Galax Etoga cité dans l’affaire Martinez Zogo
© Camer.be : Avec Serge Aimé Bikoi | 27 oct. 2026 11:15:00 | 336Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga accuse Galax Etoga et Martin Savom de menaces et d’une tentative d’assassinat. Récit d’une audience sous tension.
Le 36e témoin du ministère public a désigné, lundi 26 octobre 2026, le secrétaire d’État à la Défense Galax Etoga et l’accusé Martin Savom comme auteurs des pressions et de la tentative d’assassinat dont il dit avoir été victime.
Un colonel de gendarmerie accuse le secrétaire d’État à la Défense en charge de la gendarmerie et un accusé du procès Martinez Zogo. Le lieutenant-colonel Parfait Ayissi Nanga a livré, lundi 26 octobre 2026 devant le tribunal militaire de Yaoundé, une déposition qui nomme. Galax Etoga. Martin Savom. Et qui décrit, sans détour, une mécanique : l’arrestation, la pression, puis la tentative de meurtre.
Le tribunal a exigé des preuves. L’audience a été renvoyée à ce mardi. Mais entre-temps, une question s’est installée dans la salle : pourquoi un officier supérieur de la gendarmerie demande-t-il protection pour venir dire ce qu’il sait ?
Contexte
Martinez Zogo, directeur de la radio Amplitude FM, a été enlevé le 17 janvier 2023 devant un poste de gendarmerie à Yaoundé. Son corps a été retrouvé cinq jours plus tard, le 22 janvier, dans un terrain vague à Soa, en périphérie de la capitale. L’autopsie et les constats de Human Rights Watch ont documenté des traces de torture sévère : pied brisé, doigts sectionnés, traces de chocs électriques. L’affaire a été qualifiée d’« affaire d’État », impliquant des agents de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) et des figures de l’establishment politique et économique.
Le procès s’est ouvert en 2024 devant le tribunal militaire de Yaoundé. Dix-sept accusés comparaissent, parmi lesquels l’ancien patron de la DGRE, Léopold Maxime Eko Eko, l’ancien directeur des opérations Justin Danwe, et l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga. Martin Stéphane Savom, ancien maire de Bibey, figure également parmi les accusés. Il est présenté par plusieurs témoins comme la dernière personne à avoir échangé avec Martinez Zogo avant son enlèvement.
Le procès avance par à-coups. En juin 2026, des images de torture ont été projetées pour la première fois devant une salle sidérée. En octobre, l’audition d’un témoin clé, le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, chef du service central des recherches judiciaires de la gendarmerie, a été reportée à plusieurs reprises. Puis, le 13 octobre, un homme en uniforme de lieutenant-colonel a fait irruption dans la salle d’audience. Il a demandé la parole. Il a dit craindre pour sa vie. Son nom : Parfait Ayissi Nanga.
Ce que le 36e témoin a dit à la barre
L’audience du lundi 26 octobre a commencé tard. Le passage du lieutenant-colonel Bialo s’est achevé à 21 heures. Dix minutes plus tard, Parfait Ayissi Nanga a été identifié et a prêté serment. Il s’est présenté comme commandant en second du groupement territorial de gendarmerie du Sud, basé à Ebolowa. Interrogé sur son aptitude à témoigner, il a répondu par l’affirmative.
Le commissaire du gouvernement, André Eric Atemengue Omgba, lui a demandé s’il avait reçu la protection sollicitée. La réponse : « Je pense avoir reçu la protection du tribunal. J’ai fait l’objet de quelques actions répressives allant jusqu’à mon arrestation le 17 octobre. Mais heureusement pour moi, j’ai ressenti la main dissuasive de ce tribunal, une main bienveillante et protectrice qui, je l’espère bien, ne m’abandonnera pas après mon témoignage ».
Puis la question sur les noms. Ayissi Nanga a désigné, selon le compte-rendu de plusieurs médias, « Monsieur le secrétaire d’État à la défense », Galax Etoga, et Martin Savom, l’un des accusés. Au premier, il attribue une privation de liberté dont les motifs ne lui auraient jamais été communiqués. Au second, une tentative d’assassinat dans la nuit du 19 au 20 août 2026 à Ebolowa.
Le commissaire du gouvernement a exigé des éléments de preuve matérielle. Le témoin a poursuivi.
Arrestation, questions, et « perte de formalité »
Sur son interpellation du 17 octobre, Ayissi Nanga affirme avoir demandé quel magistrat ou quel officier de police judiciaire avait instruit la mesure. La réponse qui lui a été donnée, dit-il, est le nom du secrétaire d’État à la Défense en charge de la gendarmerie.
