Après-Biya : l'option Franck Biya qui rassure Washington
© Camer.be : Onana Nestor | 06 oct. 2026 15:58:00 | 370Cameroun après-Biya : Washington multiplie les visites, surveille la succession et étudie tous les scénarios. Enquête sur une diplomatie qui prépare l'avenir.
Derrière le rapprochement spectaculaire entre Washington et Yaoundé, les États-Unis préparent activement l'après-Paul Biya, entre surveillance de la succession, accords secrets et préservation de leurs intérêts stratégiques.
Washington prépare l'après-Paul Biya. Le président camerounais a 93 ans, il vient d'entamer un huitième mandat, et les Américains ne veulent pas être pris au dépourvu.
Depuis septembre 2025, les généraux de l'Africom défilent au Palais de l'Unité. Un ambassadeur spécialiste des accords d'expulsion a été nommé à Yaoundé. Un accord secret a été signé en décembre 2025. Et en mai 2026, Paul Biya a annulé un vol médical vers la Suisse sur recommandation des services de renseignement américains.
Officiellement, tout cela relève de la coopération antiterroriste. Mais dans les couloirs du pouvoir camerounais, personne n'y croit vraiment. La question que tout le monde se pose : que prépare exactement Washington ?
Des généraux américains au chevet du pouvoir camerounais
Septembre 2025. Le général Dagvin Anderson, commandant de l'Africom, est reçu au Palais de l'Unité. Une audience de quarante minutes avec Paul Biya. Officiellement, on parle de « la menace préoccupante dans le Nord du Cameroun » et de la lutte contre Boko Haram.
En mai 2026, c'est son adjoint, le lieutenant-général John William Brennan Jr., qui se rend à Yaoundé pour « évaluer l'évolution du partenariat ». Deux généraux de l'Africom en moins d'un an au sommet de l'État camerounais.
Mais selon une enquête de Jeune Afrique publiée en juin 2026, le véritable enjeu de ces visites n'est pas la lutte contre le terrorisme. Cité par plusieurs sources concordantes, un proche du dossier résume : « Le véritable enjeu porte sur la protection du chef de l'État et sur le recueil de renseignement liés à sa succession. »
La lutte contre Boko Haram est le paravent diplomatique. La succession de Biya est l'enjeu réel.
L'avion annulé et la note de la CIA
L'épisode le plus révélateur remonte à mai 2026. Paul Biya doit se rendre en Suisse pour un séjour médical. Un avion a été spécialement affrété depuis la Guinée Équatoriale. Le voyage est annulé.
La raison ? Une « note confidentielle des services de renseignement américains faisant état de risques sécuritaires dans le pays », selon Jeune Afrique. Le président camerounais a suivi la recommandation américaine.
Ce que cela signifie concrètement : les services de renseignement américains orientent désormais les déplacements du président camerounais. Ils définissent les paramètres de sa protection personnelle. Et selon la même enquête, ils auraient renforcé la sécurité autour de la résidence de Franck Biya, le fils aîné du président.
L'accord secret de décembre 2025
Le rapprochement entre Washington et Yaoundé ne se limite pas au renseignement. En décembre 2025, les deux pays signent un accord bilatéral sur le partage de spécimens. Un texte technique, discret, entré en vigueur le 15 janvier 2026.
Mais c'est un autre accord, bien plus sensible, qui a fait scandale. Le New York Times a révélé le 25 mars 2026 que l'administration Trump avait conclu un accord confidentiel avec le Cameroun pour y expulser des migrants. Des migrants qui, pour la plupart, ne sont pas camerounais.
Le montant : 30 millions de dollars, versés au Haut-Commissariat aux réfugiés au Cameroun. Selon le New York Times, Washington a utilisé son silence face à la répression meurtrière des manifestations post-électorales d'octobre 2025 comme levier de négociation.
Un responsable camerounais, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a qualifié l'arrangement de « chantage ».
Franck Biya, l'option qui rassure Washington
Dans ce contexte, un nom revient avec insistance dans les discussions sur l'après-Biya : Franck Biya.
Le fils aîné du président, né de son premier mariage avec Jeanne-Irène Biya, n'a jamais occupé de poste ministériel. Il n'a pas de base politique visible. Sa force, disent ses partisans, c'est justement sa discrétion. Formé au Cameroun puis aux États-Unis, diplômé en sciences politiques, il incarne une forme de continuité sans les excès du sérail.
