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GéOPOLITIQUE

Trump à Zelensky : “Conclus un accord, ou ça ira mal”

Trump presse Zelensky de conclure la paix. Witkoff a vu Poutine 3h à Saint-Pétersbourg. Kremlin juge les propositions “sans substance”. Ce qui se joue.

À Oslo, Zelensky a présenté des garanties de sécurité de type Article 5. À Saint-Pétersbourg, le Kremlin a répondu que cela ne contenait “pas grand-chose”.

Donald Trump a exhorté Zelensky à “conclure un accord” avec la Russie. Quelques heures plus tôt, son envoyé Steve Witkoff quittait Oslo, où il avait rencontré le président ukrainien et des responsables européens. Mercredi, Witkoff s’est assis face à Vladimir Poutine au palais Konstantinovsky, à Saint-Pétersbourg. Trois heures de discussions.

Le message américain est direct. “S’ils ne parviennent pas à un accord, la situation ne fera qu’empirer”, a prévenu Trump. Il a aussi critiqué Zelensky, suggérant son remplacement comme négociateur en chef de l’Ukraine.

Mais derrière l’annonce, une réalité plus rugueuse. Le Kremlin a jugé les propositions ukrainiennes et européennes “sans substance”. Et pendant que Witkoff négociait, Poutine a libéré un Américain et évoqué des livraisons de diesel.

La paix, ou un marché ?

Oslo, l’illusion des garanties

Zelensky est arrivé à Oslo avec un document. Il en est reparti avec des promesses.

“Nous sommes prêts à négocier”, a-t-il déclaré, avant de préciser le contenu des discussions : garanties de sécurité, Article 5 de l’OTAN, option d’un “Article 5 allégé”, différents formats de cessez-le-feu.

Sur le papier, c’est une avancée. Pour la première fois depuis des mois, Kiev accepte de discuter de garanties de sécurité sans adhésion pleine et entière à l’Alliance atlantique. Une concession que Zelensky refusait jusqu’ici.

Mais un “Article 5 allégé” n’est pas l’Article 5. La différence n’est pas sémantique. Elle est militaire. Et Moscou l’a tout de suite compris.

Saint-Pétersbourg, le mur

Witkoff a atterri à Saint-Pétersbourg mercredi matin. Il a été accueilli par Kirill Dmitriev, l’homme des affaires économiques du Kremlin. Poutine l’attendait au palais Konstantinovsky.

La rencontre a duré environ trois heures. À l’issue, le conseiller du Kremlin, Iouri Ouchakov, a livré une évaluation glaciale : les propositions transmises par Witkoff “ne comportent pas grand-chose”.

Le Kremlin s’est dit “en principe” prêt à reprendre les discussions trilatérales à la mi-novembre. Mais à ses conditions. Et ces conditions n’ont pas changé : un retrait ukrainien complet du Donetsk, que Kiev contrôle encore partiellement.

Zelensky a toujours qualifié cela de capitulation. Il n’a pas changé d’avis.

L’Europe écartée, l’Europe inquiète

Le débat sur la paix en Ukraine se déroule désormais à trois : Washington, Moscou, Kiev. L’Europe n’est plus à la table.

Et cela ne passe pas. “De nombreux gouvernements européens sont mécontents de la décision de Trump de les exclure de ses discussions avec Poutine”, rapporte un diplomate européen cité par Tasnim.

Le Financial Times a révélé que les Européens envisagent désormais deux options pour peser sur les négociations : geler le conflit sur la ligne de front actuelle en échange d’une garantie que l’Ukraine n’adhérera jamais à l’OTAN, ou pousser Kiev à céder le reste du Donbass tout en rejoignant l’Alliance.

“Les Européens sont beaucoup moins confiants que Poutine soit prêt à accepter l’une ou l’autre”, note le FT. “Mais ils pensent qu’il est important de commencer à parler directement aux Russes”.

