Jean Ping, «Je ne considère pas Ali Bongo comme un beau-frère»
© Source : RFI | 15 janv. 2015 08:41:21 | 34391Ancien ministre gabonais des Affaires étrangères, ancien président de la Commission de l'Union africaine, opposant au régime du président Ali Bongo et probable candidat à l'élection présidentielle de 2016, Jean Ping avait accordé le samedi 6 décembre 2014 cet interview à Rfi.
Vous avez eu des propos assez virulents vis-à-vis du président Ali Bongo qui a dit que vous n’aviez que de la haine pour lui et son parti. Qu’est-ce que vous lui répondez aujourd’hui ?
Je n’ai de haine vis-à-vis de personne, je n’ai pas de haine. Je pense simplement qu’il est incapable et qu’il fallait mieux d’aller se voir ailleurs, c’est tout. Il est tout le temps en voyage et il laisse le pouvoir à une sorte de régence que les Gabonais ont appelé la Légion étrangère et qui a suscité des remous en parlant de relents de xénophobie. Ce n’est pas du tout le cas, il faut appeler un chat, un chat, un chien, un chien, c’est tout.
Comment comptez-vous incarner le renouveau alors que vous-même êtes issu de l’ancien système ?
Avez-vous posé cette question à Macky Sall, qui était le Premier ministre de Wade, et qui a mis en place une démocratie ? Avez-vous posé cette question au Burkina Faso, aux anciens ministres de Compaoré, qui sont en train de mettre en place une véritable démocratie ? J’ai servi à cette époque-là, un régime qui, d’après moi, répondait aux critères que je me faisais du pays. Je me suis peut-être trompé, mais je ne le regrette pas. Les temps ont radicalement changé. Et le pouvoir pense qu’il peut faire entrer le Gabon dans l’histoire à reculons, en restaurant la dictature. Dans des circonstances comme ça, partout ailleurs, il ne reste que la rue. Aujourd’hui, c’est l’aire de la démocratie, ce n’est pas celle du retour au pillage des ressources du pays, c’est fini ! L’Afrique a été au début de son indépendance, partout, sous des régimes de parti unique, de dictatures, parce qu’on estimait à l’époque qu’il fallait créer une nation. Pour cela on avait des Etats mais pas de nations. Les résultats ont été catastrophiques ! Ceux qui ne comprennent pas ça n’ont qu’à se faire voir ailleurs (…)
Que pensez-vous des conclusions du dernier livre de Pierre Péan qui dit qu’Ali Bongo aurait été adopté ?
C’est vrai que j’ai eu deux enfants avec sa sœur, mais je ne le considère pas comme un beau-frère. Avez-vous les papiers qui attestent que j’ai été son beau-frère ? Considérez-vous que le fait d’avoir un enfant signifie que vous avez des liens de famille et de sang avec cette famille? Pensez-vous qu’il faut accepter n’importe quoi de n’importe qui parce que vous auriez été de la même famille ? Ça, c’est ce que dit le pouvoir pour se donner bonne conscience, mais je n’ai rien à voir avec lui, ni avec sa famille.
Pierre Péan dans son livre a avancé un certain nombre de conclusions sur sa supposée adoption, que pensez-vous de cet ouvrage ?
Mais le Gabonais en parle depuis dix ans. Nous avons un collègue qui s’appelle Luc Bengone Nsi qui a fait un livre à ce sujet et ce que dit Péan aujourd’hui a été démontré par M. Bengone Nsi il y a dix ans. Nous avons déposé des plaintes. Une première concerne le maire du 3e arrondissement de Libreville, qui a délivré un faux, personne ne met en doute ce fait. Deuxième plainte : Monsieur Ali Bongo a utilisé ce faux comme pièce dans la confection de son dossier pour la candidature à la présidence de 2009, donc il y a faux et usage de faux, c’est indiscutable. D’autres camarades de l’Upg ont déposé une autre plainte, une troisième donc, pour demander la destitution du chef de l’Etat. Alors vous allez me dire que Le Monde, récemment, a publié un article. Je vous affirme catégoriquement que Le Monde a été ou influencé, ou manipulé, ou trompé.
Le document d’état civil publié par Le Monde, qui prouverait qu’Ali Bongo est bien né à Brazzaville en 1959, fils d’Omar Bongo et Joséphine, pour vous c’est également une fausse pièce ?
Je vous dis que c’est une nouvelle fausse pièce ! Allez à Brazzaville vous renseigner, allez à Nantes. C’est un faux.
Concernant cette histoire d’adoption, aviez-vous vous-même des doutes depuis longtemps comme vous le connaissez de longue date ?
Je crois simplement que quand je suis arrivé au Gabon, je ne posais pas la question. J’ai vu ce que j’ai vu et pour moi ce n’était pas un problème, jusqu’à ce que le doute nous gagne, jusqu’à ce qu’aujourd’hui, on a des convictions. Pourquoi a-t-il produit un faux ? Et on lui demande des choses très simples, il n’a qu’à faire un test Adn, pourquoi le refuse-t-il ? Il pourrait clouer le bec à l’opposition en disant «Voici mon Adn!», il y a anguille sous roche.
Le cas burkinabè est très discuté en Afrique, Pensez-vous qu’il puisse également toucher le Gabon et servir d’exemple ?
On ne peut pas transposer le cas d’un pays automatiquement sur un autre. Je voudrais vous dire qu’Hollande a été clair et net à Dakar, il a mis en garde un certain nombre de pays. C’est fini l’usurpation (…).
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