Clément Atangana mort : des publications qui choquent
© Camer.be : Toto Jacques | 10 oct. 2026 13:53:00 | 1112Un archevêque demande des sanctions. Un autre garde le silence. Au milieu, des captures d'écran non vérifiées et une question : que devient la parole d'un prêtre sur les réseaux sociaux ?
Le cercueil de Mgr Philippe Ambassa Mimfoumou n'était pas encore refermé que les regards se tournaient déjà vers le fond de la nef. L'ancien chapelain de Sa Sainteté, mort le 2 septembre 2026 à l'hôpital central de Yaoundé, avait droit à des funérailles sobres. Ce qu'elles sont devenues, personne ne l'avait prévu.
Mgr Jean Mbarga, archevêque métropolitain de Yaoundé, a pris la parole. Pas pour l'oraison funèbre attendue. Pour autre chose. Le prélat a interpellé publiquement son homologue de Douala, Mgr Samuel Kleda. Une requête claire : prendre des mesures contre l'abbé Étienne Bakaba.
Le motif ? Des publications sur les réseaux sociaux. Des captures d'écran circulent. Elles montreraient l'abbé Bakaba se moquant de la mort de Clément Atangana, ancien président du Conseil constitutionnel, décédé le 4 octobre 2026 à Paris à l'âge de 85 ans.
L'Église catholique du Cameroun n'est pas une institution où l'on règle ses comptes en public. Sauf que, cette fois, c'est arrivé.
Clément Atangana, mort d'un homme qui a fait débat toute sa vie
Clément Atangana n'était pas un magistrat ordinaire. Premier président du Conseil constitutionnel depuis la création de l'institution en 2018, il a proclamé les résultats des deux dernières élections présidentielles. Son marteau a validé la victoire de Paul Biya en 2018. Son institution a invalidé la candidature de Maurice Kamto en 2025.
Il est mort à Paris, à l'hôpital américain de Neuilly, après une longue maladie. Sa disparition a ouvert un espace que beaucoup ont voulu occuper. Pas pour rendre hommage. Pour dire ce qu'ils n'avaient jamais pu dire de son vivant.
Le 7 octobre, la Fédération des Associations du Patriarcat Traditionnel Beti du Cameroun a publié un communiqué. Il dénonce des propos « injurieux, diffamatoires ou tribalistes » visant la mémoire de son président. L'organisation appelle au calme. Mais le document dit aussi autre chose : les attaques viennent de quelque part.
Clément Atangana était Beti. Le débat posthume s'est rapidement transformé en terrain communautaire.
L'abbé Bakaba, un prêtre qui n'a jamais eu peur de parler
Étienne Bakaba n'est pas un prêtre de sacristie. Ordonné le 8 décembre 2009 par le cardinal Christian Tumi, à 25 ans, il s'est fait connaître par sa musique religieuse et un style qui dérange. « Le mannequin de Jésus », disent certains. Le surnom est ironique. L'homme l'est moins.
Vicaire à la cathédrale Saint-Pierre-et-Paul de Douala et directeur adjoint de Radio Télévision Veritas, il a pris position, en janvier 2025, sur la présidentielle. « En 2025, nous voulons un autre président pour le Cameroun », a-t-il écrit sur Facebook, demandant à Paul Biya, alors âgé de 92 ans, de prendre sa retraite.
Il critique le pouvoir depuis des années. Il a démenti des propos qui lui étaient attribués en avril 2025. Il continue de publier. Il continue de parler.
Sur la mort de Clément Atangana, il n'a pas encore expliqué ce qu'il a dit. Ou ce qu'on lui fait dire.
Ce que l'on sait. Et ce que l'on ne sait pas
Les faits confirmés sont peu nombreux. Mgr Mbarga a demandé à Mgr Kleda de sanctionner l'abbé Bakaba. Cette demande a été formulée publiquement, lors des obsèques de Mgr Ambassa Mimfoumou, le 9 octobre 2026.
Des captures d'écran circulent sur les réseaux sociaux. Elles sont présentées comme provenant des publications de l'abbé Bakaba. Leur authenticité n'a pas été formellement établie. Aucune vérification indépendante n'a été publiée à ce stade.
Ni Mgr Samuel Kleda ni l'abbé Étienne Bakaba n'ont réagi publiquement à la demande de sanction. Le diocèse de Douala n'a pas publié de communiqué. L'abbé Bakaba n'a pas démenti ni confirmé les publications qui lui sont attribuées.
La fracture que personne ne veut nommer
Ce qui se joue dépasse une querelle entre deux archevêques. Derrière la demande de Mgr Mbarga, il y a une question que l'Église catholique camerounaise n'a jamais vraiment tranchée : un prêtre peut-il dire n'importe quoi sur les réseaux sociaux ?
L'abbé Bakaba a un compte Facebook. Il l'utilise. Il y critique le gouvernement, les évêques, la gouvernance. Il a des partisans. Il a des ennemis. Sa notoriété numérique est un fait. Sa liberté de ton aussi.
Mgr Mbarga, lui, est un archevêque métropolitain. Sa fonction implique une responsabilité institutionnelle. Demander une sanction n'est pas seulement un acte d'autorité. C'est aussi une manière de rappeler qu'il existe des règles.
Sauf que la demande a été faite en public. Devant d'autres évêques. Devant des fidèles. Devant des caméras. Ce n'est plus une procédure interne. C'est un message adressé à l'Église entière.
Et ce message dit ceci : le clergé camerounais n'est pas uni. Il ne l'a jamais été. La mort de Clément Atangana, un homme qui a fait débat toute sa vie, a simplement rendu visible ce qui était déjà là.
Ce qui peut se passer maintenant
Mgr Samuel Kleda a plusieurs options. Il peut ouvrir une procédure disciplinaire contre l'abbé Bakaba. Il peut choisir de ne pas répondre publiquement. Il peut convoquer son prêtre pour un entretien privé. Aucune de ces options n'a été annoncée.
L'abbé Bakaba peut publier un démenti. Il peut confirmer les propos et les assumer. Il peut expliquer le contexte. Il peut ne rien dire. Là encore, le silence est total.
Les obsèques de Clément Atangana n'ont pas encore eu lieu. Le programme des funérailles n'a pas été communiqué. Son remplaçant à la tête du Conseil constitutionnel n'a pas été nommé.
Le débat sur ce qu'un prêtre peut dire d'un président du Conseil constitutionnel décédé ne fait que commencer. Il ne s'arrêtera pas avec un communiqué.
Une question reste ouverte : si les captures d'écran sont fausses, qui les a fabriquées ? Et pourquoi maintenant ?
L'abbé Bakaba a-t-il vraiment moqué Clément Atangana ?
On ne sait pas. Des captures d'écran circulent. Leur authenticité n'est pas vérifiée. L'abbé Bakaba n'a ni confirmé ni démenti.
Mgr Kleda a-t-il répondu à Mgr Mbarga ?
Non. Aucune réponse publique n'a été rendue. L'archidiocèse de Douala n'a pas communiqué.
Pourquoi Mgr Mbarga a-t-il fait cette demande en public ?
On ne connaît pas ses raisons exactes. La demande a été formulée lors des obsèques de Mgr Ambassa Mimfoumou. Elle n'était pas prévue dans le programme officiel.
Clément Atangana était-il une personnalité controversée ?
Oui. Son rôle au Conseil constitutionnel, notamment lors des contentieux électoraux de 2018 et 2025, a été vivement critiqué par l'opposition.
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