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Soweto et Durban en flammes : la colère anti-immigration explose

Afrique du Sud : 24 véhicules incendiés à Soweto et Durban, magasins étrangers pillés. Une décision sur l'asile a mis le feu aux townships.

Une décision de la Cour constitutionnelle sur l'asile a déclenché une vague de violences xénophobes à Soweto et Durban, où 24 véhicules ont été incendiés et des commerces étrangers pillés.

Dix véhicules incendiés à Soweto. Quatorze à Durban. Des magasins tenus par des étrangers pillés. Trois arrestations. Et une décision de justice sur l'asile qui a mis le feu aux poudres.

L'Afrique du Sud a basculé dans la violence jeudi. Des scènes que le pays connaît trop bien. Mais cette fois, le détonateur porte un nom : une décision de la Cour constitutionnelle.

La décision qui a tout déclenché

Tout part d'un arrêt. Rendu en juillet par la Cour constitutionnelle sud-africaine, la plus haute juridiction du pays. L'affaire : Scalabrini Centre of Cape Town contre le ministère de l'Intérieur.

La Cour a jugé inconstitutionnelles certaines dispositions de la loi sur les réfugiés. Celles qui empêchaient des demandeurs d'asile d'accéder au système simplement parce qu'ils étaient entrés dans le pays sans visa de transit, ou parce qu'ils n'avaient pas respecté les délais prescrits.

En clair : des personnes qui fuyaient des persécutions pouvaient être expulsées avant même que leur demande soit examinée. La Cour a dit non.

Cette décision, vieille de trois mois, aurait pu rester un texte juridique. Elle est devenue un détonateur.

L'engrenage des violences

Tout s'accélère fin septembre. Le 28 septembre, le directeur général du ministère de l'Intérieur émet une directive interne. Objectif : mettre en œuvre l'arrêt de la Cour dans les bureaux d'accueil des réfugiés.

La directive n'est pas signée par la ministre de l'Intérieur. Ni par aucun responsable politique. Le ministère l'affirmera plus tard : elle a été prise « sans la connaissance ni la consultation » de la ministre.

Mais sur le terrain, l'effet est immédiat. Les centres d'accueil sont submergés. Des centaines de personnes affluent. Les files s'allongent.

Et la colère monte.

Le jeudi 8 octobre, à Durban, des manifestants se rassemblent devant un centre d'accueil pour réfugiés. Ils exigent sa fermeture. La police tire des balles en caoutchouc pour disperser la foule. Les commerces du centre-ville ferment leurs portes.

À Soweto, dans le quartier d'Orlando West, des habitants exigent la fermeture des spaza shops, ces petites épiceries de quartier tenues par des étrangers. Des commerçants sont chassés. Des boutiques attaquées. Un bâtiment incendié.

« Des affrontements ont eu lieu entre des ressortissants étrangers présents dans la région et des citoyens sud-africains », déclare Xolani Fihla, haut responsable de la police locale, à la SABC.

La police confirme : 14 véhicules incendiés à Durban, 10 à Soweto.

À Soweto, des coups de feu sont signalés lors d'affrontements entre résidents et commerçants étrangers. Aucun blessé confirmé à ce stade.

Trois arrestations, un bilan qui reste flou

Trois ressortissants étrangers ont été arrêtés. Ils sont accusés d'avoir agressé un manifestant à Durban.

Selon la police du KwaZulu-Natal, la tension est partie de là : un manifestant sud-africain aurait été agressé par un étranger, souffrant d'une fracture sévère à la jambe.

Le commissaire national de police par intérim, le lieutenant-général Puleng Dimpane, a condamné la destruction de biens. Des renforts ont été déployés.

« Pour le moment, je peux confirmer qu'aucun blessé n'a été signalé », déclare Xolani Fihla à la SABC.

Nous n'avons pas pu obtenir de confirmation indépendante du bilan humain auprès des autorités sanitaires.

Le retrait de la directive : trop tard ?

Le vendredi matin, le ministère de l'Intérieur annonce le retrait de la directive du 28 septembre.

Dans un communiqué, le département reconnaît que la mise en œuvre immédiate de l'arrêt « a entraîné de graves conséquences qui n'auraient pas pu être prévues dans l'ordonnance de la Cour ».

Parmi ces conséquences : des centres d'accueil submergés en quelques jours, des agents du ministère mis en danger, et « de graves menaces pour la sécurité et l'ordre publics ».

« Ces allégations selon lesquelles il s'agissait d'une décision à motivation politique sont catégoriquement fausses », insiste le ministère. La directive, dit-il, émanait d'une affaire que le département avait pourtant combattue devant la Cour.

À Soweto, des habitants ont accueilli la nouvelle avec scepticisme.

« Trop peu, trop tard », confie un résident à la radio EWN. Les dégâts sont déjà là.

Ce que révèle cette crise

Derrière les flammes, une réalité que l'Afrique du Sud connaît depuis près de vingt ans. En 2008, plus de 60 personnes avaient été tuées et des dizaines de milliers déplacées lors d'attaques contre des étrangers.

Les chiffres n'ont pas changé depuis. Le chômage dépasse les 32 %. La pauvreté reste massive.

Et les migrants sont souvent accusés de prendre des emplois, de contribuer à la criminalité, de peser sur les services publics. Des chercheurs disent que ces accusations générales ne sont pas étayées par les faits.

Ce qui a changé, c'est le contexte politique. Des groupes comme Operation Dudula mobilisent des jeunes pour fermer de force les commerces étrangers et exiger la déportation des sans-papiers.

La décision de la Cour constitutionnelle a fourni un prétexte. Ou un catalyseur.

Le gouvernement doit trouver une nouvelle approche pour se conformer à l'arrêt sans reproduire le chaos. Le ministère de l'Intérieur promet « une méthode opérationnellement appropriée et durable ».

La Cour constitutionnelle, elle, n'a pas annulé sa décision. Elle reste en vigueur.

Pour les migrants, l'incertitude persiste. Des dizaines de milliers ont déjà fui le pays, certains rentrant chez eux via des programmes de rapatriement organisés par leurs gouvernements.

À Durban et Soweto, les cendres des véhicules incendiés refroidissent. Les questions, elles, ne bougent pas.


Pourquoi les protestations anti-immigration ont-elles éclaté en Afrique du Sud ?
Une décision de la Cour constitutionnelle de juillet 2026 a levé des obstacles procéduraux qui empêchaient certains migrants de demander l'asile. Cette décision a provoqué un afflux dans les centres d'accueil et déclenché la colère de groupes anti-immigration.

Combien de véhicules ont été incendiés à Soweto et Durban ?
La police sud-africaine rapporte 14 véhicules incendiés à Durban et 10 à Soweto, soit 24 au total.

Le gouvernement a-t-il retiré la directive sur l'asile ?
Oui. Le directeur général du ministère de l'Intérieur a retiré la directive du 28 septembre, reconnaissant des « conséquences graves » imprévues.

Qui est visé par les violences ?
Les commerces tenus par des étrangers, notamment les spaza shops, et les centres d'accueil pour réfugiés. Trois ressortissants étrangers ont été arrêtés.

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