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BERNARD NJONGA : Plus qu'un réaménagement, le Cameroun mérite une alternance :: CAMEROON
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  • Mutations : Georges Alain Boyomo
  • mardi 13 mars 2018 09:24:10
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BERNARD NJONGA : Plus qu'un réaménagement, le Cameroun mérite une alternance :: CAMEROON

Candidat déclaré à l’élection présidentielle, ce leader de la société civile devenu homme politique s’exprime sur le réaménagement du gouvernement, les suites du comice d’Ebolowa et la pauvreté au Cameroun.

Quel commentaire vous inspire le dernier réaménagement du gouvernement ?
Pas grand-chose. Si oui, une relative indifférence. Ce réaménagement n’impacte en rien le système qui, lui, attend d’être toiletté depuis belle lurette. Je n’en veux pour preuve que ces scènes de liesse ou de tristesse – à certains égards obscènes-, chez les « heureux élus ou déchus » que les journalistes se plaisent à nous faire partager. Plus qu’un réaménagement, ce pays mérite et attend une alternance. On en a assez de ces jeux de chaises musicales sans aucune portée stratégique en rapport avec les attentes des Camerounais, qui ont étonnement soif, faim et passent de plus en plus des jours sans eau, électricité et sont interdits d'exprimer pacifiquement un quelconque mécontentement.

Vous êtes porté, on le sait, vers les dossiers économiques et particulièrement l'agriculture. Le Minader est maintenu, le Minepat et le Minfi permutent. Cette relative stabilité est-elle le signe que tout va pour le mieux ?
De quoi parlez-vous ? D’après les données d’Ecam [Enquête camerounaise auprès des ménages, ndlr] 2, 3 et 4, en l’espace de 13 ans (de 2001 à 2014), le pourcentage des populations pauvres est passé de 56 à 74% dans l’Extrême-Nord ; de 50 à 68% dans le Nord et de 53 à 55% dans le Nord-Ouest. Une scandaleuse progression. Et comme par hasard, dans des régions où sévit l’insécurité. Minader maintenu et Minepat/Minfi qui permutent n'exprime rien du tout, sinon une absence de solution. Des régions du pays croulent sous la famine. Les importations de denrées alimentaires pour un pays béni des dieux comme le Cameroun sont en augmentation. D’après la direction des douanes, en 2016, le Cameroun a importé 240 000 tonnes de poisson pour 170 milliards Fcfa ; 600 000 tonnes de riz pour 160 milliards Fcfa ; 600 000t de blé pour 100 milliards Fcfa. Voilà la réalité d’une équipe gouvernementale si obèse, après pratiquement deux ans d'attente d'un remaniement. Dire que je suis porté vers les dossiers économiques et particulièrement l’agriculture est une caricature que je récuse. Le Cameroun est un pays pauvre et il est plus juste de dire que nous nous battons pour la lutte contre la pauvreté et l’amélioration des conditions de vie de tous nos concitoyens dont 70% vivent de l’agriculture .

Votre candidature à l'élection présidentielle est-elle une certitude aujourd'hui ? Si oui, quels sont vos arguments pour espérer gagner ?
Oui ! C’est une certitude et je dois avouer que c'est moins parce que je me suis regardé devant un miroir en me rasant un matin, mais plus parce qu’avec nos actions dans la société civile, particulièrement le Saild (Service d’appui aux initiatives locales de développement), nous avons atteint un premier palier. Avec l’Acdic (Association citoyenne de défense des intérêts collectifs), nous en avons atteint un second. Le troisième qui se présente est certes un peu plus costaud que les précédents. Beaucoup plus costaud même. Mais, nous n’avons rien à perdre avec tout ce que nous avons déjà montré aux Camerounais. Nous portons avec le Crac (Croire au Cameroun) un projet qui est à la fois le fruit de l’accumulation de toute notre expérience en matière de développement et celui d’un diagnostic sans complaisance de notre société. Je veux dire les « 40 mesures pour faire décoller le Cameroun par l’agriculture en cinq ans ». Nos arguments sont là, consignés, simples, clairs et précis. Nous avons un projet qui s'appuie sur un potentiel que nous n'avons plus besoin d'inventer : l'agriculture avec grand A et nos cinq zones agro écologiques. Nous avons l’expertise et l’expérience nécessaires pour assumer une telle ambition. Nous demandons aux Camerounais de nous mettre à l’épreuve. En cinq ans, le Cameroun décolle.

