Poutine rejette tout soutien à un Venezuela qui « s’effondre de l’intérieur »
© Camer.be : Paul Moutila | 08 janv. 2026 01:50:46 | 5197Le Kremlin rompt enfin un silence pesant. Face aux accusations l’accusant d’avoir abandonné son allié vénézuélien, Vladimir Poutine a livré une réponse cinglante. « On ne peut pas soutenir un État qui s’effondre de l’intérieur », a-t-il déclaré, rejetant ainsi toute responsabilité russe dans la chute de Nicolás Maduro, capturé par les États-Unis le 3 janvier 2026.
Ce discours marque un revirement stratégique brutal. Pendant des décennies, la Russie avait cultivé une alliance stratégique solide avec Caracas, devenant son principal partenaire militaire et commercial en Amérique latine. Depuis l’ère Chavez, plus de 400 accords ont été signés, incluant des ventes d’armes sophistiquées et une coopération pétrolière étroite. Poutine et Maduro se présentaient comme les piliers d’un « monde multipolaire » face à Washington.
Pourtant, face à l’opération américaine, le bouclier russe s’est révélé inefficace. Les systèmes de défense antiaérienne S-300 fournis par Moscou n’ont pas protégé Caracas, et aucun avion de combat russe n’est intervenu. Le maître du Kremlin justifie cet abandon par une raison implacable : la trahison militaire. Selon lui, l’armée vénézuélienne elle-même a livré Maduro, rendant toute intervention extérieure vouée à l’échec. Cette assertion résonne avec les analyses pointant la fragilité de l’alliance civico-militaire au Venezuela, minée par des factions concurrentes.
Cette prise de position expose les limites des accords russo-vénézuéliens. Poutine a tenu à préciser qu’aucun traité d’assistance mutuelle automatique n’existait entre les deux nations. La coopération, bien que vaste, n’allait pas jusqu’à une garantie de sécurité inconditionnelle. Cette clarification sonne comme un aveu : la valeur des garanties de sécurité du Kremlin est mise à mal, affectant sa crédibilité auprès de ses autres partenaires.
Pour Moscou, la perte du Venezuela est un revers géopolitique majeur. Le pays détenait un rôle clé dans la projection d’influence russe dans l’« arrière-cour » des États-Unis et possède les plus grandes réserves pétrolières prouvées au monde, convoitées par Washington. Cependant, Poutine pourrait aussi y trouver un avantage rhétorique. En laissant les États-Unis violer ouvertement la souveraineté vénézuélienne, il légitime sa propre doctrine des sphères d'influence et ses actions en Ukraine, arguant que les grandes puissances agissent sans entrave dans leur zone.
Alors que l’ordre international issu de la Charte de l’ONU semble fracturé, une question s’impose : la realpolitik de Poutine, qui sacrifie un allié pour préserver sa marge de manœuvre ailleurs, est-elle le signe d’une lucidité impitoyable ou d’une faiblesse déguisée ?
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