Capitaine Effoudou accuse Ngoh Ngoh : le clan Baboke riposte
© Camer.be : Paul Moutila | 25 juil. 2026 04:11:09 | 5708Trois ans de silence, une sortie médiatique explosive et la promesse de révéler le nom de l'assassin de Martinez Zogo : le capitaine Effoudou Romuald a brisé l'omerta. Au-delà des déclarations choc, c'est toute la guerre des clans pour la succession de Paul Biya qui s'expose au grand jour et le Secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, est dans le viseur.
Guerre des clans à la présidence : le capitaine Effoudou accuse Ferdinand Ngoh Ngoh, le clan Baboke riposte
Le capitaine Effoudou Romuald Awussi, ex-officier de l'État-major particulier de la présidence et des renseignements, radié de l'armée camerounaise le 13 mars 2024, a brisé trois ans de silence depuis son exil européen. Dans une sortie médiatique qui secoue Yaoundé, il accuse Ferdinand Ngoh Ngoh, le puissant Secrétaire général de la Présidence, de l'avoir poussé à la fuite après qu'il a dénoncé une tentative de coup d'État contre Paul Biya en 2023. Et en guise de conclusion-choc, le capitaine affirme connaître l'identité de l'assassin du journaliste Martinez Zogo promettant de la révéler prochainement.
L'affaire est vertigineuse. Elle mêle haute trahison présumée, guerre de clans pour la succession du président vieillissant, et l'assassinat non élucidé d'un journaliste d'investigation. Plongée dans les arcanes du pouvoir camerounais.
Le capitaine Effoudou : un officier au cœur du système
Avant sa radiation, le capitaine Effoudou Romuald Awussi occupait des fonctions sensibles : il était chef du bureau d'enquête et de renseignement à l'État-major particulier du président Paul Biya. Un poste qui lui donnait accès aux informations les plus confidentielles du régime.
Selon ses déclarations, c'est en 2023 qu'il aurait découvert et dénoncé une tentative de coup d'État visant à renverser Paul Biya. Mais loin d'être récompensé pour sa loyauté, il aurait été victime d'un « rouleau compresseur » actionné par Ferdinand Ngoh Ngoh, le Secrétaire général de la Présidence. Radié le 13 mars 2024, il a dû fuir le Cameroun pour l'Europe, où il est resté silencieux pendant trois ans jusqu'à aujourd'hui.
Le timing qui interroge : le clan Baboke en embuscade
Pour les observateurs avertis, la sortie du capitaine Effoudou ne doit rien au hasard. Elle intervient alors que le directeur adjoint du Cabinet civil de la Présidence, Oswald Baboke, est dans la tourmente.
Depuis fin juin 2026, Baboke est convoqué et auditionné par le Tribunal criminel spécial (TCS) dans le cadre de deux enquêtes prescrites par Paul Biya lui-même. La première concerne un faux décret présidentiel un document falsifié annonçant la nomination d'un vice-président, présenté à la CRTV le 12 juin 2026. La seconde porte sur des irrégularités dans le secteur de l'or au Cameroun le pays n'ayant officiellement déclaré que 22 kg d'or exportés en 2023, tandis que près de 15 tonnes d'or en provenance présumée du Cameroun auraient été enregistrées à Dubaï.
L'enquête sur le faux décret est supervisée par Ferdinand Ngoh Ngoh lui-même. Coïncidence ? Pour les partisans de Baboke, c'est une opération de neutralisation orchestrée par le Secrétaire général de la Présidence pour éliminer un rival dans la course à la succession.
Une guerre de clans pour l'après-Biya
Le conflit entre Ngoh Ngoh et Baboke s'inscrit dans une lutte feutrée mais féroce pour le contrôle de l'appareil d'État. D'un côté, Ferdinand Ngoh Ngoh, Secrétaire général de la Présidence depuis 2011, ministre d'État, considéré comme le numéro deux du régime. De l'autre, le clan Baboke, originaire de Dimako comme le capitaine Effoudou, qui contrôle le Cabinet civil la structure qui filtre l'accès au président.
Selon les révélations de Jeune Afrique, Ngoh Ngoh a décidé de frapper au cœur du dispositif présidentiel en prévoyant le départ de Samuel Mvondo Ayolo, directeur du Cabinet civil, et la mutation d'Oswald Baboke, son adjoint. L'enjeu est colossal : contrôler le Cabinet civil, c'est contrôler les clés du royaume.
Le lien Martinez Zogo : une promesse explosive
En conclusion de sa sortie médiatique, le capitaine Effoudou a lâché une bombe : il connaît l'identité de l'assassin du journaliste Martinez Zogo, assassiné le 17 janvier 2023 après avoir dénoncé des affaires de corruption. Il a promis de la révéler lors d'une prochaine communication.
Cette déclaration renvoie directement aux zones d'ombre de l'enquête. Le procès de l'assassinat de Martinez Zogo a déjà révélé des liens troublants : selon le 33e témoin, le journaliste était un informateur de Ferdinand Ngoh Ngoh et d'Oswald Baboke. Des échanges réguliers avec l'épouse du SGPR ont également été évoqués.
Le 24 juin 2026, des voix se sont élevées pour appeler Ferdinand Ngoh Ngoh à se mettre à la disposition de la justice dans cette affaire. Un rapport d'expertise judiciaire de trois pages, adressé au président de la République, accuse Ngoh Ngoh, Joseph Beti Assomo et Galax Etoga d'avoir « détourné les conclusions de l'enquête ».
Le scénario d'une élimination politique ?
Pour les observateurs, l'offensive contre Oswald Baboke convocations au TCS, accusations dans la presse, mise en cause dans l'affaire Zogo suit un schéma déjà vu. Certains évoquent le « scénario Amougou Belinga », l'homme d'affaires qui a connu une chute spectaculaire en 2023.
L'objectif serait clair : éliminer politiquement Baboke, considéré comme un obstacle à la mainmise totale de Ngoh Ngoh sur l'appareil d'État. Le capitaine Effoudou, originaire de Dimako comme Baboke, serait l'instrument de la contre-attaque du clan Baboke un officier radié, exilé, qui n'a plus rien à perdre.
Mais dans un système où les alliances se font et se défont au gré des intérêts, la prudence s'impose. Le capitaine Effoudou a-t-il vraiment dénoncé un coup d'État ? A-t-il été victime d'une machination ? Ses révélations sur l'assassinat de Martinez Zogo sont-elles crédibles ?
Autant de questions qui ne trouveront leurs réponses que dans les semaines à venir. Une chose est sûre : la guerre des clans à Étoudi n'a jamais été aussi ouverte.
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