La précarité des réfugiés camerounais au Nigeria :: CAMEROON

La précarité des réfugiés camerounais au Nigeria :: CAMEROON

La précarité des réfugiés camerounais au Nigeria :: CAMEROON
La précarité des réfugiés camerounais au Nigeria :: CAMEROON
L’Etat de Cross River, dans le sud-est du Nigeria, voit affluer, chaque semaine, énormément de réfugiés fuyant l’insécurité dans les Etats anglophones du Cameroun. Il y aurait ainsi au moins 33 000 réfugiés, selon l’Agence nigériane de gestion des urgences. Ces personnes sont soutenues par les populations locales qui les hébergent dans des structures publiques ou bien chez elles. Malgré tous ces efforts, les réfugiés vivent dans la précarité la plus totale.

Plusieurs centaines de réfugiés sont massés dans un bâtiment poussiéreux. Allongées sur des matelas en mousse très fins, des femmes enceintes font la sieste à l’ombre, pour fuir la canicule, mais il n’y a pas assez de place. La nuit, une quinzaine de personnes s’entassent dans chaque salle.

« Les gens dorment par terre. Il n’y a pas assez de matelas. Il y a trop de monde dans ce bâtiment. Ce local est trop petit pour accueillir tout le monde. Certains réfugiés dorment dehors », témoigne une vieille dame, réfugiée au Nigeria, depuis fin octobre 2017.

Dans la cour, des enfants lavent leurs vêtements et les font sécher, à même le sol. Ces jeunes ont fui les mains vides, sans habits de rechange, il y a deux mois.

Les réfugiés camerounais survivent grâce aux dons des populations locales mais la nourriture ne suffit pas à couvrir les besoins de tous.

« C’est très difficile. Il n’y a pas de nourriture. Mes enfants souffrent de malnutrition et ils ont régulièrement des crises de paludisme », soupire une autre réfugiée.

Il y a urgence, alerte l’ONG Rhema Care, une des rares organisations présente sur le terrain.

« Dans certains camps de réfugiés, il n’y a pas une seule goutte d’eau potable. Souvent, les réfugiés utilisent la même eau pour se laver et pour boire. C’est vous dire à quel point la situation est critique. Dans de telles conditions, de nombreux réfugiés tombent malades à cause de la nourriture et de l’eau », s’indigne Martin Tem, chef de projet pour Rhema Care, à Ikom.  

Par ailleurs, la présence massive d’enfants non accompagnés inquiète cette ONG basée à Port Harcourt. Selon Rhema Care, il y aurait près de 10 000 enfants livrés à eux-mêmes dans l’Etat de Cross River.

Au-delà des mineurs non accompagnés, l’inquiétude des humanitaires porte sur la santé des femmes enceintes parmi les réfugiés. A Amana, village situé près d’Obudu (dans le nord du Cross River), une jeune femme a donné naissance à deux jumeaux chez sa famille hôte, en décembre.

« Elle a accouché à domicile dans des conditions rudimentaires », commente son entourage. Le village d’Amana ne dispose pas de structure hospitalière et il n’y a pas de réseau téléphonique. Les jumeaux n’ont pas encore été baptisés. Les jeunes de la maisonnée s’amusent encore à leur donner des surnoms comme « Jessie », suggère l’un d’eux.

Non loin, dans le même village, une autre réfugiée a accouché courant janvier, de triplets. « Ils se portent bien », assure une habitante.

Le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) entend distribuer des kits de reproduction et des moustiquaires.

« Il y a des femmes qui sont arrivées et qui sont mal nourries, donc cela implique des complications à l’accouchement », avertit Kenneth Ehouzou, chef de bureau de l’UNFPA pour la région sud et sud-est du Nigeria. Ce responsable entend former les agents de Santé en milieu rural, afin de leur permettre d’être plus réactifs à ces situations compliquées. Seulement, « le nombre [de femmes enceintes] est énorme et le système est déjà saturé », souligne Kenneth Ehouzou,

Difficultés des humanitaires

Pour l’heure, peu d’organismes sont sur le terrain pour venir en aide aux réfugiés et ces entités se heurtent à de nombreux obstacles.

Joseph* travaille au sein d’une petite ONG nigériane. Pour rencontrer les réfugiés, il lui faut régulièrement emprunter des chemins compliqués. Ainsi, pour se rendre dans des villages proches de la frontière, comme Okwangwo, ou encore Bashu, Joseph doit se déplacer en moto et braver des pistes sinueuses au milieu de la forêt. Difficile, donc, d’envisager de transporter des dons humanitaires en moto dans ces lieux enclavés, surtout à l’approche de la saison des pluies.

Lorsque la route est praticable, le problème c’est plutôt la sécurité. « Il faut beaucoup de moyens pour apporter l’aide humanitaire. Nous sommes obligés de recourir à des sociétés de sécurité parce qu’il y a toujours le risque de se faire braquer en acheminant l’aide vers les villages. Et même lorsque nous parvenons à apporter l’aide humanitaire, nous sommes obligés de recruter des agents de sécurité pour surveiller les sites car il y a toujours le risque d’être attaqué par des bandits », affirme Martin Tem, de l’ONG Rhema Care.

De son côté, le HCR est au tout début de son processus d’aide. A ce jour, l’organisation onusienne a enregistré près de 14 000 réfugiés et cette étape prend du temps.

