Paul Atanga Nji : Jusqu'où ira l'Homme Fort du Régime Biya dans la Répression Post-électorale ?
© Camer.be : Avec Jeune Afrique | 18 nov. 2025 17:38:05 | 3784La présidentielle camerounaise du 12 octobre 2025, loin de refermer le cycle politique, a plongé le pays dans une période de forte contestation post-électorale. Au cœur de cette tension, alors que l'opposition, menée par la revendication d'Issa Tchiroma Bakary, évoque une résistance organisée et des "opérations villes mortes", une figure ministérielle s'impose avec une autorité et une intransigeance sans pareilles : Paul Atanga Nji, Ministre de l'Administration Territoriale et de la Décentralisation (Minatd).
Surnommé le "dur à cuire" du régime, Paul Atanga Nji incarne la ligne dure du pouvoir face aux remous. Là où d'autres modérés prônent la temporisation, ce ministre clé tranche, utilise un verbe haut et un regard sombre pour faire appliquer l'ordre, quitte à étendre les limites de la loi. Depuis sa nomination en mars 2018, il a imposé une tutelle stricte sur les gouverneurs et les préfets, les transformant en instruments zélés de la politique de répression. Ce style offensif, bien que décrié par les critiques internes qui l'accusent d'attiser les braises, trouve sa source dans une investiture sans faille de Paul Biya lui-même.
L'étendue de son rôle est illustrée par la gravité des chiffres qu'il a lui-même reconnus : lors d'un déplacement à Douala, il a fait état d'un bilan de seize morts et de plus de 800 interpellations depuis le début de la contestation. Cet aveu, loin d'être un signe de prudence, met en lumière sa conception de l'ordre public et sa méthode forte. Il va même au-delà, imposant des limites à la liberté d'expression plus strictes que le cadre légal existant. L'exemple de l'élu Joseph Biyong, convoqué pour avoir affirmé la victoire d'Issa Tchiroma, est frappant : il rappelle que toute remise en question de l'ordre établi, même par des propos, est désormais passible de la "détention administrative" sur simple instruction du Minatd.
L'influence de Paul Atanga Nji s'est exercée de manière déterminante sur l'ensemble du processus électoral. Son fief du Nord-Ouest, une région pourtant frappée par la crise anglophone et le déplacement des populations, a enregistré un score "historique" et suspect de 86,31 % pour Paul Biya, soulevant des accusations de fraude. Au-delà des urnes, le ministre est accusé d'ingérence dans la vie des partis politiques, notamment par Cabral Libii, qui a dû mener une bataille judiciaire pour conserver le contrôle de son parti, et par Maurice Kamto dont la candidature a été invalidée suite à des manœuvres administratives troublantes. Ce poids politique croissant le positionne comme l'ultime gardien du régime.
Cette centralité soulève la question de l'avenir de ce "héros" pour le pouvoir. Alors que le poste de Premier ministre est traditionnellement attribué à un anglophone, l'ambition d'Atanga Nji est évoquée dans les couloirs du palais.
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