63 jours d'absence : Cabral Libii explique pourquoi rien ne peut changer
© Camer.be : Paul Moutila | 10 août 2026 11:21:03 | 2424« Sans vice-président, la vacance du pouvoir ne peut être constatée. Cabral Libii dévoile une faille constitutionnelle qui pourrait protéger Paul Biya jusqu'à la fin de son mandat. »
Soixante-trois jours. C'est le chiffre qui hante les couloirs de Yaoundé, qui alimente les conversations dans les maquis de la capitale, qui crispe les députés et interroge la nation tout entière . Le président Paul Biya, 93 ans, a quitté le Cameroun le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe » . Il n'est toujours pas rentré. Son absence bat désormais son propre record de 49 jours établi en 2024 . Mais ce dimanche 9 août, sur le plateau d'Actualité 1, Cabral Libii a asséné une vérité juridique qui change tout : sans vice-président nommé, personne ne peut saisir le Conseil constitutionnel pour constater un empêchement définitif . Une lecture glaciale, quasi mathématique, qui referme d'un coup la porte à toutes les spéculations. Ou plutôt, qui les déplace.
Le vide juridique qui change tout
Depuis des semaines, le Cameroun retient son souffle. Où est Paul Biya ? Que fait-il ? Pourquoi ce silence ? Le gouvernement, par la voix du ministre de la Communication René Emmanuel Sadi, a démenti une éventuelle hospitalisation . Mais aucune preuve visuelle crédible n'est venue calmer les rumeurs. Une seule certitude : le chef de l'État a quitté Yaoundé avec son épouse Chantal Biya pour un séjour dont on ignore toujours la durée et le lieu précis. Il séjournerait actuellement dans un hôtel en Suisse .
C'est dans ce contexte de flou total que Cabral Libii, député et président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), est monté au créneau . Sa démonstration ? Une dissection clinique de la révision constitutionnelle du 14 avril 2026.
Article 38 : la réforme qui a tout changé
Le 14 avril 2026, le président Paul Biya a promulgué la loi n°2026/002, modifiant certaines dispositions de la Constitution du 2 juin 1972 . Cette révision, adoptée par le Parlement réuni en Congrès du 2 au 4 avril, a rétabli le poste de vice-président de la République, supprimé depuis des décennies .
Mais Cabral Libii pointe une conséquence que beaucoup avaient négligée. La réforme a modifié l'article 38 de la loi de 2004 organisant le Conseil constitutionnel . Désormais, ce texte consacre seul le vice-président pour saisir le Conseil constitutionnel afin de constater l'empêchement définitif du président de la République .
La disparition des anciennes prérogatives
Avant la réforme, le président de l'Assemblée nationale disposait de cette prérogative. Mais la loi de révision de 2026 n'a pas consacré la survivance de ces anciennes dispositions . Autrement dit : le président de l'Assemblée nationale ne peut plus saisir le Conseil constitutionnel. Le seul habilité à le faire est désormais le vice-président.
Problème : aucun vice-président n'a été nommé depuis la promulgation de la loi .
La conclusion de Cabral Libii est implacable : « Tant qu'un vice-président n'est pas nommé, l'empêchement définitif ne peut, en théorie, être constaté » .
Un vide juridique aux conséquences vertigineuses
Cette lecture juridique, si elle est exacte, soulève une question vertigineuse : la réforme elle-même ne rend-elle pas la vacance du pouvoir constitutionnellement impossible à constater ? Le législateur a-t-il créé, volontairement ou non, un système où l'absence présidentielle ne peut jamais être juridiquement qualifiée ?
Le raisonnement est simple, presque brutal dans sa clarté. Sans copie de démission, sans acte de décès, aucune instance ne peut légalement enclencher la procédure . Une simple absence prolongée même de 63 jours n'est pas inscrite comme motif de vacance dans la Constitution camerounaise .
Cabral Libii va plus loin : la Constitution ne fixe aucune limite à la durée d'un séjour du président hors du pays . « La Constitution ne dit rien sur le temps qu'un président peut passer hors du territoire », martèle-t-il .
Le flou comme stratégie ?
Dans les cercles politiques yaoundéens, une phrase circule : « Ils ont voté une loi pour rétablir un poste, et ils ont laissé le poste vide exprès » . Difficile de ne pas y voir une manœuvre calculée, ou du moins un flou entretenu qui arrange bien certains calculs politiques.
Pour Cabral Libii, la solution ne viendra pas d'une saisine impossible mais d'un basculement de majorité à l'Assemblée nationale . Il appelle les Camerounais à s'inscrire massivement sur les listes électorales avant la date butoir du 31 août 2026 . « Inscrivons-nous massivement sur les listes électorales, votons massivement contre ce régime qui entretient ce flou constitutionnel », a-t-il lancé sur le plateau d'Actualité 1 .
Une fois la majorité inversée, dit-il, les nouveaux élus pourront combler ce vide juridique eux-mêmes .
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