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Franck Biya, le dauphin que le Cameroun n’a jamais élu

« Franck Biya n’a jamais eu de mandat. Il a pourtant reçu le prince Albert II à dîner chez lui. Un poste de vice-président existe. Il est vide. Décryptage d’une succession qui ne dit pas son nom. »

Yaoundé, 30 octobre 2026, 20 heures. Le prince Albert II de Monaco est au Cameroun. Visite humanitaire. Centre Edimar Princesse Grace. Photos, sourires. Et puis, le soir, un dîner privé. Pas à l’ambassade de France. Pas dans un grand hôtel. Chez Franck Biya.

Le fils aîné de Paul Biya. Homme d’affaires. Aucun mandat électif. Aucune fonction officielle. Aucun parcours politique.

Le contraste avec l’audience officielle de l’après-midi est saisissant. Paul Biya, 93 ans, reçoit le prince au Palais de l’Unité. Trente minutes prévues, vingt-cinq selon plusieurs médias camerounais. Puis le soir, trois heures de dîner chez le fils.

Dans le langage du protocole, ce n’est pas un détail.

Le poste existe. Le titulaire, non.

La révision constitutionnelle adoptée le 4 avril 2026 par le Parlement camerounais a réintroduit le poste de vice-président de la République. Un poste supprimé depuis 1972. Le texte, promulgué par Paul Biya le 14 avril, prévoit que le vice-président est nommé par le chef de l’État. Il n’est pas élu. En cas de vacance du pouvoir, il n’assure pas une simple transition : il achève le mandat présidentiel en cours.

Le poste est donc créé. Il est vide. Et il est, potentiellement, le poste le plus puissant du pays après celui du président.

Depuis avril, des noms circulent. Huit. Franck Biya figure parmi eux. Mais aucun décret de nomination n’a été publié.

Ce qui a circulé, en revanche, c’est un faux.

Le faux décret, et ce qu’il dit de la fébrilité ambiante

Le 4 avril 2026, quelques heures après l’adoption de la révision constitutionnelle, un document présenté comme un décret présidentiel commence à circuler sur les réseaux sociaux. Il nomme Franck Emmanuel Biya vice-président de la République, responsable des Armées, et ministre délégué à la Défense.

Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, dément. Les fact-checkers de PesaCheck, Africa Check et AFP Factuel confirment : le document est un faux. Aucune nomination n’a été faite. Le poste reste vacant.

Un faux décret, ce n’est pas un fait divers numérique. C’est un symptôme. Quelqu’un, quelque part, a jugé crédible ou utile de faire croire que Franck Biya avait été nommé. Et des milliers de personnes y ont cru.

L’homme sans parcours

Franck Emmanuel Biya a étudié au Cameroun, puis aux États-Unis. Diplômé en sciences politiques et en économie de l’University of Southern California en 1994. Il a fait carrière dans les affaires, entre Los Angeles, Johannesburg et Paris.

Il n’a jamais été ministre. Il n’a jamais dirigé une institution publique. Il n’a jamais été membre du RDPC. Il n’a jamais servi dans l’armée.

Ce n’est pas un handicap en soi. Un homme d’affaires peut gouverner. Mais dans un pays où la légitimité politique se construit traditionnellement par le militantisme, le mandat électif ou la carrière administrative, Franck Biya est un cas à part. Un homme sans base militante, sans réseau d’élus, sans expérience des arènes politiques.

Et c’est précisément ce qui alimente les critiques.

« Un chaton dans l’arène »

Dans une tribune publiée cette semaine, Loïc Kodjay développe une charge argumentée contre ce qu’il présente comme une mise en scène successorale.

Trois arguments principaux.

1. L’absence de base politique. Franck Biya n’a ni mandat, ni parcours, ni fonction. « On n’endosse pas les intérêts du Cameroun par procuration », écrit Kodjay.

2. Le précédent historique. Le Cameroun n’est pas une terre de legs dynastiques. Le fils d’Ahmadou Ahidjo n’a jamais succédé à son père. Paul Biya lui-même n’a pas préparé Franck à prendre la suite, contrairement à d’autres régimes africains qui ont installé leurs héritiers sur des décennies.

3. La configuration du pouvoir. Autour du trône, des « fauves » les barons du régime, les poids lourds institutionnels, l’armée observent. Et le « plus fort d’entre eux » sera « le moins prévisible ».

Ce que le protocole ne dit pas

Le dîner du 30 octobre pose une question simple, et gênante : à quel titre Franck Biya a-t-il reçu un chef d’État étranger à sa table ?

Le protocole républicain prévoit qu’un chef d’État en visite officielle est reçu par les autorités constituées. Le président. Le Premier ministre. Le ministre des Affaires étrangères. Un citoyen sans mandat, quelle que soit sa filiation, n’entre pas dans cette catégorie.

Ce dîner n’était pas un dîner d’État. C’était un dîner privé. Mais dans un pays où le président est invisible depuis des mois, et où le poste de vice-président attend un titulaire, un dîner privé n’est jamais tout à fait privé.

Le Cameroun a un poste de vice-président. Il n’a pas de vice-président. Il a un président de 93 ans, peu visible. Et il a un homme d’affaires, fils du président, qui reçoit des princes à dîner sans mandat pour le faire.

Ce n’est pas une crise institutionnelle au sens juridique. C’est une zone grise. Et dans une zone grise, les rumeurs prospèrent plus vite que les communiqués.

La question n’est pas de savoir si Franck Biya sera nommé. La question est de savoir si, dans le Cameroun de 2026, un homme sans mandat peut exercer une influence protocolaire sans que personne ne juge utile de l’expliquer publiquement.


Franck Biya est-il vice-président du Cameroun ?

Non. Le poste de vice-président a été créé par la révision constitutionnelle d’avril 2026, mais il est vacant. Un faux décret a circulé en avril, mais le gouvernement l’a démenti.

Pourquoi un faux décret a-t-il circulé ?

On ne sait pas qui l’a fabriqué. Mais il a été partagé massivement, et le ministre de la Communication a dû démentir. C’est le signe que le sujet est sensible.

Franck Biya a-t-il déjà exercé une fonction politique ?

Non. Il est homme d’affaires, diplômé en sciences politiques et en économie aux États-Unis. Il n’a jamais été ministre, député, ou membre d’un parti.

Pourquoi a-t-il reçu le prince Albert II à dîner ?

C’était un dîner privé, selon les sources officielles. Mais le protocole républicain prévoit que les chefs d’État sont reçus par les autorités constituées. Franck Biya n’en est pas une.

Le Cameroun peut-il avoir un vice-président sans élection ?

Oui. La constitution prévoit que le vice-président est nommé par le président. Il n’est pas élu. En cas de vacance du pouvoir, il achève le mandat en cours.

Paul Biya est-il en vie ?

Cette question fait l’objet de restrictions officielles. Le ministre de l’Intérieur a interdit aux médias d’en parler au nom de la « sécurité nationale ». Nous ne disposons pas d’information vérifiée sur son état de santé actuel.

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