En clair : l’Europe ne croit plus à la médiation américaine. Mais elle n’a pas les moyens de la contourner.

Le diesel et le prisonnier : les vraies monnaies de l’échange

La visite de Witkoff ne s’est pas limitée à l’Ukraine.

À l’ouverture des discussions, Poutine a annoncé la libération de Stephen Hubbard, un Américain détenu en Russie depuis 2024. Witkoff a remercié Poutine, le qualifiant même de “philanthrope”, selon plusieurs médias. Trump a salué la libération sur Truth Social, précisant qu’“aucun échange n’avait été nécessaire”.

Mais le geste s’inscrit dans un contexte plus large. Washington et Moscou ont conclu un accord sur le diesel. La Russie doit livrer 300 000 tonnes dès octobre, puis jusqu’à un million de tonnes en décembre. Le premier tanker de 40 000 tonnes devait partir jeudi.

Pourquoi ? Les prix du carburant pèsent sur la campagne de Trump avant les midterms du 3 novembre. Et pour obtenir ce diesel, Washington a accepté de discuter avec Poutine. Zelensky, lui, a critiqué cet accord. Trump a répliqué en réclamant son départ.

La paix et le diesel sont devenus les deux faces d’une même négociation.

Ce que “Article 5 allégé” veut dire

Zelensky a été précis : le document transmis à Poutine contenait “plusieurs types de garanties de sécurité”. L’option d’un “Article 5 allégé” est sur la table.

Concrètement, cela pourrait signifier un engagement de consultation et d’assistance en cas d’attaque, sans la clause d’automaticité militaire de l’Article 5. Une garantie politique, pas une garantie militaire.

Pour Kiev, c’est mieux que rien. Pour Moscou, c’est encore trop. Le Kremlin veut un retrait du Donetsk. Pas des garanties de sécurité.

Et pour l’Europe, c’est un aveu : l’Ukraine ne rejoindra pas l’OTAN de sitôt. Une perspective que Paris et Berlin repoussent depuis 2008, mais que la réalité militaire rend de plus en plus difficile à ignorer.

Les discussions trilatérales pourraient reprendre à la mi-novembre. Le Kremlin dit y être prêt. Witkoff a évoqué un “momentum” pour la paix. Zelensky a affirmé qu’il recevrait une réponse “dans un délai d’un jour”.

Mais les faits sont têtus. Poutine n’a pas bougé sur le Donetsk. Trump n’a pas levé la pression sur Zelensky. Et l’Europe regarde, impuissante, un accord se dessiner sans elle.

Une question reste ouverte : Trump veut-il la paix, ou veut-il un accord avant les midterms ? La réponse déterminera si les trois heures de Saint-Pétersbourg étaient un pas vers la fin de la guerre, ou un simple épisode dans une négociation commerciale.


Pourquoi Trump fait-il pression sur Zelensky ?
Trump veut un accord de paix avant les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026. Il lie aussi la fin de la guerre à un accord économique sur le diesel russe, qui doit faire baisser les prix du carburant aux États-Unis.

Qu’est-ce que l’“Article 5 allégé” proposé à l’Ukraine ?
C’est une garantie de sécurité de type OTAN, sans la clause d’intervention militaire automatique. Elle offrirait à l’Ukraine une protection politique et des consultations en cas d’attaque, mais pas l’engagement de l’Article 5 pleine et entière.

Pourquoi le Kremlin juge-t-il les propositions “sans substance” ?
Parce que la Russie exige toujours un retrait ukrainien complet du Donetsk comme condition préalable à un cessez-le-feu. Les garanties de sécurité proposées par Kiev et l’Europe ne répondent pas à cette exigence.

Où en sont les négociations de paix en Ukraine ?
Witkoff a rencontré Zelensky à Oslo le 20 octobre, puis Poutine à Saint-Pétersbourg le 21. Le Kremlin s’est dit prêt à reprendre les discussions trilatérales à la mi-novembre, mais aucun accord n’a été signé.

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