Washington aurait « jeté son dévolu » sur Franck Biya. Non pas qu'il soit officiellement soutenu, mais parce qu'il « rassurerait le plus en termes de stabilité ».
Le quotidien britannique The Guardian a documenté en juin 2026 la réintroduction du poste de vice-président, officiellement pour « assurer la continuité de l'État ». Dans la pratique, cette réforme ouvre la voie à une succession dynastique. Une hypothèse que le régime avait toujours repoussée.
Nous n'avons pas pu obtenir de confirmation officielle de ces informations. Le cabinet de Franck Biya n'a pas répondu à nos sollicitations.
Le BIR, pièce maîtresse du dispositif américain
Si Washington s'intéresse à la succession de Biya, c'est aussi pour une raison militaire. Le Bataillon d'intervention rapide (BIR), unité d'élite de l'armée camerounaise, est un partenaire clé dans la lutte contre Boko Haram dans l'Extrême-Nord.
Les États-Unis ont formé et équipé cette unité pendant des années. En juin 2026, le Département d'État a offert deux hôpitaux mobiles de campagne aux Forces armées camerounaises. Un don symbolique, mais qui dit l'importance du partenariat.
Washington veut « éviter une déflagration au Cameroun, car le BIR constitue un élément stratégique pour la stabilité de la sous-région ». Une transition chaotique, un vide sécuritaire, et c'est tout le bassin du lac Tchad qui vacille.
Nous avons tenté de joindre le ministère camerounais de la Défense à plusieurs reprises. Aucune réponse n'a été donnée à nos questions sur l'avenir de cette coopération.
Un rapprochement qui divise
Tous les Camerounais ne voient pas d'un bon œil cette mainmise américaine. L'avocat Ntimbane Bomo a dénoncé dans une tribune ce qu'il appelle un « scénario à la gabonaise ». Pour lui, les lobbies occidentaux organisent « une transition contrôlée » sans le peuple camerounais.
Le Dr Ngobo Elok, dans un texte distinct que nous avons pu consulter, pose une question qui dérange : « Comment un pays peut-il accepter que des étrangers décident de sa succession ? »
Ces voix restent minoritaires dans le débat public. Mais elles traduisent une inquiétude réelle : celle d'un pays dont l'avenir se joue en partie à Washington.
Que prépare Washington ?
Deux mois après la réélection contestée de Paul Biya, Washington a félicité le président camerounais. Mais les mots étaient soigneusement choisis. Aucune mention de « démocratie » ou de « processus électoral ». Seulement « stabilité » et « coopération ».
Pour les Américains, l'objectif est clair : préserver leurs intérêts économiques et sécuritaires dans une région stratégique. Le pétrole de l'Extrême-Nord, les minéraux critiques, la lutte contre Boko Haram. Tout cela vaut bien quelques accommodements.
La question n'est plus de savoir si Washington prépare l'après-Biya. La question est de savoir quel rôle les Camerounais auront dans cette préparation.
Une chose est certaine : à Yaoundé, personne ne veut être le dernier informé.
Pourquoi les États-Unis s'intéressent-ils à la succession de Paul Biya ?
Parce que le Cameroun est un partenaire stratégique dans la lutte contre Boko Haram et abrite des ressources pétrolières et minérales importantes. Washington veut éviter un vide sécuritaire.
Qui est Franck Biya ?
C'est le fils aîné de Paul Biya, né de son premier mariage. Il n'a jamais occupé de poste gouvernemental. Selon plusieurs sources, il serait perçu par Washington comme une option rassurante pour une transition stable.
Qu'est-ce que l'accord secret de décembre 2025 ?
Selon le New York Times, il s'agit d'un accord entre les États-Unis et le Cameroun pour expulser vers ce pays des migrants qui ne sont pas camerounais, en échange de 30 millions de dollars.
L'Africom a-t-elle vraiment renforcé la sécurité autour de Paul Biya ?
Selon Jeune Afrique, les services de renseignement américains ont orienté les déplacements du président camerounais en mai 2026 et auraient renforcé la protection autour de son fils Franck. Nous n'avons pas pu confirmer ces informations de manière indépendante.
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