va reprendre le dossier ?
Le nom n’a pas été communiqué. Le SDNY reste en charge de l’affaire. Le procureur fédéral de Manhattan, Jamie McDonald, supervisera la transition.

Pourquoi Richman est-il parti du parquet ?
Les raisons de son départ n’ont pas été rendues publiques. Il a quitté ses fonctions le 25 septembre 2026 et n’a pas révélé son prochain poste.

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