Faux prophète : Kamdem a-t-il menti sur le retour de Biya ?
© Camer.be : Avec Stephane Nketcha | 18 août 2026 00:55:14 | 2942Le « Général de Dieu » Dieunedort Kamdem avait promis le retour de Paul Biya dans 14 jours. Le délai est passé. La prophétie est un fiasco. Décryptage d'un phénomène qui gangrène l'Afrique.
Le pasteur Dieunedort Kamdem, alias « Général de Dieu », a prophétisé le retour du président Paul Biya au Cameroun dans un délai de 14 jours. Le 16 août 2026, le compte à rebours a expiré. L'avion n'a pas atterri. La foi, elle, a encore été mise à l'épreuve.
Le 3 août 2026, le pasteur Dieunedort Kamdem, surnommé « Général de Dieu », a fait une déclaration qui a enflammé les réseaux sociaux : le président Paul Biya, absent du Cameroun depuis plusieurs semaines, rentrerait à Yaoundé dans un délai de 14 jours. Le 16 août 2026, le compte à rebours a expiré.Le chef de l'État n'a pas regagné la cité capitale. La prophétie, encore une fois, ne s'est pas réalisée.
Mais plutôt que de disparaître dans l'oubli, le « Général de Dieu » a fait ce que font tous les prophètes déçus : il a changé de sujet. Nommé Cabral Libii comme successeur naturel de Paul Biya, il a ouvert un nouveau front, une nouvelle polémique, un nouveau business.
Cette séquence n'est pas un fait divers. Elle est le symptôme d'un mal profond qui ronge les sociétés africaines : la transformation de la foi en un spectacle de foire, en un commerce cynique où la parole de Dieu devient une marchandise comme une autre.
QUI EST DIEUNEDORT KAMDEM, LE « GÉNÉRAL DE DIEU » ?
Né le 10 mars 1977 à Yaoundé, Dieunedort Kamdem Nounga est un pasteur évangélique camerounais qui s'est fait connaître en s'attribuant le grade de « Général de Dieu ». Fondateur de la « Cathédrale de la Foi » à Yaoundé, il est à la tête d'une véritable holding spirituelle et médiatique : quatre stations de radio, un journal, une chaîne de télévision, une école de formation de pasteurs.
Son parcours est jalonné de controverses. Accusé en 2016 d'escroquerie liée à une entreprise de placement d'argent en Côte d'Ivoire, il avait quitté le Cameroun pour le Canada, avant de s'installer à Abidjan. Il est accusé d'avoir extorqué plus de 208 millions de FCFA à ses fidèles, en leur promettant une multiplication miraculeuse de leurs économies. Après près de cinq ans de procédures, les juridictions ivoiriennes ont prononcé son innocence, ouvrant la voie à son retour au Cameroun en juillet 2026.
Un geste a marqué son arrivée à l'aéroport de Yaoundé-Nsimalen : une fois sorti de l'avion, il s'est prosterné de tout son long et a baisé le sol camerounais. La scène, soigneusement filmée et relayée, est devenue virale.
LA PROPHÉTIE QUI N'A PAS EU LIEU
Le 3 août 2026, Kamdem a prophétisé le retour de Paul Biya dans un délai de 14 jours. Le 16 août, le compte à rebours expirait.
Les réseaux sociaux se sont emparés de l'affaire. Des publications ironiques ont fleuri : « Soyons indulgents, attendons 23h59 avant de juger… sait-on jamais, l'avion pourrait encore atterrir à Yaoundé ». D'autres ont souligné le contraste entre la prophétie et la réalité : le Cameroun célébrait ce même jour sa première victoire historique à la WAFCON, tandis que le président restait introuvable.
À 23h59, le 16 août, l'avion n'avait pas atterri. La prophétie était morte.
Mais Kamdem, lui, avait déjà tourné la page. Invité de l'émission Obama Time sur Actualité 1, il a désigné Cabral Libii, le leader du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN), comme le successeur naturel de Paul Biya. Une déclaration qui a mis le feu aux poudres sur la scène politique camerounaise.
UN PHÉNOMÈNE QUI DÉPASSE KAMDEM
La dangerosité de ces personnages est immense. En transformant la foi en un spectacle de foire et en un commerce cynique, ils font insulte à l'intelligence humaine et à la Sainte Bible. À cause de leurs dérives, le sacré est piétiné et l'Église authentique est aujourd'hui méprisée, reléguée au rang de refuge pour personnes crédules.
