Matomba : « Biya est un président absent depuis 20 ans »
© Camer.be : Paul Moutila | 12 août 2026 00:42:25 | 2373Serge Espoir Matomba dénonce l'absentéisme chronique de Paul Biya, alors que le président atteint 65 jours d'absence en Europe. L'opposant rappelle que Biya n'apparaît que trois fois par an.
LE « PRÉSIDENT ABSENT » : UNE HABITUDE ANCIENNE
Serge Espoir Matomba, figure de l'opposition camerounaise et candidat du PURS à la dernière présidentielle de 2025, ne mâche pas ses mots. Il est le quatrième ancien candidat à la présidentielle à s'exprimer sur l'absence prolongée de Paul Biya.
« L'absence actuelle de Paul Biya est exceptionnellement longue, mais le président a une habitude bien ancrée de passer de longues périodes hors de la vue du public », affirme Matomba.
Pour l'opposant, le président camerounais a largement limité ses grandes interventions télévisées à trois dates : le 10 février (Fête de la Jeunesse), le 20 mai (Fête nationale) et le 31 décembre (discours de fin d'année). « Biya a toujours été un président absent », martèle-t-il.
65 JOURS D'ABSENCE : UN RECORD ABSOLU
Le 7 juin 2026, Paul Biya et son épouse Chantal quittent Yaoundé pour ce qui était présenté comme un « court séjour privé en Europe ». Soixante-cinq jours plus tard, le président est toujours en Suisse.
C'est la plus longue absence de ses quarante-trois années de pouvoir. Le précédent record quarante-neuf jours à l'automne 2024 est désormais largement dépassé.
Le 18 juin, le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi démentait toute hospitalisation et promettait un retour rapide. Le 2 août, sur RFI, le même ministre assure que le président « est en vie » et que son retour est « très bientôt » attendu. Cinq semaines plus tard, ce retour n'a toujours pas eu lieu.
UN SILENCE ASSOURDISSANT DE L'OPPOSITION
Matomba déplore le silence d'une grande partie de l'opposition camerounaise sur cette absence prolongée. Alors que le débat institutionnel sur la vacance du pouvoir s'installe, l'opposition peine à se faire entendre.
Pourtant, les questions fusent : Paul Biya est-il toujours en vie ? Personne n'a annoncé sa mort, ni sa famille, ni le gouvernement camerounais, ni aucune chancellerie étrangère. Mais à 93 ans, l'absence d'image récente, de parole publique et de bulletin médical déplace la question du terrain des réseaux sociaux vers celui des institutions camerounaises.
LA VISITE MANQUÉE DE L'ARCHEVÊQUE DE CANTERBURY
Rien n'illustre mieux l'étrangeté de cette situation que la visite de Sarah Mullally, archevêque de Canterbury, au Cameroun du 31 juillet au 4 août 2026.
Première archevêque de Canterbury à se rendre au Cameroun, elle n'a pas pu rencontrer le président. C'est Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la Présidence, qui l'a reçue au Palais de l'Unité. Un chef d'État qui ne reçoit pas la plus haute dignitaire de l'Église anglicane, en visite officielle dans son pays. Le symbole est lourd.
UNE FACTURE EXORBITANTE
Le séjour genevois du président coûterait entre 3,12 et 3,74 milliards de FCFA, rien que pour l'hébergement. Paul Biya a ses habitudes à l'hôtel InterContinental de Genève, où un étage entier serait libéré pour le président et sa suite, avec environ 30 chambres supplémentaires.
Avec 3,12 milliards de FCFA, on pourrait construire 62 centres de santé intégrés, 312 salles de classe, ou payer un an de SMIG à plus de 4 300 Camerounais.
Et ce chiffre ne prend en compte que l'hébergement.
LE DÉBAT INSTITUTIONNEL EST OUVERT
L'absence prolongée du Président intervient dans un contexte politique particulier. La révision constitutionnelle du 14 avril 2026 a réintroduit le poste de vice-président, mais aucun nom n'a encore été proposé pour occuper cette fonction.
Le gouvernement a rejeté les demandes formulées par plusieurs responsables de l'opposition visant à faire constater une vacance de la Présidence. Selon René Emmanuel Sadi, seule une décision du Conseil constitutionnel pourrait établir une telle situation.
Mais pour Matomba, le débat est désormais inévitable. « La question de savoir si le Cameroun a besoin d'un président qui gouverne à distance pendant des mois est une question qui mérite d'être posée », affirme-t-il.
LE RÉVEIL DE L'OPPOSITION ?
Serge Espoir Matomba est le quatrième ancien candidat à la présidentielle à sortir du silence sur l'absence de Paul Biya. Son message est clair : le Cameroun a un « président absent » depuis vingt ans, et l'absence actuelle n'est que la manifestation la plus visible d'un problème structurel.
Alors que le gouvernement assure que le retour de Paul Biya est « très bientôt » attendu, les questions restent sans réponse. Quand rentre-t-il ? Est-il en bonne santé ? Qui gouverne vraiment ?
Matomba appelle l'opposition à briser le silence. Le débat sur la vacance du pouvoir est ouvert. Et le Cameroun, lui, attend toujours son président.
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