Le MRC tient sa convention à Odza pour élire le successeur de Maurice Kamto. Tiriane Noah, seule en lice après le retrait de Binyam, incarne l’après-Kamto.
Une convention extraordinaire, un seul nom, et une question : le MRC peut-il survivre à son fondateur sans se fracturer ?
Le MRC tient ce samedi 17 octobre 2026 sa convention extraordinaire à Odza, à Yaoundé. Objectif : élire le successeur de Maurice Kamto, démissionnaire le 8 septembre. Tiriane Balbine Noah, présidente intérimaire, est désormais la seule candidate en lice après le retrait fracassant de Pierre Emmanuel Binyam.
Odza, 8 heures. Les délégués arrivent par vagues. Ils viennent de l’Adamaoua, du Nord, du Littoral, du Sud. Les tenues sont belles, les visages rayonnants. Il y a la joie des retrouvailles, la fierté d’appartenir à ce parti qui se veut le plus grand. Et, sous la ferveur, une tension que personne n’ose nommer.
Odza, le quartier général d’une refondation
Le siège du MRC, à Odza, n’a pas toujours été un lieu de fête. Novembre 2025 : la convention est interdite la veille. Décembre 2025 : le parti se réunit en visioconférence, 2 320 délégués votent en ligne, Kamto est reconduit avec 95,44 %. Août 2026 : le ministère de l’Administration territoriale refuse de reconnaître les instances issues de ce vote. Septembre 2026 : Kamto démissionne.
Depuis, le MRC vit au rythme des récépissés et des recours. Le 28 septembre, le sous-préfet de Yaoundé IV signe enfin l’autorisation pour la convention du 17 octobre. Un document numéro 000332/RDMP/J06.04/SP, valable de 8 heures à 20 heures. Une victoire administrative. Mais personne, au parti, n’oublie que l’administration camerounaise a déjà montré qu’un récépissé ne vaut pas reconnaissance.
Tiriane Noah, l’héritière de la continuité
Elle n’est pas une inconnue. Deuxième vice-présidente du MRC, Tiriane Balbine Nadège Noah a assuré l’intérim à plusieurs reprises lors des absences de Kamto. Elle incarne la ligne historique, celle qui veut préserver l’héritage sans renier l’ouverture.
Son parcours est celui d’une militante de l’ombre, élue deuxième vice-présidente en 2018, réélue en 2023. Pas de charisme de tribun, pas de grandes déclarations. Une gestionnaire, dit-on au parti. Une femme de dossiers. À 17h19, le 17 septembre, elle a déposé son dossier. Unique femme candidate à la présidence nationale.
Le retrait qui change tout
Pierre Emmanuel Binyam devait être l’alternative. Secrétaire général du MRC, il a déposé sa candidature dans les délais. Sa liste a été validée après discussion. Puis, le 14 octobre, à trois jours du scrutin, il a annoncé son retrait.
Le communiqué est signé Marie Flore Mboussi, porte-parole de sa liste. On y lit le refus de « conditions nécessaires à une participation crédible et équitable ». En coulisses, les accusations sont plus dures : tripatouillage des listes de délégués, scrutin verrouillé, marginalisation du Grand Nord. Selon les proches de Binyam, le vainqueur était connu avant même le vote.
Un plébiscite, mais quelle légitimité ?
Tiriane Noah sera donc élue. Sans adversaire. Un plébiscite en forme de piège. Car le MRC, qui dénonce depuis des années les élections verrouillées du RDPC, organise aujourd’hui sa propre succession sans débat contradictoire.
Le paradoxe n’échappe à personne. Du SDF de John Fru Ndi aux crises de l’UDC, du PCRN au MRC lui-même, l’histoire de l’opposition camerounaise est jalonnée de congrès contestés et de départs fracassants pour « déficit démocratique interne ». La question que pose ce 17 octobre n’est pas seulement celle de la succession de Kamto. Elle est celle de la capacité du MRC à être une alternative crédible.
Kamto, l’ombre qui plane
Maurice Kamto a démissionné le 8 septembre 2026. « Dans l’intérêt supérieur du parti », a-t-il écrit. Son premier vice-président, Mamadou Mota, a fait de même. Mais Kamto n’a pas quitté le MRC. Il reste en coulisses, travaille à l’implantation nationale du parti, veut peser sur les futures alliances électorales.
À Odza, son nom circule dans toutes les conversations. Les délégués venus de l’Extrême-Nord parlent de lui avec respect. Ceux du Centre, avec prudence. Kamto a été leur candidat en 2018, leur espoir en 2025. Sa candidature a été rejetée par Elecam, puis par le Conseil constitutionnel. Il n’a pas disparu. Il s’est déplacé.
Et maintenant ?
Les résolutions finales de la convention sont attendues dans la soirée. Elles diront si le MRC sort uni ou fracturé. Elles diront aussi si le nouveau directoire sera reconnu par le ministère de l’Administration territoriale, condition indispensable pour préparer les élections législatives et municipales de 2027.
Une chose est sûre. Le MRC qui sortira de cette journée ne sera plus tout à fait celui de Kamto. Il sera celui de Tiriane Noah. Et il devra prouver, sur le terrain, qu’il peut être autre chose qu’un parti d’opposition charismatique sans charisme.