« Nous devons d’abord identifier le nombre exact de réfugiés car cela nous permet de connaître les besoins mais c’est très difficile, notamment parce que de nombreux réfugiés se trouvent dans des zones enclavées », explique Josiah Kolleh Flomo, chef du bureau du HCR, à Calabar.

De son côté, le Service national de gestion des urgences (SEMA), qui a eu accès à davantage de sites, estime à 33 097, le nombre de réfugiés dans le Cross River. Cependant, les statistiques pourraient être beaucoup plus importantes car « de nombreux réfugiés continuent d’arriver dans certains villages où le SEMA s’est déjà rendu », avertit Martin Tem, de l’ONG Rhema Care.

Le climat de peur et de suspicion au sein des réfugiés contribue à rendre ces statistiques approximatives. Le HCR, tout comme le SEMA, constate que de nombreux réfugiés ont peur de s’enregistrer.

« L’extradition des leaders du mouvement séparatiste du Cameroun anglophone d’Abuja vers le Cameroun a crispé la situation. Il y a « plus d’arrivées de réfugiés », indique John Inaku, chef du SEMA pour le Cross River.

« Les humanitaires doivent aller vers eux, loin dans la forêt, car la plupart n’osent pas traverser les frontières officielles, de peur que les autorités nigérianes ne les refoulent vers le Cameroun. La plupart des réfugiés vont dans des villages et même dans certains villages, lorsque vous venez leur apporter de l’aide alimentaire, ils n’osent pas sortir », souligne-t-il.

Reste une question importante, celle de la construction de « deux camps temporaires pour abriter ces réfugiés loin de la frontière camerounaise », précise le HCR.

Les communautés locales épuisées par la crise

Okwangwo, village enclavé au milieu de la forêt, près de la frontière avec le Cameroun, a vu sa population doubler avec l’afflux de réfugiés. C’est une petite concession, entourée de plantations d’ananas. Plusieurs réfugiés s’activent. Il faut piler le mil, étendre le linge, ramasser du bois… Au total, Denis Osang, héberge dix-hui réfugiés, en plus de ses huit enfants et de son épouse. Difficile pour cet agriculteur, de nourrir tout le monde en même temps.

« C’est très difficile de prendre soin des réfugiés. Nous avons déjà terminé la production de manioc provenant du champ de mon épouse et maintenant, nous n’avons plus rien », admet Denis Osang.

Les greniers sont quasiment vides. Les habitants ont épuisé toutes leurs ressources pour accueillir près de 500 réfugiés, ces derniers mois. Or, dans ce village enclavé au milieu de la forêt, il n’y ni eau potable, ni électricité et, malgré les services de santé défaillants, les habitants se sacrifient pour soigner les réfugiés fragiles.

« Nous avons demandé au responsable du poste de Santé de soigner les réfugiés gratuitement et, comme ces gens n’ont pas d’argent, les pharmaciens leur offrent les médicaments en cas de besoin », explique Fidelis Kanjang.

Les communautés locales, tout comme les réfugiés, dorment la peur au ventre. Elles craignent, elles aussi, pour leur sécurité. « Il y a deux jours, les gens se sont affolés car on a entendu une attaque dans un village camerounais. C’était tout près d’ici! Cette crise nous fatigue. Il faut absolument trouver une solution », raconte Douglas Odu, un jeune agriculteur.

Impact de l’insécurité sur les activités économiques

Ce sentiment ambiant d’insécurité paralyse les activités économiques. La région vit essentiellement de l’agriculture. On y cultive des noix de coco, des bananes plantain et toute sorte de produits qui attirent, en temps normal, de nombreux clients Camerounais. Cependant, en raison des violences qui secouent les régions anglophones du Cameroun ces derniers mois, les activités tournent au ralenti, côté nigérian.

En témoigne, la léthargie qui affecte le marché principal d’Ikom. D’un air nonchalant, Mary Celestine, une vendeuse, nettoie une pile de feuilles d’Ugwu, une plante très prisée que de nombreux consommateurs mélangent avec du manioc.

« Avant la crise, les Camerounais venaient en masse pour s’approvisionner chez moi mais les choses ont changé. Il y a très peu de monde et ces rares clients ont peu d’argent », explique Mary Celestine.

A quelques encablures, plusieurs échoppes de céréales tournent aussi au ralenti. Brenda Etu, vend du gari. Faute de clients ces derniers mois, cette commerçante s’est résignée et a dû casser les prix.

« Avant, je pouvais faire jusqu’à 50 000 nairas de bénéfice par jour mais depuis cette crise, mes recettes ne dépassent pas les 10 000 nairas par jour. Le marché est à plat. J’ai dû changer mes prix. Avant, la bassine de gari se vendait environ 6 000 nairas. Aujourd’hui, je la vends à environ 5 000 nairas », précise cette vendeuse.

Enormément de clients camerounais bravaient la route pour s’approvisionner en patates douces, en riz et en gari, à Ikom, mais depuis la crise, une file de  camions vides encercle le marché.

« Les échanges avec le Cameroun représentent au moins 25% de notre balance commerciale », rappelle Caleb Agwu, président du marché principal d’Ikom.  

« Ce sont des millions de bénéfices mais à cause de la crise, on arrive à peine à gagner 100 000 nairas par semaine parce que les gens ont peur de se déplacer », regrette-t-il.  

Pour rassurer les agriculteurs, le gouverneur de l’Etat de Cross River, Ben Ayade, affiche pour sa part un objectif, celui de promouvoir l’exportation de bananes dans la sous-région, d’ici 2019.

* Le nom a été modifié

© Source : RFI

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