Il raconte ensuite son audition. Deux questions lui ont été posées : « Voulez-vous témoigner contre la gendarmerie ? Êtes-vous obligé d’aller témoigner ? » Et un commentaire : « C’est une perte de formalité ». Le colonel ajoute que ses explications sur la tentative d’assassinat d’Ebolowa ont été « banalisées en cœur par tous les enquêteurs ».
Une phrase, dans sa bouche, résume la situation : il a demandé à témoigner. On l’a arrêté. Les motifs ne lui ont jamais été communiqués.
La nuit d’Ebolowa et l’homme qui se disait « fils du SGPR »
Le récit de la tentative d’assassinat commence par une rencontre. Un certain « Dany », dont Ayissi Nanga dit ne pas connaître l’identité complète, l’aurait abordé en se présentant comme le fils du ministre d’État, secrétaire général de la Présidence de la République. L’homme prétendait pouvoir résoudre les problèmes auxquels l’officier faisait face depuis trois ans.
Dany lui propose un rendez-vous à Yaoundé, dans un appartement meublé où « son père » devait le recevoir en toute discrétion. Ayissi Nanga décline : il est alors assigné à résidence à Ebolowa, interdit de quitter la ville. Dany insiste. Il propose de venir à Ebolowa, dans la maison d’un militaire du BIR (Bataillon d’intervention rapide). Le colonel objecte qu’il n’y a pas de BIR à Ebolowa.
Puis, à minuit et demi, Dany le surprend : rendez-vous à l’hôtel Bengo. Ayissi Nanga y va. « J’ai été suivi par des motos. Certains qui me suivaient et d’autres qui jalonnaient mon itinéraire. Arrivé à l’hôtel, j’ai trouvé cet homme-là à la réception accompagné d’un individu armé qui s’est levé et m’a salué militairement. J’ai su, par la suite, que d’autres personnes avaient pris des chambres en haut ». Il affirme avoir été arrêté quatre jours après avoir demandé la protection du tribunal. Il affirme avoir été libéré sur instruction présidentielle, selon RFI.
Un procès devenu test pour l’État de droit
Le procès Martinez Zogo n’est plus seulement le procès de l’assassinat d’un journaliste. Il est devenu, audience après audience, le procès de la capacité du Cameroun à juger une affaire d’État sans que les témoins soient intimidés, les preuves enterrées et les commanditaires protégés.
L’interpellation du colonel Ayissi Nanga le 17 octobre, quatre jours après son appel à la protection, puis sa libération, envoie un double message. L’État peut arrêter un témoin clé. Il peut aussi le libérer. Entre les deux, il y a un signal : le pouvoir garde la main.
La question qui se pose désormais est simple. Le tribunal militaire entendra-t-il le colonel Ayissi Nanga jusqu’au bout ? Et si oui, ses déclarations seront-elles suivies d’effets, ou resteront-elles, comme tant d’autres dans cette affaire, des paroles sans conséquence ?
L’audience a été renvoyée à ce mardi 27 octobre 2026, à 10 heures, pour la suite de l’examination in chief du 36e témoin par le ministère public.
Martin Savom est-il condamné dans l’affaire Martinez Zogo ?
Non. Il est accusé et détenu dans le cadre du procès. Les accusations portées par Ayissi Nanga n’ont pas été jugées. La présomption d’innocence s’applique.
Qu’est-il reproché à Galax Etoga dans cette affaire ?
Le lieutenant-colonel Ayissi Nanga l’a désigné comme la personne ayant ordonné son arrestation du 17 octobre et comme étant à l’origine de pressions. Le commissaire du gouvernement a exigé des preuves matérielles. Aucune condamnation n’est intervenue.
Qui est Parfait Ayissi Nanga ?
Un officier supérieur de la gendarmerie camerounaise, commandant en second du groupement territorial de gendarmerie du Sud. Ancien membre de la commission mixte d’enquête sur l’assassinat de Martinez Zogo, il en aurait été écarté après avoir demandé des vérifications sur une coupure d’Internet ciblée.
Pourquoi dit-il craindre pour sa vie ?
Il affirme avoir été victime d’une tentative d’assassinat dans la nuit du 19 au 20 août 2026 à Ebolowa, et avoir été arrêté le 17 octobre, quatre jours après avoir demandé la protection du tribunal militaire de Yaoundé.
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