Kairos face au défi d’une diaspora camerounaise à réconcilier
© TRAVEL CARD : Louis EBENE | 12 sept. 2026 18:26:21 | 2438En intégrant la diaspora à sa « Table ronde nationale inclusive », Kairos veut faire des Camerounais de l’extérieur des acteurs de la refondation du pays. Mais l’initiative se heurte à une réalité inconfortable : les fractures politiques du Cameroun ont traversé les frontières. Entre radicalité militante, silence prudent et accusations de complicité avec le pouvoir, la diaspora est devenue le prolongement des divisions nationales.
Avec sa « Table ronde nationale inclusive civile, militaire et diasporique », Olivier Bilé et le mouvement Kairos proposent d’élargir le périmètre du débat national aux Camerounais établis à l’étranger. L’idée est cohérente avec l’ambition affichée de refondation, de réconciliation et de reconstruction du pacte national : aucune composante de la nation ne devrait être exclue de la réflexion sur son avenir.
Mais cette ambition pose une question préalable : qui représente la diaspora ?
Le Cameroun des fractures, hors du Cameroun
La diaspora camerounaise n’est pas extérieure aux crises du pays. Elle en est devenue, elle aussi, l’un des théâtres.
La crispation politique a produit une polarisation parfois spectaculaire. D’un côté, une diaspora militante, très visible et parfois brutale, dont certaines actions ont été marquées par des affrontements et des violences physiques, notamment autour de la Brigade Anti-Sardinards (BAS), mouvement de contestation radicale du pouvoir camerounais à l’étranger.
De l’autre, une diaspora plus silencieuse, davantage tournée vers le travail, les affaires, les investissements ou les relations institutionnelles, régulièrement accusée par les militants les plus radicaux d’être « complice » du régime.
Cette opposition révèle une réalité essentielle : il n’existe pas une diaspora camerounaise politiquement homogène. Il existe des diasporas, avec des trajectoires, des convictions et des rapports au pouvoir différents.
La distance géographique n’a donc pas éloigné les divisions. Elle les a parfois amplifiées, notamment sur les réseaux sociaux.
Le pari de l’inclusion
C’est là que la proposition de Kairos devient politiquement intéressante.
Le mouvement affirme vouloir convier tout le monde, plutôt que de choisir entre une diaspora considérée comme « résistante » et une autre réputée « complaisante ». Le principe est simple, mais son application sera difficile : faire asseoir autour d’une même table ceux qui, depuis des années, se considèrent mutuellement comme une partie du problème.
L’inclusion ne peut toutefois devenir crédible que si elle accepte la contradiction.
Militants politiques, entrepreneurs, universitaires, responsables associatifs, artistes, religieux, professionnels, étudiants, investisseurs et personnalités indépendantes devraient pouvoir faire entendre leurs voix, sans qu’une sensibilité prétende parler au nom de l’ensemble.
De la colère à la construction
La diaspora a incontestablement contribué à internationaliser certaines revendications camerounaises. Mais une refondation nationale exige un changement de registre.
Dénoncer ne suffit plus. Il faut proposer. Contester ne suffit plus. Il faut négocier. Mobiliser ne suffit plus. Il faut construire.
C’est probablement l’un des principaux défis posés par la vision de Kairos à la diaspora : transformer une énergie politique souvent dispersée en capacité collective de réflexion et d’action.
La diaspora dispose pourtant d’atouts considérables : compétences professionnelles, réseaux internationaux, capitaux, expérience institutionnelle, maîtrise technologique et connaissance de modèles économiques et politiques différents. Elle pourrait contribuer à la mise en œuvre de réformes dans l’éducation, la santé, l’économie, le numérique, la culture, l’investissement ou encore la diplomatie économique.
Une force pour l’après-dialogue
Le rôle de la diaspora ne devrait donc pas s’arrêter à la table ronde.
Si un consensus national venait à émerger, elle pourrait devenir une force de mise en œuvre, capable de mobiliser expertise, financement, partenariats et réseaux internationaux au service des transformations retenues.
Mais cette perspective suppose de résoudre une contradiction : comment prétendre réconcilier le Cameroun si ceux qui veulent le réconcilier restent eux-mêmes profondément divisés ?
Kairos devra donc démontrer que son inclusion n’est pas seulement quantitative, mais véritablement politique : inclure les voix visibles comme les silencieuses, les contestataires comme les modérés, les critiques du régime comme ceux qui privilégient le dialogue institutionnel.
Le test grandeur nature
La diaspora pourrait ainsi devenir le premier laboratoire de la méthode Kairos.
Si le mouvement parvient à réunir des Camerounais qui se sont longtemps affrontés, à transformer les accusations en débat et les antagonismes en propositions, son projet gagnera une crédibilité considérable.
Dans le cas contraire, la « Table ronde nationale inclusive » risque de reproduire les fractures qu’elle ambitionne de dépasser.
Le véritable enjeu n’est donc pas simplement de donner une place à la diaspora. Il est de lui redonner une capacité collective à dialoguer, à proposer et à construire.
Les problèmes du Cameroun se sont exportés dans la diaspora. La refondation, si elle doit réussir, devra elle aussi traverser les frontières.
Commentaires
Lire aussi
Clément Atangana, président du Conseil constitutionnel, est mort
FCC : le communiqué annonçant l'adhésion de Kamto est un fake
Willy Mengue veut interdire la convention du MRC
Convention MRC du 17 octobre : autorisée ou piégée ?
PCRN : Nourane Foster claque la porte, Cabral Libii lui souhaite « bonne suite »
Nourane Foster démissionne du PCRN de Cabral Libii
Impact-100 : 100 candidats, un parti secret, un pari risqué
MRC : la convention du 17 octobre déclarée, le pouvoir peut-il dire non ?
Paul Biya absent de l’ONU depuis 2017 : la diplomatie camerounaise s’efface
Election à la présidence du Mrc : Emmanuel Binyam dément la version de la commission électorale
Canal de vie
POINT DU DROIT
partenaire
évènement
vidéo de la semaine
vidéo camer
il y a une semaine
26 élèves surpris en train de tourner un film osé à Bafoussam
Brenda biya sème la terreur en boîte de nuit à Yaoundé
Surpris en train de "Sanga Sanga" la femme de son voisin à Douala
Les 25 pays les plus pauvres du monde : 21 sont en Afrique d’après un rapport.
Menacée de mort par sa famille car elle est lesbienne
il y a un mois
26 élèves surpris en train de tourner un film osé à Bafoussam
Brenda biya sème la terreur en boîte de nuit à Yaoundé
Surpris en train de "Sanga Sanga" la femme de son voisin à Douala
Les 25 pays les plus pauvres du monde : 21 sont en Afrique d’après un rapport.
Menacée de mort par sa famille car elle est lesbienne
il y a un an