Mais les « fidèles » ne sont pas de simples victimes. Ils sont souvent des complices de leur propre dépouillement par paresse. Devant l'effort qu'exige le travail, la paresse choisit de payer une dîme ou d'acheter une « huile miracle » en espérant que les lois de l'économie s'annuleront pour elle. Cette mentalité magico-mystique maintient les populations dans la servitude d'une « onction » frelatée.
Les fidèles ignorent souvent que ces pasteurs, pour maintenir leur pouvoir de fascination, achètent eux-mêmes leurs prétendus pouvoirs auprès de cercles occultes et de sciences ésotériques. C'est un marché de la manipulation où le paresseux finance son propre esclavage.
L'AFRIQUE, TERRE DE PROPHÈTES EN CARTON
La comparaison avec les pasteurs congolais qui ont prophétisé, Bible en main, la victoire de leur pays à la Coupe du Monde est éclairante. Le pasteur congolais Stanley Kasongo a prédit que la RDC soulèverait la Coupe du monde 2026. La RDC n'a pas soulevé la Coupe. Le pasteur est revenu sur ses propos et a présenté ses excuses.
La même logique, les mêmes dérives, les mêmes excuses. Rien ne change. Parce que rien ne doit changer : le business est trop juteux.
LE MAL PROFOND : NOTRE LOGICIEL MENTAL
Dénoncer ces pasteurs ne signifie pas qu'il faut se jeter aveuglément dans les bras des traditionalistes. Leurs théories, souvent bancales, anachroniques et tirées par les cheveux, ne mènent nulle part.
Le mal profond n'est ni dans la Bible mal comprise, ni dans les fétiches abandonnés. Le mal réside dans notre logiciel mental. Où que nous allions dans le monde, nous transportons avec nous notre misère et nos réflexes de subordination. Nous sommes collectivement enfermés dans une culture de la victimisation éternelle. C'est toujours la faute des autres : la colonisation, le néocolonialisme, le sort jeté par l'oncle du village, ou le diable.
L'argument est indiscutable et observable par tous : il suffit d'observer l'état d'abandon de nos villages. Si les rituels ancestraux et les libations de nos traditions possédaient une quelconque efficacité scientifique, technologique ou économique, nos campagnes ne seraient pas privées d'eau potable, d'hôpitaux et d'électricité.
Le retour vers le passé est une illusion identitaire qui ne produit que de la stagnation. Le chemin de la libération est simple, gratuit et accessible à quiconque décide d'allumer son cerveau.
Commentaires
Lire aussi
1er octobre : Balla appelle au dialogue et au fédéralisme
Mbanya : le sanctuaire traditionnel au cœur du bras de fer administratif du Canton Akwa
Cameroun-FMI : Se préparer à un nouveau programme d'ajustement structurel
Cameroun : l’éditorial qui dénonce un mandat à l’arrêt
Douala : un hôtel de luxe à 220 milliards dans un pays sans routes
Recensement Cameroun 2026 : le fiasco d'un pays qui ne sait plus se compter
Le piège que Biya s'est tendu avec la vice-présidence
Note de lecture critique du Rapport Pays 2026 de la BAD : un ton de résilience qui masque la misère
Saccage des ambassades : La lettre ouverte Shanda Tonme à certains compatriotes de la diaspora
Le clash comme programme politique, ou comment le régime dort tranquille
Canal de vie
POINT DU DROIT
partenaire
évènement
vidéo de la semaine
vidéo camer
il y a une semaine
26 élèves surpris en train de tourner un film osé à Bafoussam
Brenda biya sème la terreur en boîte de nuit à Yaoundé
Surpris en train de "Sanga Sanga" la femme de son voisin à Douala
Les 25 pays les plus pauvres du monde : 21 sont en Afrique d’après un rapport.
Menacée de mort par sa famille car elle est lesbienne
il y a un mois
26 élèves surpris en train de tourner un film osé à Bafoussam
Brenda biya sème la terreur en boîte de nuit à Yaoundé
Surpris en train de "Sanga Sanga" la femme de son voisin à Douala
Les 25 pays les plus pauvres du monde : 21 sont en Afrique d’après un rapport.
Menacée de mort par sa famille car elle est lesbienne
il y a un an