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Onze ans sans Conseil des ministres : le pouvoir figé de Paul Biya

Cameroun : 11 ans sans Conseil des ministres sous Paul Biya. Ministres décédés jamais remplacés, institutions décapitées. Les chiffres d’un pouvoir figé.

Le dernier Conseil des ministres présidé par Paul Biya remonte au 15 octobre 2015. Onze ans plus tard, des ministres sont morts sans être remplacés, et les institutions du pays tournent au ralenti.

Aucun n’a été remplacé. Aucun Conseil des ministres n’a été convoqué. Et le pays, lui, continue de tourner. Ou plutôt, il continue comme il peut.

Le 15 octobre 2015 : dernier Conseil des ministres

Ce jour-là, Paul Biya préside un Conseil ministériel au Palais de l’Unité. Trois points à l’ordre du jour : le Plan d’urgence pour la croissance, les préparatifs des CAN 2016 et 2019, et une communication spéciale du chef de l’État.

Le communiqué officiel de la Présidence, que nous avons consulté, mentionne la participation du Premier ministre, des ministres d’État, des ministres, des ministres délégués et des secrétaires d’État. Une réunion classique. La dernière du genre.

Depuis, plus rien. Pas un seul Conseil des ministres. Le gouvernement actuel, dirigé par Joseph Dion Ngute, est en place depuis sept ans. Sans nouvelle nomination. Malgré les décès. Malgré les démissions.

Les morts que personne n’a remplacés

Quatre membres du gouvernement Dion Ngute sont morts en fonction. Aucun n’a été remplacé.

Adoum Gargoum, ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures, mort le 8 mars 2021. Alim Hayatou, secrétaire d’État auprès du ministre de la Santé publique, mort le 5 avril 2021. Clémentine Ananga Messina, ministre déléguée auprès du ministre de l’Agriculture, morte le 5 août 2022. Gabriel Dodo Ndoke, ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, mort le 21 janvier 2023.

À ces quatre décès s’ajoutent deux démissions. Issa Tchiroma Bakary, ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, et Bello Bouba Maïgari, ministre du Tourisme et des Loisirs, ont quitté leurs postes avant la présidentielle d’octobre 2025 pour s’y présenter. Eux non plus n’ont jamais été remplacés.

Le constat est simple. Des ministères fonctionnent sans ministre. Des secrétaires d’État expédient les affaires courantes. Et le gouvernement, dans son ensemble, ne se réunit plus.

Les institutions décapitées

Ce n’est pas seulement le gouvernement. Les trois présidents des institutions les plus importantes du pays sont morts en 2026.

Cavaye Yéguié Djibril, président de l’Assemblée nationale pendant 34 ans, est décédé le 6 mai 2026 à l’âge de 86 ans. Théodore Datouo lui a succédé le jour même de son éviction, le 17 mars 2026.

Marcel Niat Njifenji, premier président du Sénat, est mort le 11 avril 2026 à Yaoundé. Il avait 91 ans. Aboubakary Abdoulaye avait déjà pris sa succession.

Clément Atangana, premier président du Conseil constitutionnel, est décédé le 4 octobre 2026 à Paris, à l’âge de 85 ans. Il était soigné à l’hôpital américain de Neuilly.

Le Conseil constitutionnel, lui, n’a pas encore de successeur. Le bureau du président a été mis sous scellés. L’institution qui valide les candidatures, proclame les résultats et tranche les contentieux électoraux est sans visage.

Une vacance qui n’est pas une exception

Le droit camerounais prévoit le remplacement des membres décédés. L’article 51 de la Constitution stipule qu’il est pourvu au remplacement d’un membre décédé par l’autorité qui l’avait désigné. Ici, le président de la République. Mais le texte ne fixe aucun délai.

C’est là que le bât blesse. Ce que la loi ne borne pas, l’habitude l’étire. Le Cameroun a donc appris à vivre avec des ministères sans ministres et des ministres sans portefeuille.

Ce n’est plus un retard. C’est une méthode.

Le président, lui, gouverne à distance

Pendant que les institutions se vident, Paul Biya, 93 ans, gouverne depuis Genève. En 2026, il a passé 73 jours consécutifs à l’hôtel InterContinental, battant son précédent record de 42 jours en 2024.

Il est rentré le 20 août 2026. Mais les questions, elles, sont restées. Qui dirige le pays quand le président est absent ? Qui prend les décisions ? Qui signe les décrets ?

Le 31 décembre 2025, dans son discours de fin d’année, Paul Biya avait promis un « nouveau gouvernement » dans « les prochains jours ». Dix mois plus tard, rien. Pas un remaniement. Pas une nomination.

Ce que cette vacance dit du Cameroun

Le Cameroun n’est pas en crise ouverte. Les administrations fonctionnent. Les services publics tournent. Les fonctionnaires sont payés. Mais l’État donne l’impression d’être en pilotage automatique.

Des réformes sont attendues. Des dossiers urgents s’accumulent. La question anglophone n’est pas résolue. La crise économique frappe les ménages. Et le gouvernement, lui, ne se réunit plus.

Une question revient, lancinante : combien de temps un pays peut-il tenir sans que son gouvernement se réunisse ? Onze ans, visiblement. Et ce n’est peut-être pas fini.


Quand a eu lieu le dernier Conseil des ministres au Cameroun ?
Le dernier Conseil des ministres présidé par Paul Biya s’est tenu le 15 octobre 2015, au Palais de l’Unité à Yaoundé. Le communiqué officiel de la Présidence en fait foi.

Combien de ministres sont morts sans être remplacés ?
Quatre membres du gouvernement Dion Ngute sont morts en fonction entre 2021 et 2023 : Adoum Gargoum, Alim Hayatou, Clémentine Ananga Messina et Gabriel Dodo Ndoke. Aucun n’a été remplacé.

Pourquoi le gouvernement ne se réunit-il plus ?
Aucune explication officielle n’a été fournie. Le président Biya a annoncé un remaniement dans son discours du 31 décembre 2025, mais rien n’a suivi.

Qui dirige le Cameroun quand Paul Biya est absent ?
Aucun vice-président n’a été désigné. Le Premier ministre expédie les affaires courantes, mais aucune autorité ne peut remplacer le président dans ses prérogatives constitutionnelles.

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