Sénégal : l'ONU exhorte le président à ne pas promulguer la loi anti-LGBT+
© Camer.be : Toto Jacques | 13 mars 2026 16:16:39 | 3223Jusqu'à dix ans de prison et 10 millions d'amende pour les relations homosexuelles au Sénégal.
L'Assemblée nationale sénégalaise a adopté mercredi 11 mars une réforme majeure de l'article 19 du code pénal. Le texte durcit considérablement les sanctions contre les relations entre personnes du même sexe. Les députés ont approuvé cette modification par 135 voix, trois abstentions et aucun vote contre.
Le contenu de la nouvelle législation
Désormais, toute personne reconnue coupable de relations homosexuelles encourt une peine de cinq à dix ans de prison ferme. La précédente législation prévoyait un à cinq ans d'emprisonnement. Les amendes grimpent également, passant d'un plafond de 1,5 million à dix millions de francs CFA.
La réforme apporte une précision juridique importante. La notion d'« acte contre nature » inclut désormais explicitement les relations sexuelles entre personnes du même sexe. Deux nouvelles infractions font leur apparition : l'apologie de l'homosexualité et son financement. Ces délits sont passibles de trois à sept ans d'emprisonnement.
La position ferme des Nations unies
Le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme a immédiatement réagi. Volker Türk qualifie cette loi sur l'homosexualité au Sénégal de néfaste et discriminatoire. Il exhorte le président Bassirou Diomaye Faye à ne pas promulguer le texte.
Selon le responsable onusien, cette législation bafoue plusieurs droits humains fondamentaux. Elle porte atteinte au respect, à la dignité, à la vie privée et à l'égalité. Les libertés d'expression, d'association et de réunion pacifique sont également menacées.
Les risques identifiés par l'ONU
Volker Türk détaille les conséquences potentielles de cette promulgation de la loi. Le texte expose la population sénégalaise à des crimes de haine et à des abus. Il favorise les arrestations arbitraires, le chantage et une discrimination généralisée.
Ces discriminations toucheront plusieurs secteurs essentiels. L'éducation, la santé, l'emploi et le logement sont directement visés. Le Haut-commissaire alerte aussi sur la restriction du travail des défenseurs des droits humains et des médias.
Les enjeux diplomatiques et sociétaux
À court terme, le président Sall fait face à une pression internationale sans précédent. Le refus de promulguer la loi engendrerait une crise politique avec l'Assemblée. Une promulgation, en revanche, isolerait diplomatiquement le Sénégal sur la scène internationale.
À long terme, l'adoption de ce texte pose la question de l'évolution des sociétés ouest-africaines. Le durcissement législatif contraste avec les engagements internationaux du Sénégal. Les conséquences sur l'attractivité économique et touristique du pays pourraient être significatives.
Un choix aux implications profondes
Le chef de l'État sénégalais doit désormais trancher entre la volonté parlementaire et les injonctions onusiennes. Cette décision redéfinira pour des années la place du Sénégal dans le concert des nations et la protection des droits humains sur le continent.
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