Marafa Hamidou Yaya prisonnier politique selon le Département d’État américain
© Avec Camer.be : René DASSIE | 08 juil. 2015 11:59:32 | 8390Marafa Hamidou Yaya n'est pas un prisonnier de droit commun comme l'ont toujours prétendu les autorités camerounaises, mais un prisonnier politique. Voilà ce qu'affirme le Département d’État américain, dans son rapport annuel sur la situation des droits de l'homme dans le monde. L'ancien ministre d’État camerounais chargé de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, en détention depuis trois dans une cellule de haute sécurité du Secrétariat d’État à la Défense de Yaoundé y est reconnu prisonnier politique. Comme dans les deux précédents rapports.
Le rapport 2015 est disponible depuis quelques jours sur le site officiel du gouvernement américain. Il constate une dégradation générale des droits de l'homme au Cameroun, dans le contexte de la lutte contre les islamistes de Boko Haram. Une guerre légitime, mais entachée de nombreuses exactions commises par les forces de sécurité à l'encontre des populations civiles.
Dans la section consacrée aux prisonniers et détenus politiques, le rapport parle d'absence de statistique, mais évoque des arrestations suivies de détentions plus ou moins au secret, dans des lieux de haute sécurité.
Une seule personnalité y est nommément citée, Marafa Hamidou Yaya, condamnée en 2012 à 25 ans de prison pour « complicité intellectuelle » de détournement de fonds alloués à l'achat de l'avion du président Paul Biya.
On sait que les avocats de l'ancien ministre ont toujours soutenu que ce chef d'accusation n'existe pas en droit camerounais, et que le juge avait dû l'inventer faute de mieux, face à la vacuité du dossier de leur client.
Le rapport du Département d’État ne dit pas autre chose.
« Marafa Hamidou Yaya qui a été condamné à 25 ans de prison en 2012 sur les accusations de corruption, à l'issue d'un procès souffrant du manque de preuves tangibles est resté en détention », peut-on y lire.
Le rapport signale également l'isolement du prisonnier, expliquant que le gouvernement camerounais empêcherait aux ONG d'avoir un accès régulier à l'ancien ministre.
Claire Soppo
Christiane Soppo Mbango, l'ancienne secrétaire particulière de M. Marafa, assassinée de manière effrayante en janvier 2014 à Yaoundé, est également citée par l'enquête du Département d’État
« Ses liens étroits avec M. Marafa, les circonstances violentes de son assassinat, l'enquête superficielle de la police, ont ensuite alimenté les spéculations sur les motivations politiques du meurtre », lit-on dans le document.
Le rapport relève qu'aucune enquête sérieuse n'a été diligentée à la suite de ce meurtre. Il mentionne toutefois l'arrestation, en juin 2014 à Yaoundé, d'un étudiant d'origine rwandaise, en possession du téléphone portable de Mme Soppo. Celui-ci qui avait expliqué avoir acheté l'appareil sur un marché de la capitale camerounaise avait été relâché au bout de quatre mois de détention provisoire. Trois autres personnes, qui lui auraient fourni le téléphone avaient à leur tour été interpellées.
M. Marafa attend toujours que la Cour suprême du Cameroun devant laquelle il a déposé un recours en annulation de sa condamnation réexamine son affaire. La haute juridiction qui avait six mois pour ce faire demeure silencieuse depuis trois ans. Les autorités camerounaises sont restées tout aussi silencieuses vis-à-vis de ses demandes plusieurs fois réitérées d'évacuation sanitaire, alors qu'il a été hospitalisé quatre fois à Yaoundé, sans pouvoir bénéficier de traitements adéquats.
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