Ces 40 mesures sont-elles réalisables et sur quelle vision économique s’appuient-elles ?
Nous faisons volontiers le choix d’une économie de « créativité verte », une économie basée sur la valorisation des multiples ressources naturelles dont le pays est doté. Le choix d’une économie dont les fondations reposent sur le développement des productions agro-sylvo-pastorales. Le choix de la promotion des valeurs du travail au niveau individuel et collectif, le choix du mérite et de l’ardeur au travail. Le choix d’une économie solidaire et sociale dans le sens du renforcement des structures telles les coopératives, les filières, les syndicats, etc. Le choix d’une économie qui promeut les dynamiques individuelles, tout en accordant une priorité à la répartition des richesses entre les régions et les citoyens. Une économie « gagnant-gagnant », tout en s’attachant à respecter l’environnement. Ce qui signifie qu’il faut réduire au minimum les externalités. Ne doutez pas de ce que toutes les mesures soient réalisables. Même si je dois ici avouer aux Camerounais qu’on devra bosser dur en étant intransigeant sur les valeurs qui fondent la vie en commun de notre société telles que le travail, la lutte contre la corruption, la justice et l’équité, l’honnêteté, le respect du bien commun, etc. J’espère aussi que vous me donneriez plus tard l’opportunité d’expliquer ces 40 mesures.

Sur l'agriculture de seconde génération, où en est-on avec les recommandations du comice d'Ebolowa ?
Vous parlez des sept promesses faites aux producteurs à Ebolowa. Six ans après, je vous les rappelle en vous laissant en juger si vous y avez cru : la mise en place d’une unité de production d’engrais (qui n’existe toujours pas), la mise en activité de l’usine de montage de machines agricoles dont la construction est en cours ici à Ebolowa (usine achevée, mais toujours non opérationnelle), la réhabilitation des fermes semencières (on manque toujours de semences et de toutes espèces), la préparation d’une réforme foncière visant à répondre aux exigences de l’agriculture de seconde génération (encore en attente), la construction de marchés et de centrales d’achat de produits agro-pastoraux et halieutiques (toujours en attente), la réforme de la formation et de l’enseignement agricoles (non effective), le renforcement du dispositif de financement des activités rurales par l’ouverture de la Banque agricole (n’existe toujours pas). En gros, une série de mauvaises solutions aux vrais problèmes de l’agriculture camerounaise.

Est-ce que vous regrettez d'avoir apporté votre caution en participant à ce comice ?
Absolument pas. Vous ne nous imaginez pas être absent là où les producteurs sont conviés ? Qui plus est, conviés pour faire montre de leurs savoir-faire et savoir-être ? Malgré le fait d’avoir été floués par la présidence de la République qui nous a spoliés de 54 millions de Fcfa, nous avons contribué à la relative réussite de cette fête paysanne et avons fait connaître quelques avancées dont nous rêvons pour notre agriculture, tel le pain enrichi aux farines locales que les consommateurs ont unanimement apprécié. Malheureusement, on se souvient qu’il a fallu du temps. 23 ans pour partir du comice de Maroua tenu en 1988 à celui d’Ebolowa en janvier 2011. Nous sommes en 2018, mais la date du prochain comice n’est nulle part inscrite à l’ordre du jour. Et si vous rajoutez le fait qu’en l’espace d’une année, de 2017 à 2018, le budget du Minader a baissé de 22%, passant 111 milliards à 86 milliards seulement. C’est dire l’insouciance, pour ne pas dire le mépris du gouvernement vis-à-vis de la chose agricole. Je veux dire dans la pratique, puisqu’il a les mots pour mettre la poudre aux yeux de l’opinion.

On ne vous entend pas beaucoup sur le code électoral… Pourtant, celui-ci semble faire l'affaire du candidat du parti au pouvoir ?
Le code électoral mauvais n'est pas une inconnue dans notre jeu électoral. Il est de notoriété publique que ce code doit être réécrit pour être consensuel. Il appartient aux Camerounais de prendre leur destin en main sur cette question. Toutes les initiatives visant à porter cette question seront les bienvenues.

Etes-vous partant pour une coalition avec d’autres candidats ?
Nous sommes partants pour toute coalition qui se noue autour d’un projet et non d’une personnalité. On a vu ce que cela a donné par le passé. Les Camerounais ont besoin d’une direction et non d’un personnage. On doit leur vendre un projet. Les Camerounais ont besoin de rêve et d’espoir. Vous l’avez compris : « coalition autour d’un projet, oui ! autour d’une personnalité, c’est non ! » Et en cela, nous proposons de décollage du Cameroun à partir de son immense potentiel agro-syvo-pastoral. Nous l’avons compris avec nos 30 années dans la société civile, à nous interroger sur le manque d’intérêt ou la résignation d’une majeure partie de nos concitoyens vis-à-vis de la chose politique.

Bernard Njonga, activiste, c'est fini ? L'âge et vos ambitions vous ont-ils « assagi » ?
L'activisme n’est pas temporel. On naît avec. Je ne suis nullement gêné de cette appellation. Au bout de 30 années dans la société civile, j’ai compris que les solutions aux problèmes de notre société étaient éminemment politiques. J’ai décidé de continuer et je l'explique dans mon livre intitulé « Je continue ». Porter le fruit de mes luttes sur le terrain politico-politicien me semble être une suite logique. Et j’y suis avec le sang d’activiste qui circule dans mes veines, prêt à saigner si les circonstances l’imposent pour faire entendre raison aux causes qui vont dans le sens de l’amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens.

13mars
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