Ciseau oublié à Douala : l'interpellation qui accuse Manaouda Malachie
© Camer.be : Toto Jacques | 05 nov. 2026 13:31:00 | 643Une patiente de l'hôpital de la Cité des Palmiers à Douala affirme qu'un ciseau a été oublié dans son ventre après une césarienne. Elle serait en danger de mort, et l'hôpital lui réclame 850 000 FCFA.
Une césarienne, trois interventions, et une facture
L'histoire commence par une naissance. Elle se poursuit par une infection, puis une deuxième opération, puis une troisième. Et elle se termine, pour l'instant, par une facture.
C'est du moins ce que rapporte Dorothée, une patiente prise en charge à l'hôpital de district de la Cité des Palmiers, à Douala. Selon son témoignage, un ciseau chirurgical aurait été oublié dans son abdomen lors de la césarienne. Quelques jours plus tard, du pus aurait commencé à s'écouler de sa plaie. Une deuxième intervention aurait été pratiquée. Puis une troisième, à cause d'une suture qui n'aurait pas tenu.
Nous n'avons pas pu vérifier ces éléments de manière indépendante. Nous n'avons pas eu accès au dossier médical de Dorothée, ni à un rapport d'expertise, ni à une confirmation de l'hôpital. Ce que nous rapportons ici est son récit, tel qu'il a été rendu public dans une interpellation adressée au ministre de la Santé publique.
Ce qui est en revanche documenté, c'est le contexte. L'hôpital de district de la Cité des Palmiers existe. Il est situé à Douala V et fonctionne 24 heures sur 24. En 2017, son directeur de l'époque, le Dr Célestin Zam-Ngono, reconnaissait déjà que le taux mensuel de césariennes y dépassait les 40 %. Et les cas d'objets oubliés lors d'opérations ne sont pas une abstraction au Cameroun : en janvier 2026, une femme est morte quatre mois après une intervention, un ciseau ayant été laissé dans son estomac. Une autre patiente racontait avoir vécu la même chose en 2018 avec un bout d'étoffe.
L'affaire Dorothée, si elle est confirmée, ne serait donc pas un accident isolé. Elle s'inscrirait dans une série.
850 000 FCFA pour une erreur présumée
Il y a un détail qui, dans le récit de Dorothée, fait basculer l'histoire du registre de l'accident médical vers celui de l'indignation.
L'hôpital lui réclamerait 850 000 FCFA.
Pas pour la césarienne initiale. Pour l'ensemble des soins, y compris les interventions qui auraient été rendues nécessaires par l'erreur présumée. Une patiente qui affirme avoir été victime d'une faute doit-elle payer pour les conséquences de cette faute ?
La question est posée dans l'interpellation adressée au ministre. Elle n'a pas, à notre connaissance, reçu de réponse publique.
Le droit camerounais, lui, prévoit des mécanismes d'indemnisation. Me Supermann N'gann, avocat au barreau du Cameroun, expliquait en mai 2026 dans les colonnes de *Cameroon Tribune* qu'une réclamation peut être adressée au médecin, à l'établissement, à l'Ordre national des médecins, puis au ministère de la Santé, avant une éventuelle saisine du juge. Le droit prévoit même une indemnisation sans faute, sur le fondement de l'article 1384. Mais la difficulté, reconnaît l'avocat, c'est la preuve : obtenir un dossier médical relève souvent du parcours du combattant, et peu de praticiens acceptent de témoigner contre un collègue.
Autrement dit : le droit existe. Son application, beaucoup moins.
Le ministre, le silence, et une colère qui monte
Manaouda Malachie n'a pas réagi publiquement à l'affaire Dorothée. Du moins pas à notre connaissance. Aucun communiqué n'était disponible au moment d'écrire ces lignes.
Ce silence n'est pas un cas isolé. En avril 2026, Jean-Claude Shanda Tonme, président de la COMICODI, avait déjà adressé au ministre une lettre ouverte dénonçant « l'impunité dans le corps médical » et demandant « combien faudra-t-il de cas, avant que la tutelle ne lève le petit doigt ». Il évoquait des « diables en blouse blanche » et des formations sanitaires devenues « des endroits où on met les pieds avec plus de risques d'en sortir mort dans un cercueil, que d'en sortir debout et vivant ».
La formule est outrancière. Elle dit quelque chose, pourtant : une partie de l'opinion camerounaise ne croit plus à la capacité du système à sanctionner ses propres erreurs. Et l'affaire Dorothée, vraie ou fausse dans ses détails, tombe dans ce terreau.
Ce que l'affaire dit, même sans être confirmée
Mais l'histoire pose une question qui dépasse son cas individuel. Une question que le droit camerounais n'a pas résolue : qui paie quand l'hôpital se trompe ?
Si la faute est établie, la réponse juridique existe. Si elle ne l'est pas, la patiente reste seule avec sa douleur, sa facture et le silence. Et si elle l'est, mais que l'hôpital refuse de reconnaître, le chemin est long, coûteux, et rarement emprunté.
L'affaire Dorothée n'est pas encore une affaire. C'est une interpellation. Une voix qui dit : regardez ce qui se passe. Le ministre répondra, ou ne répondra pas. L'hôpital s'expliquera, ou ne s'expliquera pas. La justice sera saisie, ou ne le sera pas.
En attendant, une femme serait en danger de mort. Et une facture de 850 000 FCFA attend d'être payée.
Qu'est-il arrivé à Dorothée à l'hôpital de la Cité des Palmiers ?
Selon son témoignage, un ciseau chirurgical aurait été oublié dans son ventre lors d'une césarienne. Elle aurait ensuite développé une infection, subi une deuxième puis une troisième opération, et serait aujourd'hui en danger de mort. L'hôpital lui réclamerait 850 000 FCFA. Ces faits n'ont pas été confirmés indépendamment.
Est-ce que c'est vrai, cette histoire de ciseau oublié ?
Nous n'avons pas pu le vérifier. Aucune source officielle hôpital, ministère, justice n'a confirmé ou infirmé le récit de Dorothée. D'autres cas d'objets oubliés lors d'opérations ont été documentés au Cameroun, mais cela ne prouve pas que celui-ci est authentique.
Qui est Manaouda Malachie ?
C'est le ministre de la Santé publique du Cameroun depuis janvier 2019.
Est-ce que le ministre a réagi ?
Pas publiquement à notre connaissance. Nous avons tenté de joindre son ministère le 5 novembre, sans succès.
Que dit la loi camerounaise sur les erreurs médicales ?
Le droit prévoit des indemnisations. Une patiente peut se plaindre auprès du médecin, de l'hôpital, de l'Ordre des médecins, puis du ministère, et enfin saisir la justice. Il existe même une indemnisation sans faute dans certains cas. Mais en pratique, obtenir réparation est très difficile, notamment parce que les dossiers médicaux sont difficiles d'accès.
L'hôpital de la Cité des Palmiers, c'est où ?
À Douala V, dans le quartier de la Cité des Palmiers. C'est un hôpital de district public, ouvert 24 heures sur 24.
Que peut faire Dorothée ?
Elle peut demander son dossier médical, saisir l'Ordre national des médecins, et éventuellement porter plainte. Mais sans preuves, la procédure est incertaine.
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